La petite classe. 5. La pêche à la nymphe à vue

De toutes les techniques de pêche à la mouche, la pêche à la nymphe à vue est sans doute celle qui demande le plus long apprentissage. Cette pêche est avant tout une chasse et à ce titre, elle demande certaines qualités, au premier rang desquelles figure la patience. Cette Petite classe met volontairement l’accent sur la compréhension de l’action de pêche, le comportement des poissons face aux nymphes plutôt que sur le matériel qui de nos jours, n’est plus un secret pour personne.

Le tempérament propre à chacun d’entre nous détermine assez précisément le type de pêcheur à vue que l’on est. À chasser le naturel, il revient au galop. Ainsi donc, l’impatient est impatient à la pêche, le pressé reste pressé et le contemplatif passera sa vie à observer discrètement la nature en prenant tout son temps. Ces différences orientent les pêcheurs naturellement vers la pêche de l’ombre ou au contraire, celle de la truite. Les deux espèces (on parlera dans cette rubrique de poissons sauvages) ont des comportements très différents. L’ombre vit à découvert et peut toujours s’intéresser à une nymphe même s’il ne se nourrit pas au moment où le petit leurre coloré lui passe devant le nez. L’ombre est curieux, et c’est à ce trait de caractère qu’il doit le fait de se retrouver pendu à un fil plus souvent qu’à son tour. Sa disponibilité fait le bonheur de l’impatient et du pressé. Le contemplatif n’a rien contre le fait de trouver des poissons disponibles à pêcher, mais son côté rêveur ne lui interdit pas d’attendre une truite, pas n’importe laquelle, pendant des heures. À la différence des ombres, les truites sauvages sont dépendantes de leurs caches. Un habitat qui leur sert d’abri pour les périodes d’inactivité. Et ça peut durer longtemps, mais qu’importe, le chasseur de truites sait attendre. Il sait aussi qu’après une attente plus ou moins longue, il devra se mettre en action en quelques secondes et que tout devra être parfait.

La pêche à la nymphe à vue a ceci de fascinant de toujours se renouveler même si on pêche toujours le même parcours. À chaque nouvelle sortie, une question se pose : les truites sont-elles en vadrouille, au contraire plutôt postées ou malheureusement invisibles ? Idem pour les ombres : sont-ils toujours bien visibles sur les radiers ou au contraire plus difficiles à voir dans les fosses ? L’expérience s’acquiert par comparaison des situations, de façon empirique. La routine s’installe parfois avec son lot d’ennui. Il y a des périodes où les poissons ne sont pas très coopératifs, d’autres où le vent (d’est notamment) ride la surface et font jeûner la faune aquatique. Malgré les nombreuses années à pratiquer cette pêche assidûment, l’apparition d’une grande truite, longtemps espérée et enfin là, vous mettra dans un état second. Quelques instants où la réalité devient une notion très relative, où vos jambes ne vous tiennent plus autant que d’habitude, où votre vision se focalise sous une forme « d’effet tunnel » qui vous fait ignorer la périphérie. Ces instants-là sont très particuliers et résument à eux seuls le côté chasse de cette pêche. Car contrairement à la plupart des autres techniques où rien ne se passe avant la « touche », à celle-ci vous prenez du plaisir avant, pendant et même après, lorsqu’un beau poisson relâché repart dans l’eau claire et que vous pouvez le suivre du regard.

Une histoire d’eau claire

Sans eau claire, pas de pêche à vue. On associe à juste raison le plus souvent la pêche à vue aux eaux calcaires. Mais cela ne veut pas dire pour autant que les eaux granitiques, plus acides, ne s’y prêtent jamais. Elles s’y prêtent moins, mais dans certains cas de fonds sombres mais d’eau claire, il est possible de voir les poissons sur les radiers et les zones peu profondes. Même si ces zones sont très minoritaires, la pêche à vue à la mouche sèche ou à la nymphe se pratique alors comme une technique occasionnelle fort sympathique qui change de l’ordinaire.

Apprendre à voir les poissons

La légende veut que les grands pêcheurs à la mouche aient une vue exceptionnelle. Mais de quoi parle-t-on ? De la capacité à lire le journal ? De voir la forme d’une truite à quarante mètres dans un courant, ou bien la teinte de celle-ci sous forme d’infi mes nuances qui se détachent sur un fond d’une autre couleur ? Pour fréquenter ou avoir fréquenté assidûment la plupart des meilleurs pêcheurs à vue français depuis une trentaine d’années

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