Alain Barthélémy – Le sérial monteur

  • © Philippe Boisson

    Pas un sprinter mais un marathonien, voilà comment notre artiste s’y prend pour tenir la distance et dépasser le chiffre incroyable de un million de mouches montées en vingt ans !

  • © Philippe Boisson

    Une partie du stock des mouches Rainy’s distribuées par AB Fly. Rainy’s produit des mouches pour toutes les pêches, de l’ablette au tarpon et la qualité des montages est impressionnante. Pour ses propres modèles en revanche, Alain Barthélémy travaille exclusivement à la commande.

  • © Philippe Boisson

    L’inusable étau Patriot. 500 000 pressions et aucun jeu. Cet étau permet de travailler rapidement, car il ne se dérègle pas.

Notez ce produit

Vous avez aimé Sisyphe et son rocher, Stakhanov et son charbon, Charlot et sa chaine de montage, vous adorerez Bartoche et ses chemous. Alain Barthélémy est l’homme d’AB Fly. Plus qu’aucun autre chef d’entreprise, il lui était légitime de donner à son affaire l’acronyme de son nom : car cet homme est une usine à lui tout seul. De ses mains sortent chaque année quelques 50 000 imitations d’insectes aquatiques ou terrestres, et de bestioles improbables, poissonnets et crevettes qui sont le fretin quotidien des carnassiers que recherchent les moucheurs. 

Quand Barthélémy se cale au fond de son grand fauteuil noir Ikéa fatigué, les bras soutenus par deux gros coussins à motifs noirs et blancs, devant la grande baie de son atelier de la banlieue verte de Zwolle (Pays-Bas), il sait que c’est pour un moment. Entre dix et treize heures mini pauses comprises, rarement moins, surtout si la commande est en retard. Car n’en déplaise à quelques jaloux, personne d’autre que Bartoche ne monte les mouches AB Fly (et pas des plagiaires contre lesquels il doit rester vigilent.)
Et à la manière de Paul Boccuse qui avait ses deux bacs, celui d’eau chaude et celui d’eau froide, l’artisan concède : « j’ai deux ouvrières, ma main gauche et ma main droite. » Et il ajoute un brin énervé :
« Chaque fois que dans un salon on vient me dire que ce n’est pas possible que ce soit moi tout seul qui fabrique toutes ces mouches, je propose au saint Thomas de service de venir passer une semaine avec moi avec à la clé ce marché :
« si je ne parviens pas à monter 1500 mouches dans la semaine, je vous offre la totalité de cette production hebdomadaire, mais si j’y arrive, vous m’achetez les 1500 mouches au prix catalogue. »
Bizarrement pour le moment personne n’est venu… »
Ce qui impressionne le plus chez Alain ce n’est pas le sprint ( il prend 2 ou 3 mn par mouche parce qu’il a la religion du détail) mais le coté marathonien : 20 à 25 mouches par heure pendant 90 heures par semaine cela peut dépasser les deux mille pièces, voire plus quand le monteur s’attaque aux nymphes à corégones en fil électrique dont il est capable de produire 900 exemplaires par jour.
Il y a dans l’incroyable énergie de ce sérial monteur quelque chose de Prométhéen. Les mouches qui par milliers sortent de son étau sont plus vivantes que beaucoup d’autres. Elles ne ressemblent d’ailleurs pas souvent à l’insecte d’origine puisque le monteur les a pensées pour l’œil des poissons plutôt que pour celui des hommes. Ce qui caractérise les mouches d’ensemble par opposition aux mouches dites exactes.
Le catalogue d’AB Fly compte 180 pages, et pèse 150 Mo. Un tiers est consacré à ses mouches, un tiers au fly tying et un tiers aux mouches Rainy’s fabricant américain dont il distribue la gamme très complète (elle propose notamment de très belles mouches à brochet). Outre sa clientèle privée, Alain Barthélémy est diffusé par les meilleurs spécialistes français et européens auprès desquels il est souvent en retard d’une commande. (et pourtant ses deux ouvrières font rarement grève.)
Car Bartoche est un homme de devoir. Il a hérité ça d’un père cadre supérieur dans l’affacturage avec lequel les relations furent compliquées. Jusqu’à quitter à 18 ans le cocon familial de Rambouillet pour s’en aller galérer en toute liberté sur les chantiers du bâtiment. Il y sera tour à tour maçon, peintre, carreleur avant de confier à la formation permanente de Colmar la délicate mission de rattraper les années collège passées à rêver aux truites des Vosges qu’il fréquentait assidument en vacances chez sa grand-mère. A ses débuts, Monsieur mouche pêchait plutôt au toc aussi bien au ver qu’à la sauterelle dans le Bouchard. Mais sa passion pour les rivières et les poissons était déjà celle qui l’anime aujourd’hui. (Il avait 5 ans quand on dut l’empêcher d’aller porter secours aux centaines de poissons qu’une pollution de l’Essonne venait de faire crever.)

PARTAGER l’ARTICLE

Laisser un commentaire

Commenter avec wordpress

Vous devez vous CONNECTER Pour poster un commentaire

Je préfère commenter avec facebook ->