Royales Daurades

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    Les moules doivent être suffisamment petites pour être broyées facilement et par le poisson et par le pêcheur

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    Quelle que soit la taille du poisson, la touche finit par une belle sonnée.

20Il n’y a pas que la mouche de mai dans la vie. La touche de juillet c’est pas mal aussi. Surtout quand c’est une daurade royale qui vous broie la moule. Démonstration.

Question : combien parmi vous, chers lecteurs, ont déjà pêché, au moins une fois dans leur vie, la daurade royale à la moule ? Je vois d’ici la mine dégouttée de nos chapeaux à plume préférés, le ricanement des dompteurs de marlin bleu, le haussement d’épaules des dresseurs de gammares, la consternation des séducteurs de truites de mer.

La daurade à la moule ? Et pourquoi pas le saumon au sushi de thon, le brochet à la qu’nelle ou la carpe au miroir ?

Et bien moi je l’ai fait. Cet été en Sicile où j’étais parti voir Syracuse sur le conseil d’Henri Salvador. Et j’ai bien regretté d’avoir attendu 70 ans pour connaître cette émotion très particulière que procure la machoire du mieux maquillé des sparidés (peuvent toujours s’aligner chez Esthée Lauder pour sortir des make up de ce niveau) quand elle vous broie la petite moule que vous avez laissé traîner sous son museau doré. La daurade à la moule, comment dire c’est l’accomplissement d’une vie. Enfin à la moule et à la Sicilienne. C’est un des rares moments, sans doute le seul, où le pêcheur goute l’appât qu’il va proposer au poisson. Parce qu’à la Sicilienne, le pêcheur doit lui aussi briser un petit bout de la coquille avec ses dents, histoire de laisser l’humeur fruitée du mollusque attirer la daurade. Certes autrefois les pêcheurs des gaves, enfin certains d’entre eux, gardaient leurs asticots dans la bouche. Mais ce n’était qu’en période d’ouverture, pour les réchauffer. Et de toutes façons l’asticot étant aujourd’hui interdit, je ne vois pas quel autre pêcheur peut se vanter de goûter ce qu’il propose de faire manger au poisson. ( sauf à cuire ses vifs, où tâter de la sauterelle.)

Alors que la daurade-à-la-moule-sicilienne c’est comme si vous vous mettiez à table avec le poisson que vous êtes en train de pêcher, une incroyable communion que partagent quelques dizaines d’amateurs de la baie d’Ortigia dont le spot se résume aux 50 ha d’un parc à moules et à huitres où les daurades ont aussi leur quartier.

Car la daurade est le cauchemar des mytiliculteurs. Surtout de ceux qui comme à Syracuse  élèvent les moules sur des cordes ou filières exposées à l’appétit féroce de ce très beau sparidé. Les moules de Sicile appartiennent comme leurs cousines d’Espagne élevées, elles sur des tables immergées, à l’espèce mytilus galloprovincialis. Les daurades s’en goinfrent de préférence quand elles sont à l’état de naissain et plus faciles à croquer. Les professionnels sont donc plutôt contents d’accueillir des pêcheurs sur leurs moulières.

Presque chaque jour depuis qu’il est à la retraite Carlo installe sa barque en lisière du parc juste avant le lever du soleil. Quand l’énorme disque rouge commencera d’éclairer les avenues de bouées qui constituent la moulière, lui sera en place ; Il aura commencé par récolter quelques kilos de naissain bien triés qu’il aura pilés dans un seau pour faire le broumé chargé d’attirer les poissons, puis se sera solidement arrimé par l’avant et l’arrière à ces mêmes bouées en forme de carottes en plastique noir et blanc. Une première ligne aura été mise à l’eau : 4m50 de 40/100 fixés à un scion en bambou d’1m30 servant d’indicateur de touche. Au bout de la ligne un hameçon n°01 est délicatement introduit par le pied au niveau du byssus, le faisceau de filaments qui permettent à la moule de s’encorder, la pointe de l’hameçon ressortant, elle, de l’arrondi de la double coquille. (C’est cet arrondi que le pêcheur doit délicatement croquer sans trop altérer le coquillage qui doit bien tenir à l’hameçon.)

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