Le mystère de la biodiversité qui fout le camp

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    Rivières aux normes, poissons en forme ? Pas toujours ! Les normes retenues par l’administration en matière de milieux aquatiques sont loin d’être suffisamment exigentes. Mais ces normes conviennent bien à l’État, car elles couvrent tout et tout le monde. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

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    Les perlidés, espèces bio-indicatrices de premier ordre font grimper les notes des IBGN. C’est ainsi que certains cours d’eau mal en point se voient attribuer de très bonnes notes et passent ainsi en “bon état écologique” aux yeux de l’administration.

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    La Directive-cadre sur l’eau ne vise pas un “très bon état écologique” mais seulement un “bon état écologique”. Dommage que les normes d’évaluation ne prennent pas en compte la biodiversité comme critère. Cela changerait beaucoup les résultats… ainsi que le risque de pénalités européennes pour “non-atteinte des objectifs DCE”. La biodiversité régresse ? C’est normé, c’est normal !

Un symposium intitulé “La biodiversité aquatique au-delà des normes” s’est tenu à Barjols le 11 octobre dernier dans le cadre de la Fête de la Science. Organisé par la Maison régionale de l’eau (MRE), cet événement a rassemblé des universitaires, chercheurs et acteurs du monde de l’eau qui ont partagé avec l’assistance leurs réflexions autour d’un étonnement commun : comment comprendre que dans des rivières en “bon état écologique” la biodiversité régresse ?

1. Qu’est-ce que le “bon état écologique” d’un cours d’eau ?

Dans les années 70 lorsque l’administration française parlait d’une rivière en “bon état” il fallait entendre ce qualificatif au seul sens chimique : on voulait dire par-là que le cours d’eau était exempt de pollution. La Directive-cadre sur l’eau (DCE) du 23 octobre 2000 a introduit une prise en compte plus large de l’état du milieu aquatique considéré : en plus des paramètres physico-chimiques, elle intègre désormais la faune, la flore et la morphologie des cours d’eau.
Ce souci d’une intégration de paramètres plus nombreux constitue une avancée très importante pour le bon diagnostic de l’état de nos cours d’eau. Ce dernier est caractérisé par un écart aux “conditions de référence” qui sont celles d’un cours d’eau de type comparable mais qui n’est pas modifié par les activités humaines. Cet écart permet de classer l’état du cours d’eau en très bon, bon, moyen, médiocre ou mauvais en fonction des résultats. La détermination des paramètres écologiques se fait au moyen d’indices (IBGN pour les invertébrés, indice poisson, indice macrophytes pour la végétation aquatique, indice diatomées pour les microalgues) alors que l’état chimique est déterminé par le respect de Normes de qualité environnementale (NQE) qui reposent sur les valeurs seuils de 41 substances.
En France, en 2015, 8,5 % des cours d’eau étaient en très bon état, 36,3 % en bon état, 39,2 % en état moyen, 12,3 % en état médiocre et 3,6 % en mauvais état.
Bref, tout le monde fait bien son travail et l’état de nos cours d’eau s’améliore. Voilà pour la vision administrative du dossier.

2. Indices, normes et biodiversité

Si les objectifs élargis fixés par la DCE sont un réel progrès, rien n’est simple et nos rivières en “bon état écologique” au sens de l’administration ne sont pas pour autant des rivières débordantes de vie.
Le but d’une norme ou d’un indice consiste à comparer deux états, que ce soit dans l’espace ou dans le temps en retenant ce qui semble être comparable et significatif. À cette fin on choisit certaines espèces de poissons ou familles d’invertébrés en leur donnant une valeur bio-indicatrices. Par exemple : la truite fario, le barbeau, le brochet pour les poissons et les perlides, les trichoptères, les éphémères, les gammares (etc.) pour les invertébrés.
Pour les espèces de poissons, c’est facile, ils ne sont pas nombreux mais pour les invertébrés, le foisonnement d’espèces différentes est tellement considérable que l’on en reste à un niveau très général ­(famille ou genre).
Dans un IBGN, on compare donc la présence de telle famille de trichoptère avec l’absence de représentants de cette même famille et cela nous donne une indication acceptable de l’état écologique des eaux. Le problème, c’est qu’en procédant ainsi, nous restons dans une vision normative de l’état du cours d’eau et que nous ne nous intéressons pas à la biodiversité effectivement présente. On ne s’intéresse pas à la multitude d’autres espèces qui n’ont pas été retenues comme bio indicatrices, soit que l’on considère qu’elles ne sont pas pertinentes du point de vue de la détermination de l’état écologique (par exemple les chabots rapportés aux truites farios) soit que l’on s’en tienne seulement à la considération de la famille ou du genre comme c’est le cas pour les invertébrés dans les IBGN et non pas des espèces, trop difficiles à déterminer (un poil de plus sous le mandibule…). Des espèces qui peuvent donc disparaître en silence sans que personne ne s’en préoccupe si d’autres membres de leur famille sont toujours représentés.

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