L’ombre ligérien

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    Hervé Brun, le président de l’association Vive l’Alagnon (alagnon.fr) avec un bel ombre local. Sur les préconisations des scientifiques et du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), l’Alagnon et son bassin-versant doivent être préservés.

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    Amont de Massiac à hauteur du moulin de Victor. Gaspard tente de faire monter des ombres sur ses mouches.

On croyait tout savoir sur l’ombre commun ou presque. Mais les avancées de la science notamment en matière de recherche ADN ont permis d’identifier une nouvelle espèce, Thymallus ligericus, l’ombre du bassin de la Loire. Histoire d’une découverte.

Poisson ignoré des pêcheurs écossais, longtemps détesté en Angleterre au point de parfois servir de nourriture aux chiens tant il était accusé il y a peu encore d’être concurrentiel avec les truites, l’ombre ne bénéficie pas partout d’un statut de poisson digne d’être pêché de façon “sportive”. En France en revanche, l’ombre (Thymallus thymallus) a toujours représenté un fort intérêt halieutique. Cet attrait pour ce poisson est en partie dû à son comportement à la fois curieux et peu farouche mais parfois également tatillon au point de refuser le contenu d’une boîte à mouches si ce qu’on lui propose ne lui convient pas. L’ombre est autant un poisson de petits que de grands cours d’eau. Dans un passé proche (jusque dans les années 1990), il se pêchait sur le cours non canalisé du Rhin au niveau de Mulhouse, du “vieux” Rhône savoyard et du cours moyen de l’Allier en hiver jusqu’au 31 décembre. C’était une ambiance très particulière mais fabuleuse, en équilibre sur les galets à ras les waders pour espérer gagner quelques mètres dans une eau glacée, parfois sous la neige. Mais les temps, dans tous les sens du terme ont bien changé et cette pêche hivernale reste aujourd’hui anecdotique, car les populations d’ombres sur ces secteurs de plaine ont nettement régressé. Un demi siècle plus tôt, on le pêchait sur le cours aval du Doubs jusqu’en Saône-et-Loire, à plus de 300 km de la source ! Beaucoup ne savent pas que les Mouches de Charette font référence au village de Charette en Saône-et-Loire sur les rives du Doubs et que cet endroit était autrefois un haut lieu de la pêche de l’ombre. Sur l’Allier il était présent bien en aval d’Issoire, sur la Loire jusqu’au niveau de SaintÉtienne, et sur le Rhône jusqu’à Lyon. L’ombre de notre début de siècle s’est replié vers les zones amont des cours d’eau, tout simplement parce que les parties basses ne sont plus compatibles avec ses exigences biologiques dans des cours d’eau segmentés par de nombreux seuils. L’espèce subsiste parfois en aval des grands barrages hydroélectriques comme sur la Dordogne, mais ces ouvrages ont globalement fait beaucoup plus de mal que de bien. Les effets cumulés de plusieurs facteurs comme la disparition des zones humides, la monoculture de résineux, la segmentation des cours d’eau par des seuils infranchissables sont à l’origine de la régression de l’espèce. Elle est inscrite à l’annexe III de la convention de Berne, et même classée « vulnérable » par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Elle est aussi mentionnée dans l’annexe V de la directive habitat faune/flore de 1992, alors qu’en Suisse elle est considérée comme menacée par l’ordonnance relative à la loi sur la pêche (OLFP RS. 923.01). Et les étés caniculaires que l’on vit depuis peu ne vont pas arranger les choses.

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