Jean-Paul Dessaigne, l’orfèvre de Loudéac

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    Jean-Paul Dessaigne à son étau chez lui à Loudéac. Une pièce entière consacrée au montage.

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    Les modèles de mouches à saumons anciennes comptent deux catégories, les modèles classiques, bien connus des pêcheurs (Jock Scott, Green Highlander, Thunder and Lightning, etc.) et les mouches d’exhibition, beaucoup plus complexes et sans autres limites dans leur confection que celles du monteur lui-même.

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    Une mouche à saumon convenablement montée se reconnaît à la finesse de sa tête, qui ne doit pas trahir la présence de dizaines de matériaux sur la mouche. Le respect des proportions est ici primordial.

Jean-Paul Dessaigne est au montage de mouches ce qu’un styliste est à la haute couture. Le moindre de ses modèles de collection demande des heures de travail. Pour un résultat sublime : les plus belles mouches du Monde sortent de son étau. Démonstration.

Pas facile d’aller rendre visite à Jean-Paul Dessaigne un jour de manifestation des gilets jaunes. Ce 17 novembre à l’approche de Loudéac, ils bloquent l’entrée de la ville. Le car SNCF qui parcourt d’ordinaire toujours le même trajet entre Saint-Brieuc et Loudéac tente le chemin des écoliers. Je guide le chauffeur à l’aide du GPS de mon téléphone. Il faut faire du tourisme pour feinter les manifestants. Ils sont sur la nationale et nous en dessous. La voie est libre. Enfin presque, le pont est trop bas de plafond pour notre car. Nouveau gymkhana, nouveau barrage : Loudéac et Dessaigne nous accueillent enfin.
Que voulez-vous Dessaigne ça se mérite. Dans le petit monde du montage de mouches, le nom de Jean-Paul Dessaigne est connu dans le monde entier. Trois fois médaillé au Mustad Scandinavian Open de Norvège, considéré comme le championnat du monde de montage, l’artiste de Loudéac fait partie des très rares monteurs français reconnus à l’étranger.
L’histoire de ce passionné commence dans le pétrin. Celui de son père, boulanger à Chemilly dans l’Allier. De la boulangerie il lui reste le souvenir des razzias que l’adolescent (il est né en 63) faisait dans les croissants avant de partir en expédition sur les bords de l’Allier pour pêcher à “roder” aux appâts naturels. Gardons, goujons, chevesnes, vandoises, sont les premières victimes de cette passion naissante. Le garçon ne s’intéresse pas encore aux derniers saumons sauvages de l’axe Loire/Allier. Comme souvent, un marchand d’articles de pêche contribue à sa formation. Celui là s’appelle Martin mais son enseigne, « Chez Moulineau » doit beaucoup à Coluche. C’est un vrai professionnel, à l’ancienne. Un détaillant comme on en fait plus. Un jour, Jean-Paul croise Tintin qui pêche à la mouche.

– « Tu veux essayer ? »
– « Bah oui, pourquoi pas ! »

Tintin lui met la canne dans les mains… et s’en va au bistro du coin sans même lui expliquer qu’une mouche se lance par un mouvement d’aller retour de la soie. Quelques arabesques approximatives et dérives chaotiques plus tard, une grosse vandoise sans doute un peu inconsciente prend le gros palmer et finit entre les mains d’un pêcheur aussi surpris que sa prise. La mouche l’a piqué ! Le lendemain chez Tintin, Jean-Paul achète l’équipement complet, composé d’une canne Mitchell, d’un moulinet Ryobi, et d’une soie Cortland. Et les mouches qui vont avec, qui finiront toutes dans les arbres plus que dans la gueule des poissons.
La mère de Jean-Paul a alors la bonne idée, pour réduire la facture, d’offrir à son fils un coffret de montage de la maison Ragot ainsi qu’un manuel des Editions Bornemann, rudimentaire mais pratique…

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