Les petits mystères de la canne à mouche

  • 42A Mysteres
  • © Daniel Le Breton

    Harry Wilson (avec une minèrve), fondateur des cannes à mouche Scott à ses débuts en 1981 dans un garage de la Clementita Street à San Francisco.

  • 42C Mysteres

    La compréhension du lancer d’une soie avec une canne à deux mains est particulièrement ardue lorsqu’on lance en Spey cast.

Elle est un prolongement naturel du bras pour les uns, ou un objet incontrôlé et incontrôlable pour d’autres, nous ne sommes pas tous égaux avec une canne à mouche dans le creux de la main. Pour l’ingénieur Daniel Le Breton, passionné par les propriétés mécaniques des cannes à mouche depuis une quarantaine d’années, ce qui nous permet de pêcher n’a plus grand-chose d’étranger. Il nous invite ici dans ce monde qu’il connaît si bien.

Sous son apparente simplicité de tube profilé, la canne à mouche recèle quelques petits secrets que je vous invite à découvrir. Nul n’a besoin d’en connaître le fonctionnement pour savoir se servir correctement d’une canne, mais ça peut aider parfois. Cet article a pour but de vous familiariser avec les mécanismes qui animent notre canne sans entrer dans des considérations techniques pointues. Vous allez y retrouver des notions que vous avez pu lire dans les magazines ou les livres. Commençons par les lister : la canne à mouche est à la fois un levier, un ressort et une masse flexible en mouvement, un peu comme un fouet. Voilà trois systèmes mécaniques auxquels on se doit d’ajouter la traction sur la ligne, qui devient “double” si vous l’utilisez dans le lancer arrière comme dans le lancer avant. Tous ces mécanismes étaient déjà connus au début du XXe siècle (ils sont décrits dans un livret de 1937 par un constructeur de cannes californien), il semble qu’ils aient été perdus de vue depuis lors, et je n’ai fait que les redécouvrir et les évaluer aussi précisément que possible au fil du temps et des discussions que j’ai pu avoir avec des lanceurs de compétition et des constructeurs de canne. Je suis par ailleurs incapable de vous expliquer pourquoi ce sujet me turlupine depuis une quarantaine d’années.
Le fonctionnement du levier est bien connu : plus il est long, plus il amplifie le mouvement du lanceur et donc la vitesse communiquée à la soie. Mais plus une canne est longue, plus elle est difficile à manœuvrer. Vous avez peut-être entendu parler swing weight des clubs de golf. Eh bien il y en a aussi un pour les cannes. Cette caractéristique est liée au ressenti du poids de la canne lorsque vous la tenez à l’horizontale. On parle ainsi parfois de canne “lourde en tête”. Techniquement le swing weight est le produit de la masse de la canne par la distance comprise entre la main et le centre de gravité de la canne. Pour les spécialistes, la caractéristique qui compte pour mouvoir la canne durant le lancer s’appelle le moment d’inertie. Ce moment d’inertie prend également en compte la répartition des masses, mais cette fois on utilise le carré de leur distance à la main. Pour une longueur de canne donnée, moment d’inertie et swing weight se suivent grosso modo, mais le moment d’inertie est beaucoup plus sensible à la longueur de la canne. Bien entendu vous n’en savez rien quand vous achetez une canne, aucun constructeur n’en donne une indication, il vous reste le test de la tenue à l’horizontale – sans moulinet bien sûr – pour vous faire une idée sur le sujet. La vitesse de la soie dépend directement de la vitesse de rotation de la canne et plus vous allongez la soie plus il faut accroître votre vitesse de rotation, sinon la soie ne va pas se dérouler correctement. Votre variable d’ajustement est l’arc de lancer, car physiquement on a tendance à conserver le tempo de la rotation dans une plage de variation assez étroite (une petite demi-seconde en temps normal, un tiers de seconde chez les compétiteurs). La courbure que prend la canne au cours du lancer permet par ailleurs d’aplanir la trajectoire du scion ce qui augmente l’efficacité de la projection de la soie. Dans le cas du ressort, le mécanisme est un peu plus subtil : il s’agit là aussi d’une amplification de la vitesse de soie, par rapport à une canne complètement rigide. Même si nous pratiquons parfois le “lancer arbalète”, la canne ne se comporte pas comme un arc au cours d’un lancer conventionnel. Lorsque j’ai commencé à regarder ça de près, je l’ai fait avec le concours d’un lanceur de compétition californien, qui pensait que la canne restait déformée jusqu’à ce que son talon soit définitivement arrêté par le lanceur, puis se détendait pour propulser la soie qui avait déjà acquis une certaine vitesse par l’effet de levier.

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