Grandes gueules et petites bouchées

  • 20A truite nymphe
  • 20B truite canibale

    Difficile de comprendre pourquoi certaines truites deviennent non seulement carnassières, mais s'attaque à des poissons de grande taille !

  • 20C Copie de Truite 70 cm 27

    La pêche au streamer des truites sauvages est encore une technique très peu développée en France. Certains poissons réagissent très bien à ces mouches mouvantes imitant un poisson alors que d'autres restent indifférents. Tous dépend aussi des conditions hydrologiques.

Les truites sont folles. Si un brochet est capable d’engloutir un congénère de la moitié de sa taille, il ne s’intéressera en revanche jamais à une proie microscopique ; mais une truite oui. Une truite de cinquante centimètres peut parfaitement ingurgiter une cousine de plus de vingt-cinq centimètres mais aussi se nourrir de nymphes ou de chironomes de 3 ou 4 millimètres. L’amplitude de cette plage alimentaire n’est évidemment pas la norme mais elle donne une petite idée de la diversité des comportements dont ce poisson est capable ainsi que des stratégies que les pêcheurs peuvent déployer pour le leurrer.

A en croire les pisciculteurs, il parait que cela commence dès le berceau. Dans un lot de truitelles élevées en captivité et nourries à l’aide de micro-granulés, certaines vont très vite avoir une croissance plus rapide que d’autres et engloutir une petite sœur dès que l’ouverture de sa gueule le permettra (belle moralité…) et grandir encore plus vite et devenir encore plus cannibale au point que les pisciculteurs devront dédoubler les lots pour adapter l’alimentation et éviter les pertes.
Il ne faudrait pas en déduire pour autant que ce cannibalisme occasionnel va donner naissance systématiquement à une variété de mutantes spécialisées dans un mode de prédation. L’idée reçue selon laquelle les grosses truites sont systématiquement piscivores est fausse au moins en rivière. En fait, ce qui va orienter le comportement alimentaire est avant tout le rapport entre l’apport en énergie et la dépense nécessaire pour se nourrir. Dans les grands lacs alpins où les ablettes et les gardons abondent, les truites lacustres sont des boules de muscle suralimentées à la protéine de cyprinidés et s’il n’est pas impossible qu’elles se nourrissent à l’occasion de chironomes ou de mouches de mai, le poisson-fourrage constitue l’essentiel de leur régime alimentaire. Mais ce n’est pas parce qu’un vieux mâle a un bec de sérial killer qu’il va se nourrir uniquement de ses congénères même s’il est vrai qu’avec un bec de vingt centimètres, les ablettes et les chevesnes seraient bien inspirés de passer au large tant en matière de menu c’est plutôt lui qui dit quoi et comment ! En rivière, ce vénérable pépère de 5 ou 10 livres, gras comme une carpe, peut très bien vivre posé sur le fond dans une veine nourricière particulièrement généreuse et n’avoir qu’à bailler à longueur de journées pour ingurgiter les gammares qui lui arrivent droit dessus sans qu’il n’ait besoin de bouger une seule nageoire pour les saisir. Dans ce cas très rare le poste de repos coïncide avec le poste de chasse. Si ce poste se libère le bailleur n’aura pas besoin de passer une annonce sur le Bon Coin pour trouver un nouveau locataire !
Souvent c’est le contraire qui est vrai : le poste de chasse n’est pas le même que le poste de repos et la truite sortira de son refuge en fonction des opportunités alimentaires qui s’offrent à elles. Si les premiers mois de la vie de la truitelle l’équation petite truite = petites proies est vraie cette évidence cesse très rapidement. Il suffit de voir comment une truitelle de quinze centimètres peut se jeter sur un lombric presque aussi long qu’elle pour s’en convaincre. Plus que la taille, c’est l’abondance et la qualité des proies et la facilité à s’en saisir qui va importer en période de disette. Dans un torrent de montagne très pauvre, tout fait ventre alors que dans un chalk-stream où les invertébrés et le poisson fourrage abondent les farios sont beaucoup plus sélectives. Dès que les poissons se sont refaits une santé après la reproduction le comportement alimentaire va également s’adapter pour composer avec la pression de pêche : s’il n’y a pas beaucoup à manger mais que les truites sont tranquilles, elles peuvent rester le nez au courant et se montrer opportunistes. En revanche, si elles se font bombarder du matin au soir à la bille tungsten sur hameçon numéro seize ou dix-huit, après quelques mauvaises rencontres, elles vont se réfugier à l’abri derrière leur rocher où sous leur racine et sortir seulement quand l’opportunité alimentaire le justifie. Il faut donc adapter la taille de ses leurres au régime alimentaire et à la pression de pêche. Et toujours donner à manger aux truites ce qu’elles veulent. On a tout intérêt à attaquer au streamer une truite qui chasse les vairons et à proposer une nymphe à celle qui mange des nymphes. Mais il faut également penser que tout le monde procède de la même façon et qu’en conséquence, si nous souhaitons déjouer la méfiance de poissons sélectifs et “éduqués” il va falloir miser sur une petite différence pour se démarquer de ce que font les collègues.

Micro-nymphes

Dans le registre de l’infiniment petit nous pouvons recenser certains chironomes, certaines larves d’éphémères et les gammares de toute petite taille. Tout ce petit monde mesure environ entre trois et six millimètres et les imitations destinées à la pêche à la mouche se montent sur des hameçons de taille inférieure au numéro 22. Pour les hameçons standards on peut descendre jusqu’au numéro 26, pour les hameçons cadis on peut aller jusqu’au 32 même si ce numéro en apparence plus petit ne diffère pas beaucoup d’un 26 standard bien monté. Parfois la taille de la proie à imiter s’explique par une variété spécifique et parfois par une période dans le développement de la larve.

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