La pêche au plomb palette

En ces temps où tout pêcheur au leurre qui se respecte se doit d’avoir une panoplie complète des derniers leurres souples ou durs du marché, le plomb palette aussi simple et dépouillé que bon marché a un petit côté insolent. D’autant qu’assez souvent il prend plus de poissons que des leurres bien plus sophistiqués. Encore faut-il y croire et bien l’animer.

Par Philippe Collet

J’aime bien le côté rétro et simple du plomb palette, digne de l’époque où je rêvais à des pêches extraordinaires en feuilletant les pages pêche du catalogue Manufrance ou de l’unique revue La Pêche et les poissons qui nous décrivait la pêche des perches au guignol. Le plomb palette appelé parfois plomb à dandiner n’a pas vieilli. Il revient en force au goût du jour. Encore utilisé couramment dans certaines régions pour pêcher la perche et le sandre, il semble avoir été remis sur le devant de la scène par Christian Cochard, guide de pêche de Corrèze qui a développé une gamme de modèles avec la Société Delalande. Ce leurre très simple est en même temps très moderne. Il est notamment utilisé régulièrement par les compétiteurs carnassiers, à qui il permet de sauver des manches, voire de gagner certains concours. J’avais beau avoir entendu parler de ces leurres, en avoir même acheté quelques-uns, je n’y croyais pas vraiment et les avais laissés au fond de mes boîtes, pensant qu’ils pouvaient certainement fonctionner dans les rassemblements de perches, en lacs de barrage par exemple.
A l’occasion d’un salon, alors que j’expliquais à Guillaume Legarrec (guide de pêche salarié de l’office de tourisme d’Evreux) mes difficultés à leurrer les sandres, le long des palplanches, dans les canaux proches de chez moi, il m’avait répondu sans hésiter : « Plomb palette ! Essaye au plomb palette, tu les prendras ! » Sur le salon suivant, il m’en avait rapporté quelques-uns tous montés et m’avait expliqué brièvement, mais de façon assez démonstrative, l’animation.
De retour chez moi, je réalisai rapidement une petite sortie en canal, en fin de journée et eus l’agréable surprise de leurrer deux jolis sandres au ras du bord. Depuis j’ai repris des sandres, mais aussi des perches, quelques brochets dont plusieurs m’ont coupé net, et même une brème (par la gueule bien sûr). Je peux vous dire que maintenant j’y crois !


Le plomb

Le plomb palette est une petite pyramide allongée, percée dans son sommet. Sa face est large et plate, en forme de triangle. Ses côtés sont fins et arrondis ou biseautés. Sa base est biseautée. Avec une telle forme, la base, plus large donc plus lourde, va redescendre la première sur les relâchers. Puisqu’elle est biseautée, elle va avoir tendance à décrocher si elle prend assez de vitesse. Un plomb palette animé lentement ou plutôt mollement ne sera que rarement pêchant. Il se contentera de monter et descendre dans un plan strictement vertical. Si l’animation est plus rapide et surtout plus saccadée, il décrochera de façon complètement imprévisible et deviendra beaucoup plus attractif. Les plombs les plus classiques pèsent de 10 à 20 grammes. Face à l’engouement de plus en plus important pour cette technique, on trouve maintenant sur le marché des plombs de 7,5, 9,5, 12, 15,5, 22 et, grande nouveauté, 31 et 41 grammes chez Delalande (a priori le seul fabricant). Les petits grammages 7,5 à  12 seront préférés pour les pêches du bord dans peu d’eau et, en lancer ramener, les grammages plus importants pour les pêches en bateau ou des pêches plus lourdes du bord. Les plombs de 31 et 41 grammes trouveront certainement leurs inconditionnels pour les pêches en bateau dans les grandes rivières à courant soutenu, et pourquoi pas en mer. La première réaction lorsqu’on a ce plomb en main, c’est de vouloir le gratter, lui coller des plaques imitant des écailles pour le rendre brillant ou le peindre. Il semble que la couleur terne naturelle soit encore celle qui marche le mieux.
Ce petit leurre est capable de prendre de beaux sandres ou brochets, probablement parce qu’il colle bien à la taille des petits alevins que consomment parfois ces derniers. Un plomb palette bien animé peut ressembler à un alevin en perdition.


