Rêves et désillusions d’un incroyable début de saison (1) : le réserviste

Si la pêche n’était pas faite de surprises, de joies et de déceptions, nous y serions sans doute moins attachés. Voici quelques exemples marquants d’un début de saison 2015 complètement improbable, voire carrément fou, qui a fait des pêcheurs heureux au point de vouloir embrasser tout le monde, même les kayakistes, mais aussi des déçus, qui ont tout perdu dans la bataille

La réserviste Champagnole reste la dernière petite ville de Franche-Comté où on pêche la truite sérieusement, dans une insouciance quelque peu inquiétante vis-à-vis de ce qui se passe dans les autres rivières de la région et qui se passera peut-être ici aussi dans quelque temps. Des centaines, voire des milliers de pêcheurs arpentent les rives de la haute rivière d’Ain, pour la plupart en bons connaisseurs. Sur le parking où j’attendais l’ami et guide de pêche Frédéric Fumey, il y a l’arrivant avec son air de ne pas y toucher, mais qui s’équipe en moins de deux minutes, et celui, dont le pas lourd mais pressé prouve qu’il en a terminé pour aujourd’hui et que sa maîtresse aux yeux couleur émeraude l’a retenu un peu trop longtemps. Il marche le dos voûté en remontant le sentier qui l’éloigne de la rivière comme pour disposer d’un alibi pour se faire pardonner de ne pas s’intéresser à des choses moins futiles que la pêche à la ligne. Il semble porter dans son panier pourtant vide toute la pénibilité de sa misérable existence. A cet endroit, à 200 mètres de la maison d’Aimé Devaux, l’Ain entre dans Champagnole à la manière d’un troupeau de buffles en pleine charge. Une fois passée la chute au-dessus du pont, l’eau gronde entre les murs du cours très étroit de l’Ain et file à vive allure dans sa partie urbaine, pressée d’en sortir.

Un câble enjambe l’Ain une dizaine de mètres en amont de cette chute à angle droit. En aval de ce câble, c’est la réserve avec, en face, un chenal qui longe la chute parallèle à la rive. Le seuil est responsable de la tranquillité des eaux en amont sur plusieurs centaines de mètres. Cet endroit, facile à observer en vue satellite, est aussi confidentiel que la place de l’Etoile à Paris un vendredi soir. L’idée nous est toutefois venue d’aller nous y promener car en mars, les truites, comme les insectes aquatiques, sont très dépendants de la luminosité. Pas de soleil, pas d’éclosion : c’est aussi simple que cela. Pour les habitués, il s’agit du “plat de l’hôpital”, car l’ancien centre médical de la ville surplombe l’Ain. C’est un hasard, mais le lieu était prédestiné. J’étais en convalescence suite à une opération chirurgicale subie en février. Pas de wading, pas d’effort violent, pas d’émotions fortes… La veille, Fred, qui réside à Champagnole, m’avait indiqué par téléphone que l’eau était très froide, à 7 ou 8 °C et que le niveau était encore un peu haut. La haute rivière d’Ain est froide quasiment toute l’année, mais descend en dessous de 10 °C uniquement durant l’hiver ou le tout début du printemps. Souvent décevant à la mouche sèche, l’Ain se pêche surtout à la nymphe à vue, car ses eaux sont limpides en dehors des périodes de crue. Ce 19 mars, nous pouvions au mieux espérer voir quelques truites entre 11 et 15 heures et encore, si elles n’avaient pas été dérangées par les autres pêcheurs. Premier poste, cinq mètres

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