L’Araignée sa vie, ses toiles

  • Araignee A

    L’Araignée sur la Gagka en Yougoslavie en 1989.

  • Araignee B

    En 1990 en Autriche sur la Traun à Gmunden devant l’hôtel Marienbrücke. L’Araignée et ses compagnions s’étaient fait remarquer car tous les matins, les arcs-en-ciel du canal du barrage faisaient un tour gratuit… Les pêcheurs allemands s’étaient plaints de notre manque de fairplay au garde pêche, le fils du célèbre Hans Gebetsroither. Habitués aux poissons sauvages, nous trouvions cette pêche un peu trop artificielle à notre goût. Nous avions en revanche été très impressionnés par l’assainissement exemplaire des eaux usées dans la vallée de la Traun.

  • Araignee C

    L’Araignée à gauche avec Jean-Marc Steiner au centre et Jean-Claude Thivot, responsable du tourisme à la Maison Nationale de la Pêche et de l’Eau d’Ornans (à droite) dans la vallée de la Soca en 1989.

Pour Jean-Jacques Cuenin, la pêche à la mouche était un art trop sérieux pour qu’on ne l’évoque autrement qu’avec humour. Epitaphe.

En ces temps immodestes où les comptables du web alignent les centimètres de leurs captures à la manière d’ados retardés comparant leurs quéquette, où les génies halieutiques se comptent par milliers, l’histoire, la légende, de Jean-Jacques Cuenin, alias “Araignée“ mort ce 28 juin 2020 à l’âge de 72 ans en pleine saison de pêche à la mouche sur ses chères rivières du Doubs, mérite d’être comptée. Il est peu de dire en effet que cette grande figure de la pêche en Franche-comté fut un héros très discret.

Un canular est à l’origine du surnom, et de la réputation de ce petit bonhomme au regard malicieux. Sur le Dessoubre dans les années 1970, la pêche à la nymphe était (déjà) interdite sans que la grande majorité des pêcheurs en connaisse même le principe. Or l’Araignée qui en était un expert se faisait régulièrement remarquer en prenant coup sur coup plusieurs poissons alors qu’aucun gobage ne perçait la surface. Il provoquait ainsi pour la blague les autres pêcheurs, mais toujours à distance respectable afin que personne ne puisse comprendre la supercherie. Humiliés, ses voisins quittaient la rivière où au contraire venaient le voir en lui disant :
« – Mais enfin, avec quelle mouche pêchez vous ? »
Et l’Araignée de répondre :
« – Avec une araignée ! »


Tout en secouant la petit boite de pellicule photo qu’il venait de sortir d’une poche de son gilet, boite dont le lourd contenu produisait un bruit de castagnettes. C’était son côté taquin et cachotier. Et sa façon à lui de faire savoir aux autres pêcheurs que la pêche était quelque chose de trop sérieux pour qu’on en partage les secrets avec n’importe qui. Il fut l’un des trois ou quatre pêcheurs, comme Freddy Muller, qui bâtirent la légende du Refrain, ce parcours situé en amont de Goumois où jusqu’à la fin des années 1980, d’énormes truites avaient pour coutume de gober des gros sedges à la nuit tombée. Le record en sèche tient toujours et ne risque guère d’être battu, car il s’agit tout de même d’un poisson de 7,980 kg pris par M. Grandjean, un pêcheur local. Seuls quelques habitués avaient suffisamment d’expérience des lieux pour se risquer sur les rives dangereuses du Refrain dans l’obscurité à une époque où le téléphone portable n’existait pas. « S’il t’arrive quelque chose, me disait l’Araignée, tu finis bouffé par les renards ! ». Pour lui, les renards c’était toute une histoire. Le temps qui passait l’éloignait de plus en plus de ses souvenirs du Refrain, et curieusement cet éloignement opérait sur lui l’effet inverse d’une amnésie. Plus le temps passait, plus ses souvenirs prenaient du volume. Un jour, ou plutôt un soir sans lune alors qu’il traversait le Doubs au Refrain au “gué en zigzag”, il vit deux yeux luminescents face à lui, pile à l’endroit où il devait sortir de l’eau et la bête l’empêcha de quitter la rivière au point qu’il dût faire demi-tour. Lorsqu’il me raconta cette histoire la première fois, on pouvait en déduire en estimant la hauteur des dits yeux qu’il s’agissait d’un chien ou d’un renard. Vingt ans plus tard, les yeux s’étaient considérablement espacés et avaient grimpé d’au moins cinquante centimètres… L’Araignée était un fabuleux conteur. Et nous nous efforcions de le croire sur parole… Il était aussi capable de très bien pêcher que de bluffer son monde avec un talent rare.

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