Technique lancer : le contrôle des dérives à la cuiller

La pêche de la truite à la micro-cuiller, à l’aide d’un lancer ultraléger, permet toujours de prendre de belles truites sauvages. Contrairement aux apparences, la récupération des cuillers peut être beaucoup plus active qu’on ne l’imagine. Accélérer la traverser d’une veine de courant, ralentir la récupération, décaler les axes, sont autant d’astuces pour déclencher les attaques.

Par Alain Foulon

Si la pêche aux leurres connaît un engouement certain auprès des pêcheurs actuels, elle le doit essentiellement à l’avènement des poissons nageurs modernes. Principalement issus du Japon, ils sont, il est vrai, très performants et relativement faciles à animer. Pour autant, la cuiller tournante conserve la même efficacité sur tous les types de cours d’eau, plus particulièrement quand il s’agit de prospecter une rivière rapide. Même si certains pêcheurs continuent à penser que son emploi est d’une simplicité enfantine, il n’en demeure pas moins que cette technique est beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît et demande une connaissance approfondie de certains paramètres. En effet, ramener correctement une cuiller tournante n’est peut-être pas aussi facile que l’on voudrait bien le croire. Certains esprits chagrins continuent à critiquer cette pêche même si elle est pratiquée depuis plusieurs décennies en France, plus particulièrement par les pêcheurs de truites, avec un plaisir sans cesse renouvelé. Ainsi, j’entends toujours les mêmes remarques désobligeantes au bord de l’eau ou à l’occasion des salons. Ses plus grands détracteurs sont généralement des personnes pensant connaître cette technique ou l’ayant pratiquée durant leur jeunesse puis délaissée au profit d’une technique plus noble. Les principaux griefs formulés contre la cuiller sont souvent infondés et davantage issus de l’héritage laissé par des praticiens peu scrupuleux qui n’ont pas eu la sagesse de limiter leurs prises à une époque où les prélèvements étaient faits sans aucune retenue. Durant ces années, les pêcheurs pratiquant la mouche fouettée ou celle aux appâts naturels se comportaient de la même manière ; l’apparente facilité d’emploi de cette pêche et l’extrême efficacité du lancer léger mirent néanmoins en émoi le petit monde halieutique qui crut sincèrement que ce mode de pêche allait « vider les rivières de leurs poissons ». Aujourd’hui, il devient plus difficile de prendre quelques poissons. La diminution de certaines populations et l’atteinte des milieux aquatiques rendent la pratique de notre sport plus compliquée et impliquent une meilleure maîtrise technique de la part du praticien. Le contrôle et la qualité des dérives sont incontestablement les clefs de la réussite. En effet, récupérer une cuiller ne consiste pas obligatoirement à lui faire décrire une trajectoire linéaire entre un point A et un point B. Si ce mode de pêche peut convenir à des poissons particulièrement agressifs ou des truites surdensitaires – on pourrait d’ailleurs le comparer à une prospection au moyen d’un crankbait – il convient d’aborder cette technique avec davantage de pragmatisme et de recul.
Il existe en fait plusieurs manières d’animer une cuiller et de contrôler sa trajectoire. Le choix du mode de récupération dépendra bien évidemment de l’humeur des poissons, de la saison mais également du profil de la rivière. On pourrait en retenir trois principales, bien que ce nombre ne soit pas exhaustif.


Les dérives naturelles lors d’une prospection « down stream »

Dans ce cas de figure, il s’agit de propulser votre cuiller vers l’amont et de la récupérer de manière à lui faire suivre une veine d’eau pouvant abriter des poissons. La problématique réside dans la difficulté à maintenir la bonne rotation de la palette malgré les turbulences du courant et les nombreuses contraintes provoquées par l’élément liquide. Votre récupération doit être légèrement plus rapide que la vitesse des flots afin de permettre au leurre de tourner sans interruption. D’apparence facile, ce mode de prospection nécessite beaucoup de concentration, plus particulièrement quand il faut employer un modèle de cuiller ultra-léger. En règle générale, les pêcheurs néophytes ne parviennent pas à « sentir » les vibrations de leur leurre qui n’est pas récupéré à la bonne vitesse. Si ce dernier est ramené trop rapidement, il aura tendance à monter en surface et à devenir totalement inopérant. Dans le cas inverse, la cuiller sera entraînée par le courant et cessera d’émettre toute vibration. Un bon pêcheur au lancer doit donc mémoriser des séquences lui indiquant que son leurre est véritablement opérant. Jouant sur la vitesse de récupération de son moulinet et l’inclinaison de sa canne à lancer, il devra rester concentré sur la « dérive active » de son leurre. Il est toujours très impressionnant de suivre la « trajectoire utile » d’une cuiller qui suit une veine d’eau avec la plus grande fluidité. Elle donne l’impression d’être « sur un rail » en épousant les moindres contours des obstacles caressés par les flots.
Dans une autre perspective, vous constaterez également que son cheminement sur le plan horizontal n’est pas rectiligne mais épouse la topographie du fond. Pour parvenir à ce résultat, il est indispensable de jouer sur le poids de la cuiller et la vitesse de récupération afin de trouver le juste équilibre. Vous l’aurez compris, ce type de trajectoire est indispensable quand les poissons sont méfiants et refusent d’intercepter un leurre traversant consécutivement plusieurs veines d’eau.


