Pourquoi nos mouches ont pris du bide ?

2014 démarre plutôt mal pour notre rédacteur en chef, qui lors du salon de Charleroi, s’est rendu compte qu’il était resté dans le coma depuis une vingtaine d’années. La pêche à la mouche aurait-elle changé à ce point ? En cause, comme dans l’article de Jean-Christian Michel (numéro 99, page 30) le décalage entre l’imagination des monteurs de mouches, l’interprétation qu’en font les professionnels et ce que veulent les truites.

2014, salon de Charleroi. J’ai pris conscience que j’avais vieilli d’un coup. -“Bonjour, je cherche du raphia naturel pour faire des corps de mouche de mai”, – “Du quoi ? Non mais c’est pas une quincaillerie ici !” – “C’est pas grave, je cherche également du Z-Lon gris clair et jaune clair…” – “Jamais entendu parler… ” – “Bon d’accord pour le raphia, c’est une feuille de palmier malgache, mais du Z-Lon, quand même, vous voyez, c’est un matériau synthétique hyper moderne, ça sert à faire des ailes de spent et des exuvies !” Après explications (sous forme de mimes) mon vendeur me sort sa panoplie de produits recyclés d’un magasin de farces et attrapes. Je laisse tomber et retente le coup deux stands plus loin, à la recherche de deux pochettes de “body stretch”, une petite lamelle élastique avec laquelle je fait les dos de mes gammares. Stupeur et tremblements, tous les exposants à l’exception d’un seul, ont supprimé la seule teinte qui plait vraiment aux truites et avec laquelle j’en ai pris des centaines ! Le rouge vif, le jaune citron, le bleu électrique, le vert pré, le “brun” que personnellement je vois orange, sont restés au catalogue, mais pas la “bonne” couleur brun rougeâtre qu’aucune autre ne remplace.

C’était un sentiment horrible, l’impression d’être resté dans le coma durant vingt ans… Quelque chose a changé. Cela vient-il des poissons ou des pêcheurs à la mouche qui recherchent de plus en plus des pêches faciles en réservoir ou à l’étranger ? Les vendeurs eux font leur boulot : ils proposent des choses qui sont demandées. Quoi de plus normal. Les salons sont de bons tests pour sentir la tendance et l’évolution d’une technique de pêche. Mais il faut faire la part des choses entre les nécessités imposées par les poissons et les rivières et l’interprétation commerciale que certains en font. Bien emballé et avec une belle démonstration tout peut se vendre et tout se vend. Avec le temps, certains produits sont ainsi devenus des standards, des trucs à la mode, même si, sur le terrain, ils font parfois office d’épouvantail.

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