Le montage

Les montages diffèrent quelque peu d’un utilisateur à l’autre mais le principe de base est très simple. En partant de la canne, on enfile le plomb, une perle, un morceau de gaine plastique de couleur, puis on noue un hameçon triple. On rabat ensuite la gaine sur l’hameçon, dont on recouvre la hampe. Cette gaine sert à éloigner le triple du plomb, elle est coupée de telle façon qu’une fois le montage terminé l’hameçon triple dépasse du bas du plomb. Certains, dont Christian Cochard, pincent un plomb fendu entre la perle et le plomb palette éloignant alors un peu plus le morceau de gaine et le triple. Il m’est arrivé, un soir où je n’avais ni gaine ni plombs fendus dans ma boîte, de réaliser un montage complètement dépouillé comportant le plomb, une perle butant sur une ligature et un triple sur un fluorocarbone solide de 35 centièmes. J’ai pris deux sandres ce soir-là, ce qui m’a convaincu de l’efficacité du plomb palette à lui tout seul.
Pour le montage, vous veillerez à utiliser un fil suffisamment gros et rigide pour permettre, lorsque vous tiendrez le montage par le fil, que la gaine soit presque perpendiculaire au plomb et ne retombe pas à plat le long de celui-ci. C’est un aspect important. Avec un fil suffisamment rigide, le triple est bien mieux placé, et les poissons chipoteurs, qui attirés par le plomb tapent seulement dans la gaine, se prennent bien mieux. N’hésitez pas à réaliser vos montages avec un morceau de fluorocarbone de 30 à 35 centièmes, dont la dureté (permettant une bonne résistance à l’usure liée au passage répété du plomb et aux frottements sur le fond), la rigidité et la discrétion vous permettront de meilleurs résultats. Certains, comme Guillaume (qui pêche souvent en Seine avec des plombs assez lourds de 20 à 25 grammes), doublent un fluorocarbone de 30 centièmes sur 15 cm au-dessus du triple. Ils le torsadent puis le nouent. Ils augmentent ainsi encore sa rigidité, sa résistance à l’usure et se font un peu moins couper par les brochets. Veillez à bien déboucher le trou du plomb palette, voire à l’agrandir pour que ce dernier coulisse bien sur le fil et ne voie pas sa nage entravée.


L’émerillon

Vous pouvez préparer d’avance des montages sur un morceau de fil d’environ 70 à 80 cm terminé par un émerillon et les stocker, soit sur un petit dévidoir de pêche au coup, soit dans un petit sachet plastique. Ainsi, vous pourrez en changer facilement en cours de pêche en les raccordant directement au bout de votre ligne.
Personnellement, je ne m’encombre pas toujours de l’émerillon, notamment lorsque je pêche en canal du bord à courte distance, voire à l’aplomb de mon scion, car les risques de voir le plomb tourner et vriller la ligne sont minimisés. J’évite ainsi de taper l’anneau de tête de ma canne avec l’émerillon en voulant ramener le leurre en bout de scion. S’il est bien animé, un plomb palette ne tourne pas beaucoup, mais part plutôt de droite à gauche en une série de zigzags. Dans les grands courants, en profondeur et en lancer ramener, il est recommandé d’utiliser un émerillon pour éviter de vriller son fil ou sa tresse.

