Naissance d’une truite par Marie-Annick Dutreil

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    Après cinq heures d’une grande concentration, l’artiste peut enfin respirer !

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    Avant de peindre, il faut toujours dessiner.

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    La truite du lac d’Esparron de verdon reproduite à partir de quelques photos.

Existe-t-il des liens entre l’aquarelle et la pêche ? Apparemment aucun… Et pourtant, le peintre et le pêcheur partagent la même peur de l’échec, de la non rencontre, de la perte du poisson ou de l’œuvre au dernier moment, alors que juste avant la mise à l’épuisette ou au moment des dernières retouches, la belle truite vous fausse compagnie. Si nous avons tous connus des déboires aux derniers instants d’une prise, nous n’avions encore jamais assisté à la naissance d’une truite en direct sous le pinceau d’une aquarelliste. Je me suis fait tout petit pour ne pas déranger l’artiste qui au terme de cinq longues heures d’une grande tension a révélé cette splendide truite lacustre.

Pêche et peinture à vue ?

Certains pratiquent la pêche à vue ; d’autres, c’est la peinture. On ne choisit pas. Les artistes et les pêcheurs ont le même œil. Un œil au plus près de ce qui est à voir. Les bien-pensants vous diront que, d’un côté, se trouve un œil prédateur et, de l’autre, un œil désintéressé, et qu’il est ridicule de rapprocher ces deux extrémités de la civilisation… Simplification absolument loin d’être fondée ! Savez-vous ce qu’est un œil ? Un œil est un organe qui reçoit. Il est pure passivité. On me rétorquera que voir s’apprend et que les formes qui sont découpées dans la lumière et la couleur sont le résultat d’une éducation et d’une culture, donc d’une activité… Mais reste la lumière et la couleur, ces langages premiers de nos émotions. Et qui sait si l’émotion de l’artiste devant la truite diffère de celle du pêcheur ?

L’apparition

La peinture, c’est comme la pêche : au début, il n’y a rien d’autre qu’un cadre. Et, à moins de s’appeler Kasimir Malevitch, quand la toile est blanche, le peintre est bredouille. Alors, comment on fait ? On cherche ? On cherche le poisson ou l’inspiration… L’inspiration… encore une invention de mal-voyant ! Les pêcheurs à vue vous le diront, on ne trouve pas le poisson : le poisson se révèle. Il se donne au regard et surgit. Là ! L’émotion monte. On croirait soudain que le réel gagne une intensité nouvelle : il n’y avait rien et maintenant il y a tout. Le rien n’était pas rien. Ce n’était que du bleu, du vert… de la transparence et des reflets : de l’ombre et de la lumière (ou, comme disent les shadoks halieutiques : beh… c’est de l’eau, quoi). Ce rien était aussi vide de poissons que la feuille sur le chevalet.

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