Carnassiers : l’hiver saison morte ? pas si sûr !

Eaux claires, températures glaciales, rien n’encourage le pêcheur aux leurres à aller au bord de l’eau tant l’activité des carnassiers semble ralentie. Pourtant, quelques bonnes surprises nous y attendent, à condition d’arriver à analyser les différences notoires de comportement, comparé à la pêche pratiquée durant le reste de l’année.

Par Achille Gan

Avouons-le, l’hiver n’est tout de même pas la meilleure saison de l’année pour pêcher aux leurres. Les bass à grande bouche semblent avoir disparu et le brochet, la perche et le sandre, qui sont plus mordeurs, restent difficiles à décider. On le sait, les pêches aux appâts naturels à poste fixe sont généralement plus efficaces face à des poissons peu mobiles, au métabolisme quasi léthargique. Cependant, pour qui est observateur et curieux d’infirmer des idées et des concepts largement répandus depuis des lustres, il peut être intéressant de forcer ses habitudes. L’obstination et un choix tactique judicieux pourraient bien se solder par un de vos plus gros poissons de l’année.

Orienter sa recherche

La météo et la température de l’eau des sites sont importantes et elle orienteront vos choix. La partie méridionale de la France est privilégiée car elle offre de réelles possibilités de pêche aux leurres durant ces mois hivernaux (pendant la fermeture du brochet, seulement dans les eaux échappant à la loi pêche, bien entendu). Même si cela ne représente que quelques jours par-ci par-là, c’est toujours bon à prendre ! Au nord de la Loire, l’apathie des bass et leur densité moindre prédéterminent les poissons recherchés vers les percidés et notre esocidé « national ». Après le chamboulement naturel des couches d’eau appelé turn-over, on a assisté à une période où les poissons ont été sont désorientés et assez difficilement accessibles. L’hiver est maintenant bien installé et, de janvier à mi-mars, il faut surveiller attentivement l’arrivée de périodes stables et ensoleillées pour ressortir le matériel en profitant  des heures les plus chaudes de la journée. C’est dans les petites pièces d’eau (étangs, lacs, reculs) qu’il faudra vous diriger en priorité. A moins d’en avoir une bonne connaissance, les grands lacs (naturels ou de barrage) rendent la localisation longue et hasardeuse pour de si courtes journées. Nous le savons tous, le black-bass à grande bouche est un poisson dont l’optimum thermique, autrement dit sa zone de confort concernant la température de l’eau, se situe plutôt au-dessus de 20 °C que des températures à un chiffre que nous rencontrerons la plupart du temps ! On dit habituellement que sous la barre des 10 °C le bass entre dans une sorte de léthargie et cesse de s’alimenter. Si cela a été scientifiquement démontré, profitons du fait qu’il est capable de ressentir des différences de températures de l’ordre de un demi-degré et qu’il est bien adapté au climat hexagonal. Il se remettra en activité alimentaire de temps en temps, à l’occasion d’un réchauffement régulier de certaines zones d’un site.
Le brochet, le sandre et les perches maintiennent une activité élevée un peu plus longtemps durant la saison froide, mais on remarquera que les variations de pression atmosphérique et les mouvements d’eau qui y sont souvent associés (coloration, hausse du débit) se révèlent capitaux pour déclencher des périodes plus fastes, dont il faudra profiter. Les rives Nord et Est sont celles qui sont les plus exposées au soleil, il y a donc de grandes chances qu’elles soient encore pourvues de proies (écrevisses, poissonnets) que les carnassiers ne manqueront pas de venir rechercher. Une zone refuge, souvent profonde de plus de 5 m, donnant accès à un plateau littoral placé sur ces rives, constitue à coup sûr un fameux spot ! Repérez la première cassure, ou la seconde en cas de grandes profondeurs, et exploitez la zone au spinnerbait, crankbait grand plongeur ou au lipless en prospectant lentement avec des leurres de grande taille. Les spinnerbaits seront des 5/8 oz (17g) au minimum, l’idéal étant de présenter ce type de leurre en slow-rolling près du fond. Les tailles 21 ou 28 g (3/4 ou 1 oz) seront donc les plus appropriées. J’utilise depuis leur sortie sur le marché les Hula Shad River2Sea (renommés Crystal Spin cette année) qui sont distribués par Sakura. Ils possèdent un centre de gravité très bas, pour coller au fond, et de grandes palettes double willow parfaitement adaptées aux récupérations très lentes recommandées en slow rolling. Leur épingle spécifique et leur émerillon à roulement à bille optimisent la mise en action des palettes et leurs capacités vibratoires. En ce qui concerne les poissons nageurs, des cranks volumineux comme les fameux DD22, les Mad Pepper ou les Hi Dep Crank 88 sont mes préférés pour le brochet. Pour les sandres et les perches, un lipless crank type LV300, LV500, Twin Vib 65 ou Glassie Vib 50 reste plus efficace tant pour trouver les poissons mordeurs assez rapidement que pour en décider de plus apathiques repérés au sondeur.
En eaux claires, des leurres aux couleurs naturelles ou nacrées conviennent bien pour simuler la robe des poissons-fourrage. Sélectionnez sans hésiter des coloris plus flashants comme les « tiger » et leurs diverses variations, si l’eau est teintée ou la lumière moins vive. Ne négligez pas non plus les leurres de couleur noire ou les combinaisons  « noir/bleu » et surtout « noir/rouge » car vous vous priveriez d’un grand nombre de touches.
Si les pratiques « horizontales » ne donnent rien, un leurre souple de type worm monté en drop shot ou un modèle pisciforme sur tête plombée prendra le relais en verticale. N’oubliez pas d’inspecter les postes encombrés de ces rives ensoleillées avec des rubber jigs équipés de trailers en couenne de porc (c’est l’idéal en hiver) ou constitués d’un leurre souple assez volumineux (écrevisse Talon 120 et 140 par exemple). Les écrevisses représentent des proies faciles à capturer pour de nombreux prédateurs et elles sont présentes dans la majorité de nos milieux aquatiques. Il se peut parfois que des herbiers de fond composés de myriophylles et de potamots persistent dans ces fosses jusqu’à de grandes profondeurs si l’eau est claire. Il faudra s’y attarder et jouer du sondeur et du marqueur pour les exploiter au mieux. Le poisson-fourrage y trouve refuge et nourriture, les carnassiers aussi ! Commencez par en exploiter les bordures externes, exposées aux vents dominants, puis en l’absence de touches explorez-en les parties centrales et les anses intérieures abritées. Plus encore qu’en été, en atteignant les extrêmes thermiques supportés par les poissons, des précautions s’imposent en veillant à limiter les stress métaboliques qui leurs sont imposés. Abrégez le combat, réduisez au maximum les séances photo et libérez impérativement sur le lieu de capture votre prise, « réanimée » au besoin. Si vous pêchez profond, sachez que la décompression qu’il subit en remontant des profondeurs provoque l’exorbitation des yeux, un gonflement des viscères et de la vessie gazeuse. Faire du « catch and release », c’est bien, mais avec ces poissons et à partir de 10 mètres, les chances de survie diminuent proportionnellement avec l’augmentation de la profondeur et ce, de façon drastique. Pensez-y !

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