La mort du père Hoydrie

Il va nous manquer le Rodger… Avec Roger Hoydrie, mort à 91 ans, disparait une légende de la pêche en eau douce. Evocation.

Rodger ! Si je me souviens bien, c’est sur l’Umpqua, à l’été 1988 que nous avons commencé à l’appeler ainsi, les guides de l’Orégon étant incapables de prononcer Roger sans y rajouter un d entre les deux syllabes… prononciation qui me rappelait quand à l’âge de neuf ou dix ans, nous regardions avec mes frères le jeudi après midi à la télévision, les aventures du célèbre cowboy à chemises pailletées : Roy Rogers. Prononcez là aussi Rodgers… C’est ainsi que Roger, dans l’Orégon est devenu Rodger et l’est resté pour beaucoup d’entre nous… Il fut pourtant beaucoup plus un héros de roman célinien ou de film de Renoir comme dans “la règle du jeu”, qu’un cow-boy d’opérette. Pour revenir à l’Umpqua il aimait partir pour la journée, le long du “trail” (le sentier qui longe la rivière sur la rive gauche et qui relie deux ponts distants de 30 km), là où il n’y a pas d’humains. Car il se méfiait de ce qui est trop humain. Il aimait les “rares” comme il qualifiait ceux qui avaient à ses yeux quelque chose de différent… “Gentil n’a qu’un oeil” avait-il également l’habitude de répéter car il était comme Ferdinand Bardamu revenu de tout. Enfant de l’Assistance Publique, il avait connu et vécu le pire plus que le meilleur auprès des adultes “humains” et c’est auprès des poissons, dans la solitude de la pêche à la ligne puis plus tard, au filet qu’il se ressourçait.

Champion, avant guerre, de l’Amicale des pêcheurs de Puteaux, qui comptait 2400 membres à l’époque, il passait ses nuits à lancer l’épervier sous les lumières des ponts de Paris, qui attiraient les ablettes et goujons, revendus à partir de cinq heures du matin aux mandataires des Halles ou livrés directement aux guinguettes des bords de Marne et à partir de huit heures, il s’entraînait sur les quais de Puteaux et de Suresnes, à faire plus de 200 ablettes à l’heure à la pâte ou plus de 60 gardons au chènevis, en vue des concours. Comme il avait été sélectionné pour la grande finale Violet-Byrrh, qui avait lieu tous les ans en juin sur le quai de la Tournelle, face à Notre Dame, il était suivi par une petite troupe d’admirateurs, qui l’encourageaient à maintenir la cadence. A huit ou neuf ans, placé chez un fermier de pêche au bord de l’Allier, il faisait l’école buissonnière, pour aller à pied au café du village, à plus de quatre kilomètres acheter un hameçon à palette, qu’il montait ensuite sur un crin de cheval arraché à la queue du hongre de la ferme. Et quand on accrochait la ligne dans le fond, on se déshabillait

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