La horde sauvage (Fishing the south)

  • Horde sauvage 01
  • Horde sauvage 02
  • Horde sauvage 03

Au début des années 1980 aux coups du soir sur le Verdon l’ambiance était souvent chaude. On se retrouvait avec les copains sur le parking de la déchetterie : Ray-Ban sur la tête, survêtements Tacchini et pour les plus classes mocassins Nébuloni. On ajustait les néoprènes et les visières et les truites dansaient. Vous ne me croyez pas ? Je vous propose un voyage dans le temps : vous êtes prêts ? Quatre, trois deux, un : Via ! Planète Verdoooooon !

Chez-nous il y avait deux groupes de pêcheurs : ceux qui allaient à la pêche avant d’aller au Rock-Star et ceux qui allaient à la pêche en sortant du Rock-Star. Ça dépendait des jours et des emplois du temps. La destination s’improvisait au gré des rencontres et des naufrages de la veille :
– oh Lancier, tu es levé ? Où on va ?
– …mal au front.
– et viens avec nous, je sens que les farios vont danser !
Parfois je me trouvais seul au bord de la rivière et un peu en avance sur le terrain vague de nos exploits. Si les copains n’arrivaient pas, je n’attendais pas longtemps et j’allais les chercher. Ils avaient sans doute embarqué pour un “fly” Gréoux-les-Bains/Gréoux-les-Bains : décollage 18h05 : terrasse de la Brasserie, rond-point des Gryselis. Heure d’atterrissage indéterminée, toujours rond-point des Gryselis. Je remontais vite en ville pour les décoller de la terrasse avant que l’apéritif ne vrille. Le dilemme : moyen ou bas Verdon ? Le choix dépendait de ce qui restait d’essence dans les réservoirs des R12.

On descendait souvent pêcher entre le rejet de la station thermale et celui de la station d’épuration. Ce n’était pas particulièrement sale malgré les apparences ; il y avait des canapés et des vieilles télés sur la grève et de la mousse et des couleuvres dans la rivière mais on se marrait bien ; les pêcheurs y attrapaient des truites et les baigneurs des boutons. Le matériel de l’époque faisait rêver : canne Mitchell Conolon, soie DT, mouches montées sur des hameçons à pointes carrées. Dans mon dos, j’entendais :
– Oh Lancier ! Serre la boucle ! Je répondais :
– Je peux pas, c’est la canne !
Et le bas de ligne de deux-mètres vingt se posait sur l’onde avec le sillage d’un Boeing dans le ciel. On ratait tout au ferrage mais on riait beaucoup. Les truites gobaient et les filles qui nous regardaient du haut de la digue, avant qu’on les mène en boite, disaient : « Aya, Ayame et ses copains, ils pêchent les poissons ! ». On se répartissait les coups. En dessus, il y avait Michel : dreadlocks, grosse moustache, chemise ouverte et chaine en or qui brille. En dessous c’était Minot : épaules de lièvre, bob Ricard et tee-shirt Marlboro. On pêchait avec le poste de la R12 allumé sur le parking. Ambiance discothèque et murmure de l’eau. Un soir sous la station d’épuration, j’ai vu Minot rappliquer à mes côtés :
– Et qu’est-ce que tu viens faire ici ? Tu peux pas rester dans ton coin ?
– Et non ! Ils ont balancé ! Je me suis fait mazouter : le tuyau de merde s’est mis à cracher ! On rigolait bien. C’était des plaisanteries saines. Parfois, du haut de la digue, à travers les arbres les copains nous faisaient des gobages avec les pavés.
– Et arrêtez ! Vous allez tout me niquer !
– Regarde devant toi, y’en a une grosse qui va gober ! Enooorme !

PARTAGER l’ARTICLE

Laisser un commentaire

Je préfère commenter avec facebook ->