La truite et le pêcheur – Entre cercle vertueux et cercle vicieux

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  • 12B truite sauv doubs
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Dans une rivière sauvage, c’est la truite qui fait le pêcheur et dans un milieu artificiel, c’est l’homme qui fabrique la truite. Dans les deux cas, on peut pêcher et se dire pêcheur. Il faut seulement savoir qui on est et ce que l’on veut devenir.

Cercle vertueux : la truite (adaptée) fait le pêcheur (adapté)

La pêche des poissons sauvages est une discipline exigeante. Ce n’est pas le pêcheur qui impose au poisson sa façon de voir. Certes, nous pouvons choisir de solliciter une truite avec une nymphe ou un streamer mais la marge de manœuvre n’est jamais très importante. Ce n’est pas le pêcheur qui décide quand et comment il va procéder et peut-être que tout l’intérêt de notre loisir vient de là. En allant à la pêche, nous cherchons à comprendre un monde qui nous est étranger. Ce monde sauvage d’eaux et de rochers dans lequel vit la truite nous échappe. Nous n’en saisissons que des bribes et tout l’amusement de notre loisir réside dans la tentative de reconstituer le puzzle qui nous conduit au poisson malgré les pièces manquantes.
Dans nos boites à mouches, nous avons des culs-de-canard car nous savons que les truites mangent des éphémères. Mais à quel moment de l’année apparaissent-ils, sur quel secteur, à quelle heure, et si une autre proie est disponible, laquelle va préférer la truite ? Et si les éphémères sont présents sur l’eau et que les truites boudent, quelle en est la raison ? La satisfaction qu’éprouve un être “civilisé” à capturer un animal sauvage passe par la satisfaction de trouver des réponses à ces questions qui nous aident à comprendre le milieu naturel complexe dans lequel vit le poisson. La capture n’est que la face visible de l’iceberg. C’est la truite qui fait le pêcheur. Comprenez par-là que c’est elle qui impose à l’homme un effort de compréhension pour tenter de se familiariser avec ce qui lui est étranger, à savoir toute la diversité discrète de ce monde naturel auquel, au premier abord, on ne comprend rien. Mais si comprendre est une chose, parvenir à leurrer un poisson en est une autre. On peut voir que la truite se nourrit de trichoptères au ras du fond mais il ne suffit pas de lui mettre devant le nez une imitation parfaite pour la capturer. C’est là qu’intervient la “technique” pour parler comme les modernes ou plutôt “l’art” (comme disaient les classiques) du pêcheur : savoir se faire oublier, se placer correctement, choisir la bonne stratégie, effectuer la bonne dérive avec le bon matériel, animer au bon moment et enfin présenter à la truite une nymphe qui ne la fasse pas éclater de rire.
Or, pourquoi tout ceci est si subtil et si complexe ? ​C’est parce que pour survivre, une truite fario sauvage doit savoir tirer parti de son environnement, sélectionner les proies les plus intéressantes, composer avec les courants et se protéger des prédateurs, hérons ou pêcheurs et surtout de leurs pièges. Un poisson sauvage doit apprendre très vite à trouver un comportement adapté à ses besoins vitaux, aux pièges qu’on lui tend sous peine de disparaitre : une silhouette qui apparaît, un anneau qui brille, un diamètre de fil trop fort, une présentation qui entraine un dragage de la mouche ?

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