Ombres d’automne

  • Ombres A

    Un radier typique de la Dordogne par une magnifique journée d’automne. Pêcher à la mouche à cette saison et par ces conditions est un vrai plaisir. Les prises sont du bonus !

  • Ombres B

    Ambiance hivernale sur les bords du vieux Rhône. En décembre, seul le créneau 11 h - 15 h voit généralement le fleuve s’animer de l’activité des mouches et des ombres.

  • Ombres C

    Le guide savoyard Didier Chapel connaît parfaitement le comportement des ombres du Rhône, mais aussi les caprices du fleuve et les meilleurs secteurs.

Si elle n’est plus ce qu’elle a été, la pêche automnale et hivernale de l’ombre se pratique encore sur la Loire, l’Allier, la Moselle ou la Dordogne. Cette pêche particulière, parfois difficile, mais toujours authentique permet de prolonger la saison. Et la présence des pêcheurs au bord de l’eau en seconde catégorie perturbe la ronde incessante des cormorans, alors ne vous gênez pas !

Jadis, ce moment était très attendu par les pêcheurs à la mouche. La vraie saison de la pêche de l’ombre, poisson qui fraie au printemps, commençait à l’automne, une fois les feuilles tombées et évacuées par les cours d’eau et jusqu’au 31 décembre. Un peu partout en France, une arrière saison de pêche commençait en seconde catégorie sur le vieux Rhin, le cours inférieur de l’Huisne, la Vienne, le Doubs en aval de sa confluence avec la Loue, la Loire, l’Allier, l’Ain, la Dordogne ou l’Ognon. J’ai pratiqué cette pêche à la mouche sèche dès la fin des années 1980 surtout sur le vieux Rhin sur les secteurs de Kembs, d’Ottmarsheim et de Fessenheim, juste derrière la centrale nucléaire. En décembre par température négative, il fallait aimer très fort les ombres et leur pêche pour rester des journées entières planté jusqu’à la taille dans une eau à 5°C dans un décors pas vraiment bucolique ! Il faut comprendre que cette pêche un peu particulière ne puisse pas plaire à tout le monde, que certains préfèreront toujours les douces soirées du mois du juin aux gelées matinales. Mais les temps changent et le dérèglement climatique nous donne parfois des mois d’octobre et novembre qui n’ont rien à envier aux mois printaniers. Petite consolation.

Pêche d’hier et d’aujourd’hui

Il m’est très difficile de trouver des similitudes entre les conditions rencontrées dans les années 1980/90 et celles d’aujourd’hui. Les différences climatiques et hydrologiques entre les deux époques sont telles que la comparaison semble impossible. “Mon” vieux Rhin a vu paradoxalement son débit multiplié par cinq par un jeu de vases communicants dont seul EDF a le secret. Cette entreprise et son homologue allemande font la pluie – même quand elle ne tombe pas – et le beau temps sur le fleuve. Fini les longues gravières accessibles en waders… La zone est devenue dangereuse à pratiquer en wading en hiver. Les cormorans s’abattent de plus en plus nombreux sur ces proies faciles que sont les ombres dans une région frontalière avec l’Allemagne où la LPO a la dent dure. Auparavant, des pollutions toujours accidentelles mais bien réelles avaient décimé les bancs d’ombres, de truites, barbeaux, hotus et par la même occasion quasiment tous les invertébrés. L’incendie de l’usine Sandoz à Bâle en novembre 1986, six mois après l’accident de Tchernobyl, fut tristement appelé Tchernobâle, ce qui donne une idée relative de l’ampleur de la catastrophe. Décidément, le vieux Rhin n’avait  plus d’originel que son tracé. Les pêcheurs à la mouche de la région se sont alors tournés vers les réservoirs, une tendance naissante à l’époque qui s’est intensifiée au point de faire tourner le dos aux rivières à pas mal de pêcheurs. Pour des raisons cumulées d’aménagements, de dégradation générale des cours d’eau, de prédation par les cormorans, de réchauffement excessif des eaux en été, la zone typologique de l’ombre, qui se situe normalement à la limite première/seconde catégorie tend à remonter vers l’amont. Elle se maintient, par endroits très bien d’ailleurs sur certains secteurs du vieux Rhône, de la Loire, de l’Allier, de la Dordogne ou de la Moselle. La présence des pêcheurs sur ces zones à l’automne et en hiver tant que la pêche reste autorisée est un moyen efficace de limiter la prédation des cormorans, qui faute d’être tirés, ne peuvent pas pêcher en toute quiétude.

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