Stop au sacrifice des milieux aquatiques

En dépit de l’absence due aux vacances, 31 fédérations départementales, plus de cent AAPPMA, des dizaines de guides de pêche, fabricants et commerces de matériels de pêche soutiennent le courrier adressé à Ségolène Royal par un collectif de pêcheurs contre la politique contradictoire, paradoxale et parfois rétrograde orchestrée par notre ministre de l’environnement. En voici de larges extraits. Une pétition est en cours (voir le lien en fin de l’article).

“A l’attention de Madame Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer

Madame la ministre,

Nous avons l’honneur de vous informer de notre profonde indignation et révolte quant à votre projet en cours concernant le développement de la petite hydroélectricité ou la construction de nouveaux barrages en France, un véritable paradoxe avec la continuité écologique ! Contrairement à l’image que l’on veut bien donner au public, l’hydroélectricité, cette énergie renouvelable n’est pas « propre » car elle entraîne trop souvent de graves nuisances irréversibles sur les milieux aquatiques.

La construction de barrages

La construction de barrages Les nouvelles normes imposées par la continuité écologique avec la circulation des espèces piscicoles et le transport des solides continuent à perturber les milieux aquatiques. Le principal exploitant, EDF, accuse d’ailleurs un retard certain avec les mises en conformité de ses équipements. N’oublions pas que le prélèvement d’une partie du débit d’une rivière et le stockage de l’eau dans ces barrages entraînent :

– un mauvais fonctionnement du transport des solides lors des crues naturelles qui provoque le rétrécissement et le colmatage du lit de la rivière, ainsi que le risque d’inondation ;

– une diminution de la surface mouillée et donc une diminution de la capacité d’accueil, entraînant une diminution des populations de l’écosystème, des zones à frayères et de la croissance des salmonidés ;

– le non rechargement des nappes alluviales empêche de redonner naturellement un bon débit qui aurait évité les chocs thermiques pour la faune aquatique en période d’étiage, contrairement aux lâchers intempestifs d’une eau beaucoup plus froide des barrages ;

– une augmentation de la température de l’eau des cours d’eau, une importante détérioration de la qualité de l’eau, ainsi qu’une évaporation massive de celle contenue dans les barrages, accentuée désormais par le réchauffement climatique ;

– une augmentation des risques de mortalité pour les milieux aquatiques ainsi que pour le prélèvement d’eau potable du fait de sédiments, pour beaucoup, pollués aux métaux lourds surtout lors d’opérations de vidanges.

Ces vidanges soulèvent les matières en suspension (MES) accumulées dans les barrages qui, en se répandant dans les cours d’eau, génèrent une asphyxie de l’écosystème et augmentent le risque de contamination de l’eau destinée à l’alimentation humaine. Les catastrophes écologiques dues à ces vidanges se succèdent avec notamment celle de la haute Dordogne (barrage de la Bourboule, Puy-de-Dôme) en février 2015 et plus récemment celle du Gave d’Ossau (barrage de Fabrèges, Pyrénées-Atlantiques) en mars 2016. Fin juin 2016, c’est au tour du barrage du Rioumajou (Hautes-Pyrénées) où pendant plusieurs jours, les taux de MES, bien supérieurs à ce que peut supporter la vie aquatique, ont détruit pour plusieurs années des joyaux des Pyrénées sur plusieurs kilomètres : le torrent du Rioumajou et la rivière Neste d’Aure.

Les microcentrales

La vie aquatique est réduite et parfois presque nulle dans le débit réservé, ce qui n’a jamais été pris en compte par les porteurs de projet. (…) Par ailleurs, il est évident que le poids économique de la pêche de loisir est sans commune mesure avec celui créé par les microcentrales qui ne représentent que 1% de la production électrique en France ! Voilà Madame la ministre, l’énergie dite Propre ! (.…)

Demande de construction de nouveaux barrages

Demandée principalement par la FNSEA pour l’irrigation, elle est non fondée, car si certains agriculteurs évitaient la monoculture du maïs depuis plus de trente ans dans certaines régions, la plupart des terres agricoles ne seraient pas réduites à un support stérile et pollué, tout comme les nappes phréatiques. Nous ne serions donc pas obligés de prélever davantage dans nos rivières afin d’avoir de l’eau potable. Il est grand temps que le monde agricole s’adapte et prenne conscience de l’économie de ce bien précieux qu’est l’eau au lieu de la gaspiller chaque année pour des productions purement spéculatives. C’est aussi cette même fédération qui voudrait voir certains ruisseaux rayés de la carte des cours d’eau afin de pouvoir se dispenser des contraintes qui sont imposées pour leur protection.

Madame la ministre, vous n’êtes pas sans savoir que la France (…) s’est engagée auprès de ses partenaires européens en octobre 2000 – Directive Cadre Européenne Eau – à atteindre un bon état écologique de ses cours d’eau, en 2015 ! Non seulement l’objectif fixé n’a pas été atteint en 2015 mais pire encore l’état des lieux de 2013 est inférieur à celui de 2009 avec seulement 41,3 % des masses d’eau en bon état ou bon potentiel écologique sur la métropole (45 % en 2009). L’échéance a été repoussée en 2021 et nous vous demandons de bien vouloir respecter cet objectif (…). Madame la ministre, avec plus de 1 500 000 pêcheurs pratiquants, vous devez écouter la grogne qui monte.

A défaut, nul doute que les pêcheurs et autres personnes déçues, ainsi que leurs familles, soit plusieurs millions d’électeurs, sanctionneront le moment venu dans les isoloirs, les responsables de la forte dégradation de leur biotope ainsi que de leur loisir. (…) Nous ne pouvons accepter au niveau national le projet de nouvelles microcentrales ou de nouveaux barrages. Certains sont d’ailleurs obsolètes et n’ont toujours pas été rénovés ou démantelés. Nous n’accepterons plus les catastrophes écologiques des vidanges de barrages. Protégeons nos rivières ! Nous vous prions de croire, Madame la ministre, à nos sentiments les plus respectueux mais attristés.”

Pour les collectifs de signataires et soutiens :
Alphonse Arias, Jean-Pierre Jenn et Fabrice Pons.
Une pétition nationale, via les réseaux sociaux et soutenue
par la presse halieutique spécialisée dont Pêches sportives

SIGNER LA PETITION “STOP AU SACRIFICE DES MILIEUX AQUATIQUES”

 

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