Ici s’arrête le Doubs

  • 06A Entreroches 10_10_09

    Le défilé d’Entre-Roches n’en est pas à son premier étiage dramatique. Depuis dix ans, cela arrive presque une année sur deux (photo prise le 10 octobre 2009.)

  • 06B margelle 1989

    Le système des margelles est en place sur la zone depuis 1989, sous l’œil connaisseur de Jean-Michel Radix… et ça n’a pas résolu les problèmes…

  • 06C geotextile 2018

    Le lit entre Arçon et Maison-du-Bois après les travaux de fortune. A ce niveau correspondant aux nouvelles pertes, l’eau venant de l’amont a déjà été engloutie par des pertes en amont.

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Une rivière qui donne son nom à un département se doit de se montrer belle, imposante, parfois fougueuse, car elle a la charge de faire joli sur les cartes postales et les émissions de TV touristiques qui, à grands moyens d’hélicoptères et autres drones, exposent des paysages ou tout semble toujours aller très bien.
Mais pour filmer le Doubs cet été entre Pontarlier et Morteau, il fallait sortir la lampe torche.
En pleine canicule, le Doubs déjà à la peine a disparu dans des failles apparues fin juillet.
Depuis, la guerre de l’eau fait rage dans le haut Doubs, mais aussi sur la Loue, car il est possible que la rivière de Courbet profite de cette eau, qui en terrain karstique, ressort toujours quelque part.

Les géologues craignaient que cela arrive, et observaient la zone depuis le 6 juillet : c’est arrivé le 28 juillet. Le Doubs a disparu entre Arçon et Maison-du-Bois. Cette zone située entre Pontarlier et Morteau, en amont du défilé d’Entre-Roches, était connue pour ses pertes qui alimentent en petite partie la source de la Loue. C’est ainsi qu’en 1901, suite à l’incendie de l’usine Pernod de Pontarlier, la décision fut prise de vider les cuves d’absinthe dans le Doubs pour limiter les dégâts. Deux jours plus tard, la Loue affichait une couleur verte et dégageait l’odeur caractéristique de l’absinthe. Le lien entre le Doubs et la résurgence de la Loue venait d’être établi, le temps d’une tournée avisée. En terrain karstique, ce genre de communication souterraine ne surprend pas les spécialistes. L’origine du mot Doubs viendrait d’ailleurs du latin Dubius qui signifie indécis. Le Doubs coule sur une bonne partie de son cours en direction du Rhin avant d’opérer un virage à 180° qui lui fait prendre la direction du Rhône. Pour les géologues, il n’est pas exclu que dans un avenir proche à l’échelle du temps géologique, le Doubs devienne la Loue, à moins que ce ne soit l’inverse. De même, en région karstique, des portions de rivières sans eau en été peuvent exister (phénomène généralement amplifié par les activités humaines).
De nouveaux siphons, au nombre de sept, ont aspiré l’eau du Doubs dans la nuit du 27 au 28 juillet 2018. Depuis, ils ont été en partie bouchés mi-août dans l’urgence avec des pierres, du géotextile et deux cylindres en béton, mais cela ne change quasiment rien à la situation, car c’est toute la zone qui est poreuse. Le Doubs est sec entre Maison-du-Bois en l’aval du défilé d’Entre-Roches. Aux abords de Morteau, 2 m³/s coulent grâce à quelques menus affluents et très certainement à des arrivées d’eau par le sous-sol.
Réunis sur place le 28 juillet dans une réunion de crise, les services de l’État ont parlé de détourner le lit du Doubs sur au minimum plusieurs centaines de mètres. Du côté de la Loue, on voit d’un mauvais œil cette façon de shunter les pertes qui, pour certaines, alimentent la source de la rivière. D’après les géologues, ce sont les crues violentes de ce printemps qui seraient à l’origine de cette modification du lit mineur et de l’apparition de ces nouveaux siphons. Pour l’heure, personne ne sait réellement où passe cette eau, ni où elle ressort. La zone est connue pour ses cavités de toutes tailles, comme par exemple sous la grotte de Remonot, au beau milieu du Défilé d’Entre-Roches. En 2003, lors d’un autre étiage sévère, des plongeurs spéléologues sont descendus jusqu’à – 35 m et ils n’étaient pas au fond. Dans la région, le plus célèbre des gouffres reste celui de Poudrey près d’Etalans (Doubs) dont la cavité affiche un volume de un million de m³. Cet endroit très particulier se visite car hormis un petit lac, le gouffre ne comporte pas d’eau. Les géologues du BRGM et des cabinets d’études devront procéder à des traçages à la fluoroscéine pour tenter de retrouver le chemin de l’eau du Doubs. Mais pour cela, une période pluvieuse serait la bienvenue. Les stations limnimétriques que l’on peut consulter sur Internet (Hydroreel) et qui suivent presque en temps réel le niveau des rivières, n’ont pas montré de hausse de débit sur la haute Loue. Pour autant, les très grosses crues du printemps, ont malmené les appareils de mesure au point qu’il soit permis de douter des valeurs annoncées. Le très faible débit du Doubs cet été à Arçon, de 1,5 m³ par seconde produit tout de même 129 000 m³ par 24 heures et 15 552 000 m³ sur deux mois ! Il faudra bien que ça ressorte quelque part ! Il paraîtrait logique que par la pente naturelle, cette eau réapparaisse à la fin du Défilé d’Entre-Roches, tout comme il serait également logique qu’elle prenne le chemin de la Loue et cela, c’est l’affaire des géologues.

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