Restaurer les cours d’eau en milieux urbains, espoir ou pis-aller ?

La restauration d’une rivière durement chenalisée dans une traversée urbaine est-elle une prouesse de l’ingénierie de la restauration écologique ? Ou est-ce au contraire un leurre utilisé par les bétonneurs modernes pour exploiter toujours plus de zones inondables, tout en accaparant des financements environnementaux publics ? L’expérience acquise sur un projet de restauration d’une traversée urbaine d’un cours d’eau transfrontalier, l’Allaine, apporte des éclaircissements sur ce sujet souvent polémique entre les gestionnaires et les protecteurs de la nature.

Le contexte de la restauration des écosystèmes aquatiques est aujourd’hui, en France mais également dans d’autres pays européens, assez particulier. Des millions d’euros d’aides publiques sont en effet disponibles pour garantir un quota suffisant de « bon état écologique » qui nous mettra à l’abri des sévères amendes de l’Europe. Mais, finalement, peu de projets voient concrètement le jour… Les mentalités ont bien du mal à évoluer : pourquoi restaurer une rivière que les anciens se sont évertués à corriger en chenal rectiligne pour évacuer les crues ? Pourquoi perdre les surfaces agricoles péniblement gagnées au fil du temps sur la zone inondable ? Et puis, bien sur, la peur des dégâts causés par les débordements des débits exceptionnels fait toujours craindre le pire…

La situation est telle que la volonté politique de réorganiser l’occupation foncière et les terrains, condition impérative pour une réelle restauration des corridors fluviaux, fait très souvent défaut en milieu rural. De surcroît, c’est en ville que les élus citadins montrent plus régulièrement une sensibilité aux problèmes de qualité écologique des milieux aquatiques, et ce malgré la demande de protection contre les crues, de leurs administrés. En conséquence, les cours d’eau “des champs”, possédant les meilleurs potentiels de restauration et les plus prometteurs pour la pêche, sont rarement restaurés, ou alors après d’interminables négociations. A contrario, ce sont des projets sur les cours d’eau “des villes”, dans des environnements très contraints et halieutiquement peu intéressants, qui voient le jour en premier. Tout cela est-il bien logique ? C’est en tous les cas une des conséquences pernicieuses de la politique de l’eau nationale, soutenue par les agences de l’eau. Il faut agir où cela se voit le plus. Que les points rouges des cartes de qualité de notre réseau hydrographique disparaissent au plus vite. Tant pis si les gains écologiques pour les cours d’eau de ces opérations restent mineures au regard des millions d’euros investis. Et tant pis si, en marge de cette politique du paraître, nos derniers coins de pêche continuent à être dégradés dans l’indifférence générale…

 

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