Bonnes feuilles : L’intégrale du montage des mouches

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    Bailly.

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    Double bille.

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    À gauche : une collerette réalisée avec une plume de cou chinois. Cette plume courte ne permet que quelques enroulements. À droite : avec un saddle “génétique”, on peut enrouler sur toute la hampe et il en reste encore beaucoup !

  • coq Whiting Farms de lignée Miner Hebert

    Un superbe coq Whiting Farms de lignée Miner/ Hebert, d’où viennent les souches américaines. Le premier à avoir industrialisé le coq de pêche fut Buck Metz, à partir d’oeufs offerts par Andy Miner, avocat par ailleurs passionné par l’élevage de coqs de pêche. Ce spécimen naturalisé est vendu sur son socle par Whiting Farms.

  • La souche espagnole du Leon

    La souche espagnole du Leon est désormais vendue sur peau par les américains. Heureusement, les petits élevages européens proposent toujours des plumes exceptionnelles.

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Jamais un livre consacré au montage de mouches n’aura été aussi complet, présentant dans le détail chaque matériau, chaque outil, chaque hameçon, avec leurs utilisations, leurs limites, et les substitutions possibles avec de très nombreux exemples de montages détaillés. Tradition et modernité sont présentées en plus 364 pages où les auteurs s’efforcent de ne présenter que ce qui est utile au pêcheur. Ce livre très accessible au débutant est également indispensable au monteur confirmé, qui y trouvera les dernières techniques et les nouveaux matériaux pour la pêche en rivière ou en lac en France, mais aussi à l’étranger. Cette véritable encyclopédie grand format a été rendue possible par l’association particulièrement complémentaire des auteurs : Philippe Boisson, journaliste halieutique depuis 1993 et pêcheur réputé, et Florent Bailly, un monteur de mouches parmi les plus doués de sa génération. Un ouvrage indispensable qui deviendra rapidement une référence en la matière. Voici quelques bonnes feuilles consacrées aux hackles.

LES HACKLES

Un terme dont la traduction ne vient pas du monde du montage de mouches ni ne le concerne puisqu’il détermine simplement une attitude, qui est celle de hérisser, de mettre quelqu’un hors de lui. Le hackle représente donc une plume de cou de coq, qui une fois enroulée sur l’hameçon, se hérisse obligatoirement. Toutes les plumes de cou de coq ou de poule sont donc pour nos amis anglais des hackles. Il est parfois difficile d’éviter quelques termes anglais et autres anglicismes utilisés dans une activité développée en grande partie par les Anglais et à une époque où la mondialisation impose des terminologies dictées par la langue anglaise. Ainsi les catalogues de plumes étrangers parlent de hackles plutôt que de plumes. Alors, mieux vaut savoir de quoi il s’agit. Dans De Natura Animalium, Claudius Aelianus, fait état de plumes de coqs pour prendre des « poissons tachetés », dont on peut imaginer qu’il s’agissait de truites dans les rivières de ce qui forme aujourd’hui la Macédoine. Ce livre date du IIe siècle ! En Espagne, le manuscrit d’Astorga de Juan de Bergara décrit 33 modèles de mouches montés avec des plumes de coqs de la province du Léon. Nous sommes cette fois en 1624 ! Depuis des temps immémoriaux, s’il ne restait pas quelques traces écrites, les pêcheurs ont cherché à sélectionner des coqs dont les plumes étaient longues, brillantes, solides et dont les teintes correspondaient au mieux à celles des insectes aquatiques. En France, c’est surtout dans le Massif central et notamment en Corrèze que les éleveurs ont développé des races de coqs de pêche sur le long terme. Le Concours national des coqs de pêche de Neuvic (Corrèze) fêtera d’ailleurs en 2017 sa quarantième édition. Certains grands pêcheurs à la mouche français comme Jean-Louis Poirot ou Guy Plas avaient leur propre élevage, avec des animaux sélectionnés depuis des lustres. Ces coqs rarissimes sont plumés tout au long de leur vie et ne sont donc pas tués. Les plumes sont vendues en pochettes de 25, 50 ou 100, classées par grade, teinte et taille. La tradition du coq de pêche français fonctionne ainsi, à toute petite échelle mais avec une qualité exceptionnelle. La tradition du coq de pêche continue toujours dans la province du Léon en Espagne avec des productions remarquables, notamment avec les races pardos, dont les plumes au pointillisme très fin font le bonheur des monteurs. Là encore, on achète la qualité, pas la quantité.

Du hackle au cou industriel

Pour combler la demande mondiale en plumes pour la confection des mouches, les productions se sont industrialisées. Aux États-Unis, la marque Metz, fondée en 1972 fut la première à proposer des cous entiers sur peau, avec une qualité, exprimée en grades très satisfaisante. Pour la petite histoire, Buck Metz, pêcheur mais pas du tout éleveur de coqs de pêche reçu un beau matin 144 oeufs comme cadeau provenant d’un ami pêcheur et avocat, Andy Miner, qui lui-même les tenaient de coqs de Harry Darbee, un pêcheur très connu, auteur d’un des premiers livres sur le fly tying de l’histoire, Catskill Flytier. My life, times and techniques (1977). Miner a amélioré les lignées originales de Darbee. Puis Buck Metz s’est à son tour passionné pour l’élevage et a lui aussi sélectionné des animaux pour obtenir des plumes qui collent aux critères demandés par les pêcheurs à la mouche. Tant et si bien que Metz est aujourd’hui le second plus gros producteur de cous de coqs au monde. Entre-temps, les animaux sélectionnés ont subi diverses mutations génétiques, pour arriver à de nouveaux standards. Pour Thomas Whiting, (Whiting Farms, le leader mondial) le coq de pêche n’existe que pour ses plumes, à l’image du mouton qui n’existe que pour sa laine. Ainsi le coq de chez Whiting Farms est aujourd’hui plus haut sur pattes afin d’éviter que ses lancettes, par ailleurs passablement rallongées ne traînent par terre. Whiting Farms a réussi l’exploit d’industrialiser l’élevage d’oiseaux rares, très éloignés des robustes races ancestrales. Une des souches de coqs espagnols du Léon est également au catalogue. À l’image des cépages français, le coq espagnol s’exporte !

