Street fisherman, le pêcheur urbain

Le Street fishing est partout. Dans la presse halieutique et dans la presse généraliste, on présente ce mouvement comme LE nouveau phénomène de la pêche hexagonale. Le but avoué des passionnés qui en sont à l’origine, c’est d’ouvrir leur passion au plus grand nombre et de dépoussiérer un peu un milieu souffrant souvent d’une image quelque peu vieillotte. L’idée, c’est d’amener la pêche au plus près du public et des trois quarts des Français habitant aujourd’hui en zone urbaine. Il semble clair que c’est sur ce nouveau territoire que la pêche soit le plus à même de séduire de nouveaux pratiquants. Un pari en passe d’être réussi…

Par Samuel Delziani

Dans l’imaginaire collectif, le pêcheur est un personnage débonnaire, souvent ventripotent, amoureux de sa solitude, à la limite de la misanthropie, qui fuit dans des coins reculés et bucoliques les hommes en général, et sa femme en particulier. Cette image d’Epinal a la vie dure, mais ses jours sont désormais comptés. Un phénomène nouveau, dont Pêches sportives fut l’un des premiers médias à se faire l’écho, s’emploie à casser ces préjugés et lieux communs. Il s’agit du Street fishing. Alors que le pêcheur d’antan se retirait du monde dans sa thébaïde halieutique, le street fisherman pêche au milieu de la cité et de ses habitants. Il est devenu en quelque sorte un ambassadeur de la pêche auprès de ces urbains qui, bien souvent, ne demandent qu’à découvrir cet étrange loisir qui consiste à chercher son poisson ailleurs que sur les étals des supermarchés et pas seulement pour s’en nourrir ! Le badaud s’étonne et régulièrement vient à la rencontre de ce « fou » qui pêche en pleine ville. Le dialogue qui s’amorce alors peut paraître parfois surréaliste, tant les habitants des grandes agglomérations sont ignorants de la richesse du milieu dans lequel ils habitent. C’est l’occasion d’échanger avec des gens très différents et de démontrer que la nature a encore quelques droits dans ce lieu qui, a priori, en est sa négation. Et ça marche ! La meilleure preuve : effectuez une recherche sur Google ou Yahoo et vous tomberez sur des centaines de pages qui s’y intéressent. La pêche qui devient tendance, c’est probablement le plus beau tour de force des streetfishers.
Alors certes, les plus grincheux diront que ce n’est que du marketing, que la pêche en ville a toujours existé et qu’une casquette de travers ne fait pas une nouveauté… Mais ce serait oublier que le milieu de la pêche et les associations qui la gèrent se meurent en partie à cause de leurs ornières mentales et de leur conservatisme. Le street fishing est surtout un état d’esprit décontracté et un désir d’ouvrir les joies de la pêche au plus grand nombre. Le look sportswear et l’équipement simple – une canne et un leurre monté suffisent – collent parfaitement à la vie du citadin. Et puis, sans mauvais jeu de mots, il ne faut pas se leurrer : si on désire enrayer la lente diminution des ventes de cartes de pêche, il faut bien aller appâter les clients là où ils se trouvent, c’est-à-dire en ville ! En effet, la densité de population qui entoure les coins de pêche permet une exposition importante et, de ce premier contact avec ce nouveau loisir, ils seront sûrement nombreux à dépasser les faubourgs et à partir à la découverte des cours d’eau plus sauvages qui serpentent aux quatre coins de l’Hexagone.
Certes, le pêcheur de rue n’a peut-être pas la noblesse du moucheur en pantalon de flanelle et canne en bambou refendu (d’ailleurs, où sont-ils partis pêcher, on ne les voit plus), mais il a le mérite de présenter sa passion au plus grand nombre, démontrant ainsi que les villes disposent d’une biodiversité qu’il faut aussi respecter et protéger. Lapédagogie est au centre de la démarche. De plus, c’est l’occasion de pêcher dans des lieux complètement insolites et qui, à eux seuls, valent le déplacement. Le temps s’arrête lorsqu’on fait le coup du soir sur le quai au pied de La Tour d’Argent, juste en face de la cathédrale Notre- Dame, en plein coeur du Paris historique et touristique. Sur toute la planète, il est possible de pêcher en milieu urbain. Par exemple, une mégalopole comme New York compte une multitude de spots. En tous les cas, que ce phénomène passionne, irrite ou indiffère, nous pouvons tous nous réjouir qu’il se passe enfin quelque chose de neuf pour attirer à la pêche de nouvelles catégories de la population et pour essayer de trouver un moyen de communiquer cette passion aux jeunes. Alors si, pour ça, il faut abandonner le waders pour le jean baggy, pourquoi pas ? Car c’est bien là l’avenir de la pêche.

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Quelles techniques et quel matériel pour la pêche en milieu urbain ?

D’une manière générale, la pêche en milieu urbain n’est pas différente de la pêche des carnassiers depuis le bord, où qu’elle soit pratiquée. A ceci près que, s’il vous arrive de prendre le bus, le métro ou le vélo pour aller tremper du fil, une canne multibrins est bien pratique. Shimano et Prologic en proposent et nous savons que de plus en plus de fabricants se penchent sur le problème. Concernant les techniques, il vous faudra tout d’abord évaluer les densités majoritaires par espèce. La plupart des villes sont riches en perches mais pauvres en brochets (pas de frayères). Le sandre est souvent présent et sa pêche demande de pouvoir côtoyer le fond du cours d’eau sans y perdre tout son stock de leurres souples à chaque fois. Pour cela, un montage avec un hameçon texan est bien pratique car il limite nettement les accrochages. Les rives des villes étant le plus souvent bien rectilignes, les postes à carnassiers se situent rarement le long d’une berge de X km droite comme un I, où ils sont très difficiles à déceler (cherchez les herbiers si l’eau est claire). Les postes types se concentrent donc là où le courant est amorti. Ils sont très faciles à trouver : pointes aval des îles, derrière les piles de ponts, l’entrée et la sortie des écluses, etc. Dernier détail très important : portez toujours une grande attention aux passants, rollers et vélos lors des lancers, car le danger est bien réel. Trop d’accidents peuvent déboucher assez vite sur une interdiction. Vive les hameçons texans !

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AFCPL, l’intuition juste

L’Association française des compétiteurs de pêche au leurre (AFCPL) a été créée en 2004 par quelques aficionados de ce type de pêche. Leur idée première est d’organiser des compétitions. A présent, c’est un véritable circuit national : l’AFCPL Street fishing Tour. Mais l’ambition, dès le début, est également de « développer, vulgariser et médiatiser », selon leurs propres termes, une pêche responsable et moderne. C’est dans cette optique que cette association a eu la bonne idée de promouvoir le Street fishing, ainsi qu’une compétition qui lui est propre. Grâce à l’appui d’un certain nombre de partenaires, l’association mène de nombreuses actions pour promouvoir sa vision de la pêche. Le Street fishing est pour eux un moyen d’ouvrir leur monde, notamment vers les jeunes, en adoptant un certain nombre de leurs codes. Vu l’écho du phénomène, on peut dire que l’intuition était bonne.

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