L’apron du Rhône, histoire d’une lutte contre l’extinction et l’indifférence

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    A l’aquarium de la Citadelle de Besançon, un élevage d’aprons du Rhône est destiné à mieux connaître l’espèce et à disposer d’individus en cas d’extinction. Mais si les cours d’eau dégradés, dans lesquels les populations sauvages n’ont pu survivre, ne connaissent pas d’améliorations notoires, toute tentative de rempoissonnement sera vouée à l’échec.

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    Le lit de l’Asse dans les Alpes-de-Haute-Provence cet automne après une sécheresse qui dure depuis le mois de mai. Normalement, son lit est dit en “tresse”. Cette année il est pour le moins en détresse !

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    Dans les gorges du Verdon, l’apron essaie de s’adapter comme il peut. Il n’existe ici quasiment aucune différence entre le lit majeur et le lit mineur et contrairement aux autres rivières du département, les gorges ne manquent pas d’eau. En revanche, elles ne manquent pas non plus de touristes. Le sport à la mode dans les gorges ? La randonnée aquatique. Plus de mille personnes par jour qui piétinent invertébrés, alevins et habitats. Là encore, l’administration locale est incapable de réglementer.

Petit percidé très discret, méconnu des pêcheurs parce qu’il ne se pêche pas, l’apron du Rhône risque de disparaître totalement avant même qu’on ne s’intéresse vraiment à lui. Très sensible aux modifications de son milieu, l’apron est une sentinelle. Il est protégé par la Convention de Berne, il figure sur la liste rouge (qui vire au noir) des espèces menacées et pourtant, le sort du petit poisson unique en son genre, endémique au bassin du Rhône n’émeut pas les préfets, qui préfèrent défendre les intérêts du tourisme d’eau vive et de l’agriculture. Défendre l’apron, c’est défendre une espèce plus sensible que les autres et un tourisme durable et respectueux de l’environnement.. Si des efforts sont faits pour sa protection, c’est toute la rivière qui en profitera. 

C’est l’histoire d’un poisson qui ne demande rien à personne sinon d’exister. Il n’est pas médiatique comme le saumon, aimé par les pêcheurs comme la truite et l’ombre et pourtant, dans les milieux aquatiques, les vies de ces animaux sont liées. Si les espèces animales s’éteignent dans notre monde occidental à la vitesse d’une rampe de néon, ce n’est pas la faute à pas-d’bol ou au changement climatique mais à l’action directe des hommes sur les lits des cours d’eau (endiguements, seuils, barrages) et aux mauvaises manières qu’ils leurs infligent par leurs décisions politiques à courte vue (stations d’épuration, micro polluants, intrants agricoles, prélèvements agricoles, saccages touristiques.) Si les populations de truites et d’ombre diminuent depuis quarante ans dans notre beau pays, d’autres espèces n’ont pas cette chance : elles disparaissent totalement. Il faudrait être un pêcheur de jeux vidéo pour ne pas comprendre que quand les aprons disparaissent de nos rivières, les truites et les ombres n’ont certainement pas le meilleur devant eux…

Apron, qui es-tu ?
Comme son nom l’indique, l’apron du Rhône (Zingel asper) est un percidé d’une vingtaine de centimètres endémique au bassin versant du Rhône. Son aire de répartition s’étend de la Franche-Comté jusqu’au bassin méditerranéen. Au début du siècle, on le rencontrait dans tout le Rhône et une grande partie de ses affluents.

Moins 90 % en un siècle
La diminution du linéaire de cours d’eau dans lesquels une population d’aprons se maintient est vertigineuse. Si ce poisson peuplait plus de 2200 kilomètres de rivières au début du siècle, en 1980, il n’était plus présent que dans 380 km de ces mêmes cours d’eau et en 2002, on le recensait seulement sur un linéaire de 250 km. En seulement un siècle, les populations d’apron du Rhône ont régressées de près de 90 % et cela de façon quasi proportionnelle aux aménagements fait dans nos cours d’eau. Que ce soit pour les barrer, les endiguer, les exploiter ou s’en servir de caniveaux. De nos jours, on ne recense plus que quatre populations d’aprons dans le monde :
– celle du Doubs dans sa boucle suisse.
– celle de la moyenne Loue (secteur Rurey/Lombard).
– celle du bassin de l’Ardèche. (Ardèche-Beaume)
– celle du bassin de la Durance (Buëch, Jabron, Asse, Sasse) et du Verdon.
Ce qui veut donc dire que dans nos deux pays (Suisse et France), sur la planète terre et pourquoi pas dans l’univers entier, il n’existe plus que les quelques cours d’eau énumérés ci-dessus où la vie des aprons joue les prolongations, saisons après saisons, avant que le dernier représentant vivant de l’espèce ne finisse dans un bocal de formol.
Il ne fait pas bon nager sous la voie lactée lorsqu’on est un poisson sauvage méconnu des hommes !Inscrit dès 1990 par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) sur la liste rouge mondiale des espèces menacées, la situation de ce poisson ne s’est pas améliorée depuis car il est désormais considéré comme une des quatre espèces françaises en danger critique d’extinction.

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