Le paradoxe des milieux urbains

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Le Lot à Mende, l’Ain à Champagnole, la Loue à Ornans, la Touques à Lisieux, le Gave à Oloron-Sainte-Marie, pour n’en citer que quelques-uns, sont des cours d’eau dans lesquels les poissons se sentent bien intra muros. On pourrait ajouter là où passent des cours d’eau de seconde catégorie, la Seine à Paris, le Rhône à Lyon, l’Ill à Strasbourg, etc. A l’heure où l’on parle de renaturation, de continuité écologique, pourquoi ces villes tiennent-elles autant les poissons alors que rien n’est fait pour eux ?

Les villes ont été construites par et pour les hommes. Jadis utilisées comme force motrice, comme moyen de transport, servant dans certains cas de frontière entre deux pays, deux régions, d’obstacle contre l’ennemi, jamais l’humain s’est préoccupé de la vie dans les rivières urbanisées.
Et à bien y regarder, cela saute aux yeux, car dans la grande majorité des cas, les rivières des villes sont avant tout des poubelles. C’est pratique, tout ce qui s’y trouve ou presque suit le courant et disparaît. Aux voisins situés en aval de se débrouiller avec cette eau forcément de moins bonne qualité que celle de l’amont. Au niveau physique sur les cours d’eau, les municipalités ont tous les droits. La sécurité des riverains l’emporte sur tout. L’absence totale de lit majeur, la présence de nombreux seuils, ont modifié la nature du lit devenu très minéral en raison de l’incision et de l’érosion. Quant un cours d’eau ne peut dissiper son énergie latéralement, il creuse. Et pourtant, si vous voulez voir et prendre des truites, mieux vaut souvent aller en ville plutôt qu’à la campagne ! Vous y verrez premièrement toujours la truite du pont, celle que tout le monde connaît mais que personne ne prend. Mais vous en verrez beaucoup d’autres, des sauvages, des du syndicat d’initiative, des petites, des grosses, des belles, des moches, bref, des pour tous les goûts !

A milieu artificiel, comportement artificiel

Les poissons comme les hommes sont opportunistes. Les hommes se comportent différemment à la ville qu’à la campagne. Et bien il en est de même avec les poissons, et chose surprenante, quasiment pour les mêmes raisons ! Rien de plus facile pour un humain que de trouver à manger en ville. Idem pour une truite. Non pas que la rivière produise plus d’invertébrés, plus d’alevins en ville (encore que…), mais que la ville et son monde moderne a modifié pas mal de choses, à commencer par une modification du cycle jour/nuit. L’éclairage public attire quasiment tous les insectes, qui s’agglutinent sur les réverbères et les spots qui servent à éclairer les arches des ponts pour faire joli, etc. Tout ce qui produit de la lumière attire les insectes et dans bien des cas, les frêles bestioles finissent cramées en un instant et tombent au jus, souvent en grand nombre. Voici pourquoi la fameuse truite du pont est généralement en pleine forme ! Ephémères toastés, fourmis aux ailes brulées, diptères carbonisés par la fée électricité, tout fait ventre.

Biomasse réelle et impression de biomasse

Les truites des villes perdent leur méfiance à force d’être dérangées sans cesse. La présence des humains n’est plus un problème, surtout les passants, mobiles aux vêtements colorés. Un être statique, vêtu de vert kaki ou camouflé est en revanche beaucoup plus suspect, mais dans l’ensemble, ces truites ne sont pas très farouches. A toute heure de la journée, il est possible d’en voir là où l’eau est claire. Il faut dire que très souvent, la position d’observation surélevée de deux ou trois mètres favorise grandement le repérage. C’est aussi pour cela que l’on a l’impression qu’il y a toujours plus de poissons en ville qu’à la campagne. Ce n’est pas forcément vrai. Hors des villes, la plupart des truites ne sortent que de courts moments pour s’alimenter. Leur régime alimentaire est moins artificiel et leur comportement aussi. A trop pêcher dans les gros villages ou les petites villes jusqu’à 5000 habitants environ, on trouve là une sorte de facilité et on s’y fait très vite. Plein de poissons peu farouches, pas systématiquement faciles à prendre, loin s’en faut, mais toujours disponibles. Le retour au calme en dehors de l’agglomération peut dans ce cas être douloureux, voire très ennuyeux !

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