Silure, stop à la psychose !

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    Sur l’Ain aval, le silure remonte depuis le Rhône. C’est un phénomène nouveau et préoccupant car il se retrouve sur les zones à truites, à ombres et à poissons blancs. Les étés caniculaires sont de toute évidence à l’origine de cette progression.

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    Le silure se régule par lui même. Plus les individus grossissent, moins il y a de petits. Mais dans le meilleur des cas, cela prend des années.

Soyons clairs, le but de cet article n’est pas de défendre le silure, qui devient malheureusement de plus en plus présent en cours d’eau de première catégorie, mais d’analyser plusieurs décennies de connaissances de ce poisson et de ne pas céder à la panique au sujet d’une espèce qui n’a rien pour elle et qui serait le coupable idéal. Cet article est aussi l’occasion de réagir à une publication du National Géographic datant du 15 janvier dernier (La menace du silure plane sur les écosystèmes d’eau douce européens, www.nationalgeographic.fr) qui manque de nuances et ne différencie pas les types de milieux, car l’espèce n’a pas du tout le même impact selon le niveau typologique d’un cours d’eau. Nous savons que les pêcheurs de truites et d’ombres se posent de nombreuses questions sur cette espèce qui continue son expansion vers l’amont en ces temps de canicules répétées. Nous allons donc tenter d’y répondre. 

Lorsque j’étais enfant, on me disait que le sandre, espèce fraîchement venue d’Europe de l’Est soi-disant par les canaux, était un tueur sanguinaire qui tuait pour le plaisir, qu’il allait tout exterminer, et qu’il en serait terminé de nos belles rivières poissonneuses. Puis les pêcheurs français ont rapidement apprécié les qualités culinaires de cette espèce qui, soudain, n’avait pas que des défauts… Le sandre est ainsi rapidement passé du statut de tueur aveugle à celui de poisson noble ! Quelques décennies plus tard, un autre envahisseur, plus imposant, est accusé des mêmes excès, mais pour celui-ci, également venu de l’Est, difficile de lui trouver des qualités. Le silure, puisque c’est bien de lui dont il s’agit, n’a vraiment pas bonne presse. Rendezvous compte, il mange les pigeons qui viennent picorer un peu d’eau le matin sur le Tarn. Pour cela, il s’échoue partiellement à la façon des orques qui chassent des otaries sur les plages de la péninsule Valdès. Les scientifiques ont pour l’occasion étudié la cohorte de silures mangeurs de pigeons et concluent à une adaptation rare chez les poissons. Super prédateur, le silure ? Oui, plutôt, car même chez les orques, mammifères pourtant remarquables par leur intelligence, seuls certains individus d’une même famille parviennent à chasser les otaries en prenant le risque de s’échouer, et l’apprentissage des jeunes ne dure pas moins de trois ans selon de récentes études réalisées à l’aide de drones. Le silure serait donc aussi intelligent qu’un orque ! Quasiment aveugle, le silure compense la faible vue que lui permet ses minuscules yeux par un système sensoriel hors du commun. Ce radar à nageoires détecte tout. Il est curieux de certains bruits comme le son d’un “clonk”, outil en bois qui émet un son particulier (une sorte de “pok”, “pok”…) lorsqu’on frappe l’eau avec, ce qui le réveille et le met soudainement en appétit. Avec un tel animal situé tout en haut de la chaine alimentaire, les autres espèces n’ont qu’à bien se tenir.

Je ne pêche pas spécifiquement le silure, mais, étant pêcheur de carnassiers, je le croise souvent dans des milieux très différents, en cours d’eau courants ou lents, ou en lacs, surtout depuis le début des années 2000. Au début, sa prise était toujours un événement. Elle était surtout possible, car c’était avant que ces poissons deviennent des monstres de 2 mètres. Revers de la médaille, ils étaient très nombreux. Par endroits, le fond en était tapi. Jusqu’à une taille de 1,70 m environ, j’arrivais souvent à prendre le dessus et à sauver mon leurre, malgré la tresse fine en 12 ou 15/10, au prix de combats interminables.

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