Les cous bas de gamme indiens ou chinois

Plumes courtes, présence de duvet à la base et bien au-delà, mauvaise teinture tout juste sèche lorsqu’on ouvre la pochette (le laisser s’aérer à l’extérieur à l’abri des attaques de chats !), le cou indien ou chinois ne se vend pas plus de trente euros, souvent beaucoup moins. Avec un tel tableau, on se demande pourquoi ces produits sont encore proposés. Pourtant, certains pêcheurs et non des moindres ne jurent que par ces plumes qui pour eux n’ont que des qualités, bien supérieures en ce qui concerne la pêche des poissons difficiles à leurrer de nos rivières françaises, comparées aux plumes américaines « génétiques ». Car ces très belles plumes aux fibres de longueur régulière qui font des mouches parfaites, sont très raides. Comprenez par là que les fibres elles-mêmes sont raides. Une fois la mouche posée sur l’eau d’un grand lisse, l’artificielle semble figée malgré une belle brillance et une fi ère allure. Pour la pêche en eaux rapides en revanche, les plumes américaines sont parfaites, car la mouche doit avant tout flotter haut sur l’eau. Ici, c’est le courant qui lui donne vie. Qu’ils soient chinois, indiens ou américains, personne ne sait comment sont élevés ces animaux et comment ils finissent. À la casserole pour les coqs asiatiques mais pour les autres, mystère. Et en cas de risque avéré ou non de grippe aviaire, les animaux sont abattus et les belles plumes perdues.

Cou sur peau Whiting Farms

On peut voir sur la pochette qu’il s’agit bien d’un cou « genetic » et qu’il est issu des lignées Herbert et Miner. Les hackles sont longs et fins. Ce cou est beaucoup plus imposant qu’un cou chinois (trois ou quatre fois plus). De quoi monter des centaines de mouches. Ce cou est valable pour toutes les tailles d’hameçons, mais il présente en plus l’avantage de favoriser le montage des très petites mouches en tailles 20, 22, voire même 24 car les petites plumes, sont à l’image des plus grandes, relativement longues et presque totalement dépourvues de duvet à la base.

Cou sur peau Whiting Farms Leon

Très beau cou de coq dont l’origine génétique est espagnole (les fameux coqs de la province du Léon). Attention, il s’agit juste du cou et non des pelles, ces plumes provenant du dos du volatile (« saddle »), beaucoup plus larges, qui sont les fameuses plumes de coq pardo. Les plumes de ce cou ont une nervure très sombre, qui permet d’imiter le thorax de la mouche.

Saddle sur peau de coq du Léon Whiting Farms

Voici donc les plumes du dos d’un coq du Léon, les plumes de selle (saddle) qui, pour ce coq d’origine génétique du Léon, se caractérisent par un pointillisme très prononcé et du plus bel effet sur des plumes brillantes de teinte brun fumée. Il s’agit donc des plumes pardos version américaines sur « pied ». Ces longues plumes larges sont utilisées pour le montage de certaines mouches à saumon, certaines mouches noyées pour la pêche de la truite et de la truite de mer. Ces fibres font aussi de superbes cerques, et pourquoi pas des ailes de sedges (en mélange par exemple avec du CDC ou d’autres plumes de canard, en sous-couche).

Plumes de cou de coq du Limousin

Les fameuses plumes françaises issues d’élevages très anciens. La brillance est subtile, les teintes très naturelles et les fibres sont beaucoup plus souples que celles des cous américains. Nous sommes ici dans le domaine des teintes naturelles qui couvrent toutes les nuances de gris, de beiges de rouille. Ce sont des plumes exceptionnelles, classées par teintes, grades et tailles d’hameçons.

Cou de coq sur peau indien

Le cou low cost aux fibres plus souples que celles des cous « génétiques » américains. Seules quelques teintes sont naturelles, comme le roux et le brun dans une large gamme de variantes ou le blanc crème. Les autres teintes, y compris le noir, sont le résultat de teintures. La brillance est dans ce cas absente, mais est-ce systématiquement un inconvénient en pêche ? Pas sûr !

Trois plumes très différentes

Un hackle, ou plume si vous préférez, provenant d’un cou indien. On remarque que le duvet remonte jusqu’à plus de la moitié de la hauteur de la plume. Ce duvet est en théorie néfaste à la mouche puisqu’il est censé l’aider à la faire couler. Là encore, la tendance actuelle (ce que veulent les poissons et non les pêcheurs) est plutôt à tendance basse au niveau de la flottaison. Le seul vrai inconvénient de ces plumes courtes, c’est qu’il en faut deux si on souhaite faire une collerette en évitant la zone de duvet en bas de la plume. Au centre, une plume d’un coq américain « génétique ». Le duvet est contenu tout en bas d’une plume interminable. Le travail de sélection et de mutation des animaux est ici flagrant entre la plume indienne et celle-ci ! À droite, une pelle de coq pardo, très différente et qui ne convient pas pour faire des collerettes mais des ailes et des cerques. En Espagne, mais aussi dans le Massif central, les plumes de coqs pardos sont proposées en différentes teintes sous les appellations incendido, flor de escoba, aconchado, medio, corzuno. Les plumes pardos existent aussi en lancettes plus longues. Elles conviennent pour les grands streamers.

 

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