La pêche en duo

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    Etre aussi heureux pour l’autre que pour soi même. La définition de l’amitié à la pêche.

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    Alexandre Dupepet à droite, Victor Caille au centre, deux copains qui à leur tour, foulent les sentiers des rivières de Franche-Comté sur les traces de leurs ainés à la recherche des grands poissons sauvages. Ils partagent autant la réussite que l’échec, ne doivent céder ni à la jalousie ni à la crainte de la réussite de l’autre et doivent se pousser à toujours mieux pêcher.

Comme dans tous les couples, il y a des hauts et des bas, des histoires qui finissent mal et d’autres qui commencent bien. Comme dans tous les couples, il y a souvent un meneur et un suiveur. Comme dans tous les couples, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Avec les potes de pêche, on pratique une sorte d’union halieutique où sont partagés bons et mauvais moments, pour le meilleur et pour le pire. Mais quand ça va mal dans la vie, rien ne remplace la complice compagnie d’un ou de plusieurs vrais potes de pêche.

Il existe des pêcheurs solitaires, des vrais, qui ne partageront jamais rien des moments vécus au bord de l’eau, qui ne pourront jamais compter sur l’aide d’un ami. Pour eux la pêche est un acte où le seul binôme possible est celui qu’ils forment avec le poisson. Et pour d’autres en revanche, la pêche se pratique avec Son pote de pêche, et celui-ci n’est pas forcément le même que celui avec qui il partage un tennis ou une randonnée. Le pote de pêche est quelqu’un avec qui on se sent toujours bien, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, que la pêche soit bonne ou au contraire mortelle d’ennui. Mais les couples de pêcheurs ne sont pas toujours composés de gens d’accords sur tout, loin de là. D’ailleurs, qu’est ce qui nous unit ? Pour que ça marche, il faut bien que des connivences extra-halieutiques se mettent en oeuvre pour attiser l’attirance commune. Une personne calme s’entendra bien avec une autre personne calme, mais ça ne marche pas à tous les coups. Il arrive aussi qu’une personne calme s’associe à une personne plus “speed”. Souvent dans ces cas là, le calme se place en “suiveur” de son binôme en “meneur”. C’est un tandem classique que l’on rencontre souvent. Ces deux pêcheurs sont aussi différents que complémentaires et cela est parfaitement logique finalement. L’un fait le héron quand l’autre passe les postes en revue au pas de course. Ils ont chacun une chance de réussir. S’ils avaient tous deux le même caractère, ils feraient tous deux la même chose et passeraient régulièrement à côté de la pêche du jour.
Chez les pêcheurs à la mouche, certaines techniques ne sont a priori pas favorables à la pêche à deux. C’est le cas de la pêche à vue des truites trophées. Les occasions sont généralement très rares. Il faut donc bien s’entendre. A mon avis, ça ne peut fonctionner vraiment que si une réelle amitié unit les deux copains. Il faut être capable d’être heureux pour l’autre lorsqu’il réussit, autant que si c’était soi même. Et cela n’est pas permis à tout le monde. J’ai eu la chance de vivre ces moments là avec Norbert Morillas pendant une bonne dizaine d’années. Bien-sûr que l’un comme l’autre voulait réussir, que l’un comme l’autre espérait que la truite prendrait sa nymphe plutôt que celle du copain.
Mais si ce n’était pas le cas, alors on était content quand même. Et c’est précisément cela qui a créé une dynamique positive, qui nous poussait à mieux pêcher, simplement pour ne pas décevoir l’autre. Nous pêchions parfois mieux à deux plutôt que chacun de son côté. Le manège était très bien rôdé, comme la charnière d’une bonne équipe de rugby. Celui qui avait vu le poisson en premier avait priorité. Mais il arrivait que le coup convienne mieux à l’un ou à l’autre, surtout que très souvent nous recherchions ces poissons dans des secteurs aux rives très boisées. Norbert arrivait à lancer dans un trou de souris et moi, je bénéficiais de l’avantage offert par mon ambidextrie (en réalité je suis gaucher contrarié pour beaucoup de choses, mais pêche des deux mains). Les coups de gauchers me revenaient donc le plus souvent. Nous avions trouvé un équilibre qui prenait en compte les qualités et les défauts de chacun. Cette collaboration naturelle avec ce grand pêcheur que fut Norbert Morillas disparu bien trop tôt n’était pas “remplaçable” suite à son décès. Elle correspondait à une époque donnée dans des lieux précis avec de merveilleux souvenirs et s’était bâtie sur une expérience empirique faite de découvertes au prix de centaines de kilomètres de berges parcourues à pieds à chercher l’introuvable par un soleil de plomb ou sous une pluie battante. C’était de la vraie pêche avec des poissons sauvages qui sortent quand ils en ont envie et se montrent très peu.

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