Saumons de l’Allier, saumons de papier

En 2009, nous avions publié un article signé du célèbre pêcheur de saumons auvergnat Emmanuel Gladel intitulé Saumons de l’Allier, saumons de papier. Cela n’avait pas plu à la direction du Conservatoire national du saumon sauvage (ex pisciculture de Chanteuges) qui croyait dur comme fer au retour du saumon sauvage. Sept ans plus tard, la situation du saumon sur l’axe Loire-Allier n’est toujours pas favorable au retour du poisson roi. Les remontées sont bon an mal an de 500 à 900 saumons pour 1 à 2 millions d’oeufs, d’alevins ou de smolts issus de l’élevage introduits dans la rivière Allier et ses affluents. L’efficacité est donc d’environ 0,0005 à 0,0008 % et seul un résidu de souche sauvage persisterait. Les oeufs sont issus de la reproduction en pisciculture loin du milieu naturel. Il faut aussi savoir que sur l’axe Loire/allier, environ 50 % des smolts de saumons et plus encore en ce qui concerne les anguilles finissent en rondelles dans les turbines ! Sur le site internet du Conservatoire (www.saumon-sauvage.org), on peut voir des photos de saumons adultes qui portent des graves blessures dues aux seuils et autres barrages. Et pour les survivants, les smolts dévalants doivent réussir à passer le bouchon vaseux de l’estuaire de la Loire et son million de tonnes de sédiments sur quelques kilomètres (variable selon les marées, les crues du fleuve, les grandes tempêtes, etc). Cette zone très pauvre en oxygène a toujours existé, mais la domestication du fleuve l’a très certainement modifiée (eau plus chaude). Parmi les bonnes nouvelles, l’abaissement du barrage de Poutès-Monistrol (2018) devrait permettre aux saumons de l’Allier d’atteindre de nouveau des zones de frayères qui leur étaient interdites depuis le début des années 1940, période de construction du barrage. Là encore, il aura fallu trente ans de combat ( WWF France, SOS Loire-Vivante et d’autres ONG) pour qu’enfin une décision soit prise. Et même si on aurait tous souhaité l’arasement total, la “féé électricité” a fini par céder en partie. Là encore, le blocage dépassait de très loin la simple réalité économique, car le bras de fer était politique.

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