Septembre l’inachevé

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    Eau claire, des herbiers partout et des poissons méfiants. Le placement et la discrétion sont déterminants. En fin de saison, les truites connaissent la musique…

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    Il fallait seulement que le montage soit le plus épuré possible et que le plombage permette à la mouche de rester pendue dans la veine d’eau sur une dérive d’au moins quatre ou cinq mètres.

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    Voir sans être vu c'est déjà un bon début ! En fin de saison, la lumière est rarement favorable longtemps. A vous de ne pas vous tromper de rive.

Enfin débarrassé de la marmaille scolaire, le pêcheur méritant devrait avoir le droit de continuer à converser avec les truites qui ne seront concernées par leur reproduction que trois mois plus tard.

C’est quand une chose touche à sa fin que nous mesurons le mieux sa valeur. L’esprit humain fonctionne ainsi. Pour la fermeture de la pêche de la truite en première catégorie ce n’est pas seulement une nostalgie un peu sotte, c’est aussi que la fin de saison est à bien des égards la plus belle pour la pêche de ce poisson même si c’est également la plus difficile. L’attrait de septembre tient à bien des choses. En plaine, ce peut être le second cycle d’émergence de certains baétis, ce peut être les merveilleux sedge cannelle ou parfois les fourmis. Ce peut également être encore le retour des pluies et la rivière qui se remet à vivre et les truites à courser les poissons blancs : chevesnes, ablettes, vairons. Pour le pêcheur de grosses, ce sera le moment béni où l’on peut voir paraître à la lumière certains poissons exceptionnels que l’on ne voit pas à d’autres moments. Et puis il y a la lumière surnaturelle de l’été indien et l’ombre qui devant nous s’allonge… Septembre est une extase et une apothéose. Il a un petit avant-goût d’éternité. Finalement, on en vient à se dire que si un jour il faudra bien mourir, on aimerait bien que ce soit au soir d’une de ces belles journées de fin de saison… Pour cela, nous avons le temps… mais dépêchons-nous de pêcher ! Pêchons ! Pêchons vite et bien car bientôt la pêche sera fermée !

Ceux qui n’aiment pas septembre… pour de bonnes raisons !

Pendant toute la saison de pêche nos chères farios ont vu défiler pêcheurs et pêcheux et elles connaissent la musique. Les truites de septembre sont très difficiles à approcher et à leurrer : elles ont vu passer les pêcheurs d’ouverture, ceux du printemps, ceux de l’été. A croire qu’elles connaissent jusqu’à la marque de nos bottes ! Si les orages d’août n’ont pas arrosé le bassin versant et grossi le débit d’étiage, la pêche de septembre est la plus difficile de la saison. Elle est aussi la plus frustrante car on peut voir pas mal de poissons… sans parvenir toujours à les prendre ! Certains chevaliers de la gaule ne peuvent tolérer un tel affront ! “Non, non… la pêche, pour moi, c’est au printemps… je ne pêche pas en fin de saison parce que… parce que… Ah, oui ! Parce qu’elles ont des œufs dans le ventre ! ” A la bonne heure ! Comme si les œufs n’étaient pas présents deux ou trois mois plus tôt et que leur présence rendait les truites boulimiques et inconséquentes ! S’il est vrai que le rafraîchissement relatif des températures et une augmentation du débit d’étiage peut relancer l’activité alimentaire, il est totalement faux de croire que les truites sont aussi candides qu’à l’ouverture : en fin de saison, seuls les pêcheurs appliqués réussissent quelques belles pêches avec de beaux poissons. Beaux poissons qui sont au sommet de leur condition physique, de leur combativité et de leur méfiance ! Les truites de septembre sont des obus en pleine santé. C’est plutôt la capture de truites de début de saison, affaiblies par les privations de l’hiver et de la reproduction, qui n’est pas très glorieuse !

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1 commentaire

  • novembre 25, 2019

    Gatti Fishing Tours

    A Philippe Boisson.
    Ton article “Belles de nuit” m’a enchanté : plein d’humilité, de simplicité et d’humour. Ne change rien. A plus. Gatti

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