Comment diagnostiquer l’état d’un cours d’eau ?

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En partie “géré” par le monde associatif, le monde de la pêche et à travers lui, celui des milieux aquatiques, est en proie à un amateurisme parfois des plus déconcertants. Dans notre beau pays, les milieux intacts, indemnes d’atteintes physiques ne représenteraient pas plus de 5 % des cours d’eau. Pour le reste, cela va de la rivière qui a été déplacée de son lit il y a fort longtemps, généralement canalisée, perdue à tout jamais, en passant par des atteintes plus ou moins graves. Voici les principaux paramètres à connaître pour comprendre pourquoi un parcours de pêche est viable ou pas. 

Pour le “gestionnaire” de parcours de pêche comme pour le pêcheur, il est essentiel de pouvoir faire un diagnostique, de pouvoir estimer, par une simple observation dans quel état se trouve tel ou tel cours d’eau, parcours, ou secteur de rivière. Le verbe “gérer” étant communément utilisé pour parler de la façon dont les pêcheurs mettent en place une réglementation qui vise à protéger les poissons, attardons-nous quelque peu sur son sens. Ce verbe désigne d’ordinaire la mise en place de moyens financiers, humains et matériels pour la gestion des entreprises. De tous temps, les pêcheurs ont voulu “gérer” les poissons, ceux qui ont été prélevés, ceux qui ont été introduits dans le cours d’eau, ceux qui prendront la place de ceux qui ont été enlevés par le prélèvement. Cette notion purement comptable a longtemps eu tendance à rassurer les membres des AAPPMA, les administrateurs de fédérations et de clubs, en laissant croire que tout est sous contrôle. Heureusement les temps changent et l’ont trouve désormais de très bons techniciens et hydrobiologistes dans la plupart des fédérations départementales qui savent comment fonctionne une rivière et dont le rôle est souvent d’expliquer à des non spécialistes que rien n’est simple …
L’estimation de l’état dans lequel se trouve un parcours sert au pêcheur à éviter de se fourvoyer dans un désert halieutique, et par la même occasion à économiser son argent pour l’investir dans un lieu en bien meilleur état. Pour le “gestionnaire”, le diagnostique est la base de tout. Comme en médecine, pas de remède efficace sans un bon diagnostique ! Les milieux lotiques (où l’eau court) sont d’une part complexes et d’autre part en permanent changement. Rien n’arrête la force de l’eau. Pour comprendre comment fonctionne une rivière, vous devrez la regarder sous différents aspects. L’ensemble de ces paramètres vous donnera une idée assez précise de son état.

L’habitat
Toute espèce végétale ou animale à besoin d’un habitat. Dans un cours d’eau, dont le débit fluctue sans cesse, les espèces animales doivent composer avec une variabilité spatio-temporelle, une dynamique dont le rapport passe parfois de 2 à 200 (étiages et crues des torrents alpins en m3) et ce à chaque stade de leur développement. Si ces espèces font parfois (ou pas du tout) preuve d’adaptabilité, il n’en demeure pas moins vrai qu’une truite sauvage a besoin d’un habitat qui lui permette de se cacher et au-delà de la simple protection, d’accomplir son cycle biologique. Dans le cas des truites sauvages, cette capacité d’accueille d’une surface X correspond très exactement au nombre de caches, rochers, sous berges, herbiers, embâcles qui permettent à ces poissons de trouver un refuge. Pas de caches, pas de truites, ce n’est pas plus compliqué. La truite sauvage, le chabot, la loche franche ou l’apron sont des espèces dépendantes d’un couvert. Cela est sans doute dû à une nécessité ancestrale de se protéger des prédateurs. En revanche, l’ombre, lui ne se cache pas, mais a tout autant besoin d’un habitat. Ce poisson affectionne les gravières où il se nourrit, mais a aussi besoin de fosses où il se réfugie pour y trouver de l’eau plus fraîche en été et pour échapper à une situation stressante. Les macro invertébrés sont eux aussi dépendants d’un habitat très précis, pour vivre, se développer et se nourrir. Les larves de mouche de mai (genre Ephemera) vivent enfouies dans les sédiments fins des cours d’eau lents. Les espèces de trichoptères à fourreau ont besoin de gravier ou de débris végétaux pour confectionner leur étui à l’état larvaire.

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