Micro-mouches – Mode d’emploi

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    La pêche avec des micro-mouches se pratique souvent au cœur de l’été par niveau bas. De ce fait, il s’agit toujours d’une pêche difficile qui parfois tourne au ridicule. Les étés longs et secs que nous connaissons actuellement sont malheureusement propices à la finesse et à la miniaturisation.

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    En petites tailles, les nymphes à tête orange fluo sont très utiles, surtout lors de conditions d’étiage où les poissons boudent les modèles imitatifs.

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    La “petite verte du Dessoubre”, une petite nymphe chère au guide Stéphane Poëncet, très efficace sur les ombres (collection De Charette JCC 80).

Les mouches sont comme les jours et les hommes. Il arrive qu’elles rétrécissent. Démonstration et mode d’emploi.

 

Il va falloir s’y faire. Canicule et eaux de plus en plus stagnantes sont synonymes de propagations de milliards de chironomes dont les truites et les ombres se nourrissent. Le phénomène n’est absolument pas nouveau, car dès la fin des années 1980 et sans doute bien avant, il arrivait à certains moments de l’année de voir les truites et les ombres se focaliser sur de très petites proies, d’environ trois à cinq millimètres. C’était et c’est toujours le cas à Goumois notamment en mars.
Henri Bresson signalait ce phénomène sur ce parcours bien avant que les pêcheurs de ma génération l’aient à leur tour remarqué. Les pêcheurs se cassaient alors les dents sur des poissons prenant des choses infimes, transparentes, dont on se demandait bien quels nutriments pouvaient leur profiter !
Je me souviens très bien de ces courtes journées de mars et d’avril où, avec mon ami Norbert, nous bravions les giboulées dans l’espoir d’assister à une belle éclosion d’éphémères sur le coup de midi, ce qui arrivait souvent, mais aussi de notre déception lorsqu’il fallait sauver la bredouille avec des micro-­nymphes et du 8/100. Les truites se déplaçaient et interceptaient des insectes tellement petits qu’on ne distinguait pas l’ouverture de leur gueule lorsqu’elles s’en saisissaient.
Jean-Michel Radix, grand pêcheur du Doubs, montait également de très petites nymphes à une époque où les hameçons fins et résistants que nous connaissons aujourd’hui n’existaient pas. Et c’était uniquement cette limite technique qui l’empêchait de monter plus petit encore.
En fin de saison, les éclosions de cænis, la plus petite famille d’éphémères font également dans la miniaturisation. Si elles ont toujours existé, les éclosions de petites mouches se multiplient avec la modification du climat. Insectes aux exigences biologiques beaucoup moins strictes que les éphémères, les plécoptères et les trichoptères, les générations de chironomes se développent en quelques jours.
À l’étranger, notamment dans le nord de la Scandinavie et en Islande, de minuscules diptères constituent l’essentiel de la nourriture des truites depuis la nuit des temps. Partir pêcher dans ces régions nordiques sans emporter un bon stock de moucherons noirs n’est pas très prudent…

De nos jours, qu’est-ce qu’une micro-mouche ?

Il fut un temps pas si lointain où les limites de la technologie ne permettaient pas de pêcher très fin, ni même d’obtenir des hameçons d’une taille inférieure au 16. Et ce 16 là ne piquait pas très bien, brandissait un ardillon énorme et presque vertical. Autant dire qu’à l’autre bout, il fallait envoyer un ferrage de brute pour qu’il rentre ! Les premiers hameçons japonais à forte teneur en carbone et à affûtage chimique datent de la fin des années 1980 et ils furent d’emblée d’une qualité égale à ce que l’on connaît aujourd’hui. Auparavant, ils étaient en fer forgé, grossiers et sans réelles petites tailles inférieures au n° 18. Rares étaient les pêcheurs qui s’aventuraient à utiliser un fil en dessous d’un diamètre de 12/100. Alors que dès le milieu des années 1980, on trouvait du 8 et même du 6/100. Le Fling, un fil italien notamment et le Kroïc GT de Water Queen deux nylon destinés à la pêche au coup. Car les pêcheurs au coup ont toujours été très en avance en matière de finesse. Dans un concours, le tirage au sort peut vous jouer de sales tours et vous obliger à taquiner des poissons dont les plus gros sujets mesurent 5 cm. Cette pêche imposée d’alevins a amené les pêcheurs à utiliser de très fins nylons et des hameçons souvent faits par les pêcheurs eux-mêmes dans de la corde à piano et ce jusque dans des tailles que le commerce n’a jamais proposé, en dessous du 26.

Les raisons entomologiques

Il existe en Europe environ mille cinq cents espèces de chironomes, dont environ quatre cent en France. Certaines ne vivent qu’en eaux mortes alors que d’autres sont adaptées aux eaux vives, courantes et froides. Ces espèces, en place depuis la nuit des temps ont toujours été ignorées par les pêcheurs à la mouche et pour cause. Il semblerait en effet que dans une rivière en bon état, les truites et les ombres préfèrent se nourrir d’éphémères, de gammares, de trichoptères et de plécoptères, voire de limnées plutôt que de chironomes. J’ai toujours observé que les truites et les ombres se nourrissent de très petits chironomes, d’une longueur de 3 à 5 mm et ignorent les plus gros. J’ai aussi remarqué que les truites acceptent de se nourrir de petits chironomes uniquement lorsqu’aucune autre éclosion (“normale”) n’a lieu. Il existe bel et bien des préférences parmi les ordres, familles, genres et espèces d’insectes que consomment les poissons. C’est beaucoup moins flagrant aujourd’hui que par le passé lorsque quatre à six espèces d’insectes se mettaient à danser au-dessus des courants en même temps. Le plus bel exemple pour illustrer ces propos est celui de la fourmi volante. Si une retombée de fourmis se manifeste, quels que soient les autres insectes qui éclosent simultanément, tous les poissons de la rivière préféreront les fourmis. Le petit hyménoptère a le don de mettre la rivière en discrète ébullition. Seules les fourmis ont ce don de mettre tout le monde à table, du plus petit vairon à la truite de plusieurs kilos.

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