Franche-Comté, enfin une grande étude pour désigner les coupables des pollutions des rivières karstiques

Huit années de travail (entre 2012 et 2020), près d’un million d’euros de budget, telle est l’ampleur de l’étude publiée il y a quelques mois par le laboratoire Chrono-Environnement (Université de Franche-Comté, CNRS) à propos de l’état de santé des rivières karstiques en Franche-Comté. C’est la seule étude, qui plus est de grande ampleur, qui démontre le rôle néfaste de l’agriculture intensive dans l’histoire du déclin des rivières du massif du Jura, qui s’est accéléré brusquement à compter de 2009 avec des mortalités massives de poissons, mais désigne également d’autres causes qui jouent un rôle toutefois moins prépondérant. Les mauvaises langues diront peut-être que cette étude défonce les portes ouvertes, mais encore fallait-il mesurer, vérifier, affiner les analyses et enfin sortir des suppositions ou des accusations sans véritables preuves. Spécialisée dans les micro-polluants, Chrono-Environnement, a notamment mis en évidence le rôle majeur de l’azote, du bicarbonate et des transferts des intrants par le karst, cette roche calcaire poreuse, fissurée, typique du massif du Jura. Les scientifiques estiment que la situation des rivières concernées (Loue, Lison, Dessoubre, Doubs, Ain, etc) n’est pas irréversible, que le milieu a encore la capacité de rebondir à condition que les efforts soient faits, mais de ce côté-là, la préfecture a toujours mis en avant le côté multi-factoriel du problème de façon à ne viser personne en particulier et surtout pas l’agriculture. Le nouveau cahier des charges de la filière comté, encore en discussion, ne prend malheureusement pas du tout le chemin de la raison avec un plafond proposé à 1,2 million de litres de lait par an et par ferme et un maximum de 8500 l de lait par vache/an, deux chiffres qui sont un véritable passeport pour du toujours plus intensif. Et l’Etat laisse faire, fait semblant de contrôler une filière libre comme l’air. Avec deux à trois millions de litres de lait par an (60 000 tonnes de comté), cela génère des volumes de lisier et de fumier colossaux, totalement incompatibles avec les terrains karstiques. Les rivières servent alors de poubelle pour se débarrasser de cet excédent structurel. Il est temps d’instaurer une “zone nitrate sensible” ou une autre réglementation spécifique aux sols karstiques mais cela demande un peu de courage politique, une valeur qui fait défaut au pays du comté roi.

Photo : © Philippe Boisson. STEP et élevage vallée de l’Angillon affluent de la haute rivière d’Ain. Jura.

 

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2 commentaires

  • septembre 24, 2020

    Gindre

    Il faut lire la thèse publiée sous le nom de «  Algues vertes «
      L’Histoire interdite
    aux éditions Delecourt
    pour se persuader de la volonté de l’état et des préfets pour enterrer toutes les demandes sur ce sujet également
    Nos politiciens n’ont rien dans la tête ni ailleurs

  • septembre 24, 2020

    Gindre

    Est il envisageable de lancer une demande à tous les gens concernés par l’écologie de nos rivières pour boycotter la filière comté , morbier, mont d’or

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