L’évolution des lacs naturels du massif jurassien

  • (c) Guy Périat et Sylvain Richard

    L’intérêt écologique de ce type de lac saute ici aux yeux. On remarque en revanche que la zone agricole est toute proche (lac du Maclu, Jura français)…

  • vegetation lineuse jura

    Évolution temporelle de la surface occupée par la végétation ligneuse (vert foncé) au niveau des grand et petit lacs de Clairvaux (données à partir de photos IGN).

  • (c) Guy Périat et Sylvain Richard

    Dans les années 1970-1980, au printemps durant le dégel ou lors d’épisodes caniculaires critiques, de grandes hécatombes de poissons pouvaient être observées sur les plans d’eau

 

Lacs naturels d’origine glaciaire, les plans d’eau du massif jurassien situés de part et d’autre de la frontière franco-suisse semblent inchangés depuis des millénaires. Au siècle dernier, ces lacs ont connu leur lot de dérèglements liés aux activités humaines. Ils sont aujourd’hui mieux protégés mais restent d’une grande fragilité. Voici l’histoire de ces lacs, qui de nos jours connaissent un regain d’intérêt de la part des pêcheurs.

 

Alors que le nombre de pêcheurs en rivière régresse depuis plusieurs années, la pêche amateur en lac se maintient, voire se porte un peu mieux. Si l’on prend l’exemple de la Suisse, les permis de pêche amateur sur le lac de Neuchâtel ont augmenté de près de 20 % ces dix dernières années, alors que dans le même temps les pêcheurs en rivière ont été réduits d’autant. En Franche-Comté, la tendance semble identique. Les cours d’eau sont de moins en moins arpentés par les pêcheurs et la fréquentation des lacs apparaît mieux résister à cette érosion. Comment peut-on expliquer cette situation ? Les lacs seraient-ils plus intéressants que les cours d’eau ?

 

De véritables joyaux naturels

Tout d’abord, il est important de rappeler que les lacs du massif jurassien (Saint-Point [25], Chalain [39], Clairvaux [39], Joux [CH], etc.) sont des plans d’eau naturels, ayant une origine glaciaire. Il ne faut donc pas les confondre avec les étangs ou autres retenues artificielles, édifiés à l’aide de digues ou de barrages barrant un ruisseau ou un cours d’eau. Ces lacs naturels sont de véritables joyaux environnementaux et ils évoluent depuis plus de 10 000 ans au gré de la dynamique des vallées jurassiennes. Ils sont bordés de zones humides riches en biodiversité et constituent encore, la plupart du temps, des réserves d’eau potable d’importance. Certains sont même classés monuments historiques (Clairvaux [39], Chalain [39]) car ils possèdent des vestiges néolithiques sur pilotis, dits palafittes, protégés par l’Unesco. Ainsi, il y a près de 6 000 ans, les hommes étaient déjà attirés par les lacs du Jura. Leur écrin naturel, la beauté des paysages qu’ils dessinent et leurs richesses ont donc depuis toujours été convoités. Cette situation est d’autant plus remarquable que la concentration de ces lacs sur ce massif de moyenne altitude est unique en France. Seule l’Auvergne, avec ses quelques lacs de cratère, rivalise en termes de densité de plans d’eau naturels. Les autres régions de moyenne et basse altitudes en sont naturellement dépourvues, du fait de l’absence des processus géologiques et climatiques à l’origine de leur apparition. Les lacs naturels constituent donc une véritable particularité paysagère du massif du Jura. C’est une carte de visite touristique et halieutique de haute valeur. Ce n’est pas par hasard si leur fréquentation est importante depuis très longtemps. Se délasser, se baigner, pêcher ou naviguer sur ces curiosités de la nature est donc un privilège qui attire toujours plus de monde.

 

Les lacs sont-ils plus propres que les cours d’eau ?

Alors que les tragiques mortalités massives de la Loue, du Doubs franco-suisse ou encore du Dessoubre sont récentes, force est de constater que sur les lacs, les grandes hécatombes de poissons appartiennent au passé ! Ce sont dans les années 1970-1980 que ces milieux ont pu connaître des épisodes de fortes mortalités, dont l’origine était liée principalement à la désoxygénation des zones profondes. Elles étaient la conséquence des pollutions domestiques et agricoles, rejetées sur leur bassin versant et mal ou non traitées. Heureusement, ces signaux d’alarme ont initié une prise de conscience collective des problèmes. La mise en place de systèmes d’épuration a permis, petit à petit, de traiter et de juguler ces apports excessifs d’eaux usées. À l’image du lac de Neuchâtel en Suisse ou encore des lacs alpins comme le lac Léman, la concentration en phosphore, marqueur de pollution, s’est donc améliorée. Depuis la mise en place des programmes d’épurations collectives, tout n’est pas réglé pour autant, et certains lacs subissent encore des apports excessifs en nutriments. Leurs couches profondes ont toujours des problèmes de désoxygénation une bonne partie de l’année, comme le montrent les suivis réalisés sur les lacs de Morat (CH), de Joux (CH) ou encore de Rémoray (25). Certains plans d’eau ont par ailleurs subi des dégradations plus récentes et progressives de leur qualité d’eau. Il s’agit en particulier du lac de Chalain (39) et, dans une moindre mesure, du lac Saint-Point (25). Si l’on essaie de synthétiser la situation actuelle, on peut dire que l’évolution de la qualité de l’eau des lacs naturels du massif du Jura est mitigée. Dans l’ensemble, les pollutions domestiques ont diminué assez significativement ces trente dernières années. Toutefois, elles ne sont encore pas totalement traitées et certains plans d’eau souffrent toujours d’excès d’apports en nutriments, d’origine agricole en particulier. Et plus récemment, des contaminations toxiques peuvent être suspectées pour certains d’entre eux. La qualité d’eau des lacs apparaît donc assez similaire à celle des cours d’eau, qui ont fait l’objet des mêmes efforts en termes d’épuration des effluents. Elle ne peut donc pas à elle seule expliquer le relatif engouement halieutique observé pour les lacs naturels par rapport aux rivières, si ce n‘est l’absence depuis longtemps de cas de mortalités massives de poissons.

La morphologie des lacs est-elle mieux préservée ?

Comme les ruisseaux et rivières, les lacs naturels ont subi de nombreuses et anciennes modifications de leur morphologie. Dès le Moyen Âge, les hommes ont aménagé l’exutoire de ces plans d’eau afin de maîtriser et d’utiliser la force hydraulique pour le fonctionnement des forges, des moulins, etc. Certains ouvrages ont été transformés au fil du temps en usine hydroélectrique. Le cas des lacs de Joux et Brenet en Suisse illustre bien cette anthropisation. Ils

PARTAGER l’ARTICLE

Vous devez vous CONNECTER Pour poster un commentaire

Je préfère commenter avec facebook ->