L’épuisette à la loupe

  • OLYMPUS DIGITAL CAMERA
  • 68B

    De nos jours, l’épuisette doit être belle. Elle pose pour les photos et se retrouve sur les réseaux sociaux…

  • 68C

    Le filet de base des épuisettes Au Bois Pêchant, avec des mailles qui n’abîment pas les poissons.

Il a fait de l’épuisette raquette du pêcheur à la mouche un objet élégant, rare, unique. À la façon des bons luthiers qui deviennent de véritables “woods addicts”, Jean-Michel Ménétrier ne résiste pas longtemps devant une loupe d’eucalyptus ou un beau morceau de noyer. Il nous a ouvert les portes de son atelier dans sa région bourguignonne de Montbard.

Objet porte-malheur pour beaucoup de pêcheurs, l’épuisette rend service qu’après avoir tout fait pour que vous la détestiez. Son filet ne rate jamais une occasion de tendre la main aux ronces, aux barbelés et en profite pour se détacher du dos du pêcheur qui lui n’a rien vu et continue d’avancer. L’adage “jamais deux sans trois” se transforme ici en “jamais deux sans dix” tant le satané filet saute sur tout ce qui bouge ou pas. Si on accepte encore d’amener son épuisette faire ses conneries au bord de l’eau, c’est bien parce qu’elle a aussi le pouvoir de transformer instantanément en réalité nos rêves les plus fous. Jusqu’à il y a peu, quelques années tout au plus, l’épuisette “raquette” n’était donc qu’un simple outil. Aucune raison pour que ce chalutier miniature ait la moindre raison d’être élégant. Et pendant longtemps, certaines étaient carrément moches. Petit flash-back… Rappelez-vous le modèle pliable en huit, rangé dans sa pochette plastique et qui vous saute à la gueule pas toujours au bon moment ou qui ne s’ouvre pas toujours quand il le faut. Ou encore la raquette au cercle métallique lourd qui a coulé quand vous la cherchez à tâtons dans l’obscurité du coup du soir. Que des bons souvenirs… Mais les temps changent. Avec le développement des réseaux sociaux, l’épuisette est mise en scène et tient compagnie à la belle prise le temps d’une photo. Fini le métal et le plastique, une raquette doit être en bois et en rien d’autre.
Jean-Michel Ménétrier aime le bois, sous toutes ses formes. Depuis tout petit, il bricole avec les moyens du bord, tout ce qu’il trouve à bricoler dans l’atelier familial, à Montbard en Bourgogne. Avec un moteur de machine à laver et un axe, il fabrique un tour à bois. Dans ces cas-là, l’objet qui sort des mains de l’apprenti bricoleur est soit un pied de lampe, soit un bougeoir. Il fera les deux, et même en plusieurs exemplaires… Il apprend à recycler, à ne pas gaspiller. Chaque chute doit devenir un objet. Plus tard, il partagera son expérience empirique avec un vrai menuisier, Joël Agnerey. Cette rencontre l’incite à travailler là où il y a du bois, dans une entreprise de Montbard qui fabrique entre autres des tuyaux pour les centrales nucléaires (Montbard est spécialisée dans le tuyau high-tech). Ces produits spéciaux doivent être emballés dans des caisses en bois selon un protocole bien précis. Les caisses doivent être solides à défaut d’être belles. Son amour pour les très beaux bois se déclarera un peu plus tard, à l’occasion d’un concours de circonstances.
Au début des années 1990, les villes de Montbard, Nuits-sur-Armançon et Venarey-Les-Laumes organisaient un tournoi international de rugby pour les enfants jusqu’à 13 ans. Si la Bourgogne n’est pas une terre de rugby, bien des habitants, dont Jean-Michel pratiquait en bons passionnés. Dix-sept nations furent représentées, dont la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et l’Argentine. Pour la première édition, le comité organisateur cherchait un trophée original à remettre à la nation victorieuse. L’idée d’un ballon de rugby en bois fut rapidement avancée. Et soudain, tous les regards se sont tournés sur Jean-Michel, qui ne s’est pas démonté lorsqu’il prit connaissance de la nature de la commande. Un ballon de 2 mètres de hauteur et 1,30 m de circonférence ! Et il n’avait pas la moindre piste pour mener à bien un tel projet. Ce ballon sera au final l’assemblage de 666 pièces de chêne et le recours à un principe mathématique salvateur, l’ellipsoïde de révolution, (la rotation dans l’espace d’une ellipse autour d’un de ses axes). Cela permet d’obtenir la courbe parfaite, mais ensuite, c’est au pied du mur que l’on voit le maçon… Ce projet qui aura donné des sueurs froides à notre bricoleur sera une véritable réussite et une révélation. Lui qui venait de casser son épuisette raquette lors d’une chute au bord de l’eau, avait alors compris qu’avec le bois, on pouvait faire de très belles choses. Et c’est donc tout naturellement qu’il s’est mis à fabriquer sa première épuisette.

PARTAGER l’ARTICLE

1 commentaire

Laisser un commentaire

Je préfère commenter avec facebook ->