Pyrénées, électricité, maïs et granulés

  • 12A Pyrenees
  • 12B Pyrenees

    Une truite de l’Arros.

  • 12C Pyrenees

    Le pont de Bulan.

Entre ses lignes à haute tension, ses barrages, ses turbines, les retenues collinaires de ses maïs et ses usines à poissons, les Hautes-Pyrénées et leurs fédérations voisines de l’est, sont en train de devenir un lieu de contestation halieutique. Sauf qu’entre les notables de la truite de bassine et les révoltés de la truite sauvage le combat est déséquilibré. Pour le moment.

« Montagnes Pyréné-é-es, Vous êtes mes amours… »

En lisant l’appel à l’aide de l’un de nos lecteurs, je fredonnais cette rengaine que nous chantions dans mon enfance dans le petit train de la Raillère en montant à la cure. C’était un temps où Cauterets n’était pas encore une station de ski. Où l’on mangeait de la truite au moins une fois par semaine chez Lescars, l’hôtel où m’envoyaient les parents trois semaines par an pour cause de sinusite chronique. Les truites venaient toujours du même pêcheur, une vieille main qui avait ses habitudes dans les coins inaccessibles du gave que borde la route de Pierrefitte. Soixante ans plus tard alors que les truites de ce gave martyrisé par les inondations terribles de 2013, viennent de passer un printemps tranquille pour cause de coronavirus, je reçois cet appel de Vincent Pederiva, un sauveteur en montagne, maître-chien d’avalanche et secouriste, qui nous demande de relayer une pétition d’un genre inhabituel pour la région :
« Les zones de montagne subissent encore plus qu’ailleurs les effets du dérèglement climatique. C’est aujourd’hui indiscutable et parfaitement mesurable avec le recul des glaciers. Dans les Pyrénées, cela se traduit par des étiages interminables et des crues d’une violence inouïe. La vie dans la rivière doit s’adapter à ces nouvelles conditions ou disparaître. Il paraît alors évident que les gestionnaires de la pêche en France et dans les départements pyrénéens doivent adapter la réglementation pour permettre de préserver ce patrimoine inestimable que sont ces poissons en place depuis des dizaines de milliers d’années. Les Nives, Gaves, Adour, Nestes, Garonne, Salat, Aude, et leurs affluents méritent tous une vraie gestion durable, raisonnée et réactive. C’est aux pêcheurs que la mission de préservation des milieux aquatiques incombe, et c’est donc à eux de réagir. »
Cette pétition destinée aux instances de la pêche en France et à l’Office français pour la biodiversité, demande « des quotas journaliers plus stricts, des tailles légales de captures qui permettent aux poissons de se reproduire, et une gestion de l’eau qui tienne compte des périodes d’étiages de plus en plus longues et marquées ».
Elle a peu de chances d’être entendue. À l’heure où nous mettions sous presse (comme on disait autrefois) seulement 482 personnes (le 28 mai) avaient signé le texte de Vincent Pederiva. À comparer avec les 85 000 cartes de pêche vendues dans les cinq départements de la chaîne pyrénéenne. Une comparaison assez déprimante qui vous conduit tout droit à ce doux euphémisme que la gestion patrimoniale ne fait pas partie des habitudes de la région.
Les Pyrénées possèdent le plus beau domaine salmonicole de France, l’un des plus beaux d’Europe, les cours d’eau classés en 1re catégorie représentent 3 000 km en Ariège, 2 500 dans les Hautes-Pyrénées, 5 200 dans les Pyrénées-Atlantiques, et quelques milliers encore dans les autres départements. Un extraordinaire terrain de jeu où il suffirait de laisser faire et de respecter la nature pour que règne partout la truite sauvage, celle des gaves, des nives et des torrents. Au lieu de quoi les Pyrénées, les Hautes surtout, sont sans doute aujourd’hui la région de France où se bassinent les plus grosses quantités de truites de pisciculture. Celle où la production éprouvette est la plus développée, les écloseries se chiffrant par dizaines et où les piscicultures fédérales produisent des tonnes de salmonidés de toutes sortes et de toutes qualités. Ainsi, si on s’en tient au seul département des Hautes-Pyrénées, ce ne sont pas moins de 30 tonnes de poissons qui sont déversées chaque année par la fédération et les AAPPMA.

PARTAGER l’ARTICLE

Laisser un commentaire

Je préfère commenter avec facebook ->