Leurs trucs en plumes

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    Un argus géant (Argusianus argus) qui, dans la jungle malaisienne sait se faire menaçant par son plumage qui évoque de multiples prédateurs.

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    Le sublime arc-en-ciel du lophophore, resplendissant du Népal. Les plumes de la tête valent 6500e le gramme.

  • © P. Boisson

    Les plumes de Didier et Nathalie intéressent évidemment les monteurs de mouches à saumons anciennes, mais pas seulement, car on trouve sur le site Internet www.flytyingncdesign.com des plumes plus communes de faisan doré, de pintade, de paon, de nandou, de coq, de coq pardo et une multitude d’autres plumes. De quoi monter des mouches pour toutes les espèces de poissons et surtout mettre au point des modèles singuliers ! Un autre site (plumencdesign.com) est lui consacré aux bijoux et aux masques en plumes.

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Il n’y a pas si longtemps, avant que l’on s’intéresse au cul des canards et qu’on chuchote à l’oreille des lièvres, on imitait les mouches avec des plumes d’oiseaux nobles comme les coqs, les faisans, les condors et toutes sortes de volatiles aujourd’hui protégés. Visite guidée dans la volière. 

Il fut un temps, pas si lointain, où le plumage des gallinacés fournissait l’essentiel de la matière première utilisée par les monteurs de mouche. Un temps où le dressage des mouches n’était pas encore devenu l’apanage quasi exclusif du fondement des canards. Ce temps n’est plus, hélas, mais il se pourrait bien qu’il revienne. C’est du moins ce que nous nous sommes dits en visitant Plume NC Design l’entreprise franco luxembourgeoise que la famille Spang consacre à l’élevage de volatiles rares, au négoce et à la mise en valeur de leurs plumes.
Il n’est pas fréquent qu’un couple se forme grâce à un oiseau. C’est pourtant en observant le manège d’un troglodyte que Didier et Nathalie ont découvert qu’ils partageaient la même passion et que cela pouvait les inciter à faire leur vie ensemble. Quelques années et trois enfants plus tard, les voilà au top d’une spécialité d’un autre âge dont ils sont une demie douzaine à perpétuer la tradition en Europe. Elle, est plumassière (qui est l’art de travailler la plume). Lui élève, fait reproduire les oiseaux et s’occupe de la commercialisation des plumes qui sont ramassées deux fois l’an après les mues.
Nathalie réalise ainsi des bijoux, des décorations, des tableaux à partir d’aquarelles sur lesquelles elle peut coller jusqu’à 900 plumes. Elle vend ses œuvres dans des salons ou des expositions et collabore souvent avec des couturiers comme Jean-Paul Gauthier ou des costumiers comme ceux du Lido. Elle contribue aussi à une partie importante du négoce en fabriquant les masques du carnaval de Venise ou en fournissant pas mal d’accessoires pour les spectacles et animations consacrées à la période médiévale. Ainsi, quand nous leur avons rendu visite elle était en train de mettre la dernière main à un masque du médecin de la peste pour Venise avec un bec où l’on mettait de la ouate imbibée d’huiles essentielles pour tenir la bactérie à distance. Aujourd’hui ce masque fait de plumes de faisan Lady Amherst, de faisan argenté, de faisan obscur, de coq appenzellois et de coq australop est très recherché. Son prix reste raisonnable. Pas comme cet autre, un masque féminin en paradisier et faisan qui cote 8000 euros.
D’autres masques et parures sont plus accessibles : Ils sont ainsi les fournisseurs de la grande parade hippie d’Ibiza comme ceux des chasseurs alpins italiens dont les chapeaux sont ornés d’une plume de choucas des tours. En fait, la plume d’oiseau dont le commun des mortels pense souvent qu’elle ne sert, au stade duvet, qu’à remplir oreillers, couettes et édredons, était, est encore, un matériau très employé (sait-on par exemple que les clavecins tirent leur sonorité très particulière des biots de corbeau qui sont collées sur leur marteau). C’est aussi un matériau dont le prix peut valoir cent fois celui du diamant : 6500 euros le gramme de plume de tête de lophophore, un faisan rarissime de la chaîne himalayenne qui vit entre 2000 et 4000 m.
Le rayon “pêche” de l’entreprise est lui aussi important. Car pas mal de monteurs en Europe et aux Etats-unis, et parmi eux les artistes de la mouche à saumon n’ont pas oublié qu’en cette époque de prêt à monter, de matériaux synthétiques, de hackles de toutes sortes de poils, de palmipèdes emplumés de l’arrière, les plumes des coqs, et des faisans les plus nobles, avaient donné au montage de mouche ses lettres de noblesse. Ainsi le faisan doré rouge qui vient de Chine est l’un des oiseaux dont on utilise le plus le plumage : queue, collerette, crête, flancs.

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