Ajouter un leurre

En plus de la gaine, il est possible de placer un leurre sur l’hameçon triple, mais vous veillerez à ce que celui-ci ne soit pas trop gros. N’oubliez pas que c’est avant tout le plomb qui « pêche ». Un plomb palette fonctionnera bien s’il n’est pas bridé ou ralenti dans sa chute. Aussi, lorsqu’on lui adjoint un leurre un peu gros, de type virgule de 10 cm par exemple, on casse son action. Certes, on peut encore prendre du poisson, mais on aurait été probablement plus efficace en armant le leurre avec une simple tête plombée. Guillaume aime particulièrement ajouter un petit poulpe blanc par-dessus le tube. Celui-ci n’entrave pas la nage du leurre et ses tentacules viennent recouvrir l’hameçon triple et ajouter un signal supplémentaire. Ce petit teaser peut être pris même à l’arrêt, lorsque le plomb touche le fond. Dans ce cas, le bon coulissement du fil à travers le trou du plomb est un atout pour une bonne prise en gueule par le poisson. N’hésitez pas à varier les montages en changeant de grammage et de couleur de tube ou de poulpe. Les tubes ont un diamètre d’environ 3 mm. Ils peuvent être en silicone, en latex ou en caoutchouc de différentes couleurs. La plus courante est le rouge, mais vous pourrez la changer pour du blanc, du jaune, du chartreuse transparent, du rose… D’après Guillaume, qui a un bon retour d’expérience avec ses collègues de pêche, la couleur a son importance, surtout sur les perches. Un poste qui a donné quelques poissons et s’est tari peut redonner de suite des poissons sur un simple changement de couleur de gaine. Comme pour la pêche de la truite au streamer en réservoir ou la pêche des bars à l’anguillon, il faut trouver la bonne couleur. Souvent, cela permet un meilleur score, parfois c’est indispensable pour prendre un poisson. Essayez de pêcher à deux sur un même poste et n’utilisez pas la même couleur, vous trouverez ainsi plus vite celle qui marche le mieux. Utilisez des hameçons triples suffisamment gros, de taille 4 ou 6 pour le sandre, 6 pour la perche et les plombs de petits grammages. Pour la perle, choisissez-la si possible en verre, car elle va cliqueter contre le plomb en rendant le montage plus attractif.

L’animation

Le plomb palette n’est pas un leurre qui pêche « seul ». S’il est d’une sobriété déconcertante, il n’est efficace que correctement animé. Il est très attractif à la descente à condition d’avoir cette nage erratique que seul peut lui permettre un fil détendu. Toute la subtilité de son animation réside dans la capacité du pêcheur à accompagner au plus près sa descente, sans la brider, tout en étant très proche du contact, pour sentir les touches et pouvoir ferrer. Il faut trouver le juste milieu. A la montée, il faut taper un peu dans le leurre une ou plusieurs fois en le tirant vers le haut pour le faire virevolter, avant de le relâcher à nouveau en contrôlant sa descente. Une animation molle ne réussira pas à ce leurre, elle doit être sèche. Son amplitude peut par contre être minimaliste, en alternant des pauses sur le fond et des sauts de 10 cm, ou plus ample en s’échelonnant sur 50 cm. Le plomb palette peut être animé verticalement sous un bateau ou à l’aplomb d’un quai ou d’une structure. Il peut aussi être lancé et ramené. L’animation du plomb palette peut encore se faire en pleine eau, lorsque les poissons ne sont pas collés au fond. C’est toutefois essentiellement une pêche de fond qui donne de bons résultats en période froide, quand les carnassiers sont en bas de la couche d’eau. Lorsqu’on sait les poissons présents sur un poste ou que le poste est très marqué et prometteur, il convient d’insister et d’alterner les rythmes et amplitudes d’animation et les couleurs.

La canne

Pour pêcher efficacement et aussi confortablement, vous rechercherez une canne courte, d’action de pointe très marquée, avec une bonne réserve de puissance dans les deux tiers arrière. Sur les animations, seul le bout du scion doit travailler, permettant un contact subtil avec le plomb. Au ferrage, la puissance du reste du blank permet d’ancrer l’hameçon. La canne travaille ensuite sur toute sa longueur pour contrer les rushs des plus beaux poissons. Lorsqu’il pêche au « plomb pal », Guillaume utilise exclusivement la Spécialist Sinker Jig de Pezon et Michel. Cette petite canne de  1,95 m a été conçue par Jérôme Riffaud, un de ses collègues occasionnels de pêche, pour cette technique spécifique. Cette canne est particulièrement réussie. Il existe de multiples autres cannes pouvant convenir à cette technique sur le marché, notamment des cannes verticales en action médium heavy. Merci à Guillaume pour le partage de son expérience.

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1 commentaire

  • novembre 7, 2019

    Laurent

    Bonjour

    Article intéressant mais dommage qu’il n’y ait pas quelques photos des montages …. partant du principe qu’une photo vaut souvent mieux qu’un grand discours.

    Amicalement

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