Les dérives naturelles lors d’une prospection en travers

A priori, on pourrait penser que ce type de dérive est semblable à la précédente. En fait, la présence de plusieurs veines d’eau entre la trajectoire devant être suivie par votre leurre et la pointe du scion complique sensiblement la tâche. Un peu comme un bas de ligne subissant la pression irrégulière de nombreux courants et provoquant le draguage de la mouche artificielle, la cuiller peut être entraînée et sortir subitement de la dérive naturelle que vous souhaitiez prospecter. En effet, la bannière, en raison de sa longueur, est particulièrement sensible à la pression de l’eau quand elle est presque totalement immergée. Il est donc importantde relever la pointe du scion afin de soustraire la ligne à la force des flots. Ce travail canne haute doit également être associé à un léger mouvement d’accompagnement, similaire au geste exécuté par les pêcheurs aux appâts naturels. Il est effectivement important de maintenir la cuiller dans la bonne veine d’eau. En jouant sur l’inclinaison de la canne à lancer, sur la vitesse de récupération au moulinet – on mouline beaucoup moins vite car la pression du courant exercée sur un leurre légèrement de biais par rapport à l’axe du courant autorise un meilleur maintien de la cuiller – et le maintien d’une bannière légèrement « détendue », il est possible de ralentir la dérive et de pêcher beaucoup plus creux.
Faites-en l’expérience et vous serez convaincu du bien fondé de cette approche. La conduite de votre leurre devient alors extrêmement technique et n’a plus rien à envier aux autres modes de pêche. Cette maîtrise gestuelle est un mode opératoire pratiqué par les pêcheurs les plus aguerris ; c’est aussi un moyen simple de différencier le niveau technique des uns et des autres !

Le dernier type de dérive correspond aux trajectoires « up stream » d’une cuiller entraînée par le courant

Tout le monde connaît la formation du fameux arc de cercle de la ligne en fin de récupération. Si ce mouvement déclenche souvent l’attaque d’une truite surdensitaire, il convient de rester plus prudent avec ce type de trajectoire quand il s’agit de tromper la méfiance d’un poisson sauvage ou posté en « pleine eau ». En raison de la position parfaitement visible du pêcheur, il est souvent nécessaire d’attaquer les postes de plus loin. En effectuant un lancer trois-quarts aval, il est en revanche possible de prospecter de nombreux postes de chasse ou de repos entre le point d’impact du leurre et le prolongement exact du pêcheur. Ainsi, vous pourrez aisément jouer sur l’inclinaison de votre canne pour permettre à votre leurre de slalomer entre les différents obstacles présents dans le lit de la rivière. N’hésitez pas à modifier l’inclinaison de votre canne à lancer et à adapter la vitesse de récupération de votre moulinet. Dans certains cas, il est même nécessaire de démouliner pour maintenir une pression suffisante sur votre cuiller tournante. Le pêcheur dispose également de toute la longueur de son bras pour prolonger son mouvement et compenser ainsi les écarts de vitesse du leurre directement soumis à la force du courant et aux variations des différentes veines d’eau. Dans les cas extrêmes, il est également possible de maintenir une cuiller, devant un poste et en équilibre instable ou de l’accompagner en la laissant descendre une veine d’eau profonde. En employant ces différentes techniques, le pêcheur au lancer augmente naturellement ses chances de capture. Mais au-delà de l’efficacité, je vois davantage un moyen de prouver aux autres pêcheurs que la pêche à la cuiller tournante est beaucoup plus subtile et technique qu’on ne le pense !

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