Nymphe à vue : à quel niveau solliciter les poissons ?

La question peut faire sourire : a-t-on vraiment le choix ! Et que l’on ait le choix ou non, le bon sens n’est-il pas de solliciter les truites au niveau où elles se trouvent et se nourrissent ? Vrai, mais pas toujours…

Par Jean-Christian Michel

Dans la pratique les choses peuvent être suffisamment compliquées pour s’estimer assez heureux lorsque la truite parvient à voir notre nymphe…Vitesse du courant, profondeur, couvert végétal, visibilité réduite sont autant de facteurs qui limitent notre marge de manoeuvre dans le choix d’une stratégie permettant d’intriguer un salmonidé et de l’inciter à prendre. Quand la truite a l’humeur légère (ça existe encore ?), la nymphe peut se trouver à son niveau, à ras du fond ou presque en surface, et si elle a envie de s’en saisir, elle se déplacera pour ramasser votre tortillon de plumes là où il se trouve. Dans une saison, ces journées fastes se comptent sur les doigts d’une main et l’éducation des farios peut nécessiter la mise en oeuvre de stratégies différentes afin de tromper leur méfiance. On peut miser sur une nymphe miracle (celle qui bouge les pattes comme une danseuse de french cancan et fait saliver les vieux bécards), on peut également utiliser le dernier fluorocarbone à 30 euros les 10 mètres… mais on s’apercevra vite que certains pêcheurs réussissent aussi bien avec un bon vieux pole fishing et une phaesant tail famélique… Indice que l’essentiel n’est peutêtre pas autant dans le matériel que dans l’oeil et la main du pêcheur. La plus grande satisfaction de la pêche à vue est d’arriver à identifier le comportement des truites pour, en fin de compte, parvenir à les provoquer. Il existe certainement des Konrad Lorenz de la truite fario, mais ceux que je connais n’ayant pas laissé de somme scientifique je me bornerai seulement à quelques observations empiriques.

La truite “facile”

Imaginons un cas idyllique : une fario se tenant dans un courant régulier et faisant des écarts à droite et à gauche pour intercepter ses proies. Si la nymphe attire son attention sans que le pêcheur ait fait de faute auparavant, cette truite peut prendre à tous les étages, avec en priorité tout ce qui monte devant son nez, comme c’est le cas lors de l’ascension des nymphes. On aura tout intérêt à présenter court afin de régler progressivement nos dérives sans l’effrayer. Attaquée ainsi, il y a de grandes chances que la truite s’avance nettement pour prendre, indication précieuse pour déclencher le ferrage peu après son arrêt. Or, tout le monde pêche ainsi, en allant au plus simple. Et dès que la zébrée se sera fait piquer le bout du nez, elle deviendra vite moins curieuse. Il faudra alors que votre nymphe arrive sur elle de façon très précise, sans dragage et avec la légèreté d’une proie naturelle pour parvenir à la tromper…

La truite “occupée”

Souvent les truites se nourrissent uniquement sur le fond. C’est le cas quand elles picorent entre les galets les gammares d’avril. Elles peuvent se déplacer nettement, se retourner, même, pour saisir les bestioles qui partent dans leurs dos, mais il faut impérativement pêcher à ras du fond et il y a peu de chance qu’une nymphe présentée à l’étage supérieur les intéresse tant la cueillette est facile sur le fond. Autre cas, celui de ces farios qui se nourrissent uniquement tête en bas, et non plus légèrement audessus. Quand une truite est sur les escargots d’eau ou sur les nymphes nageuses qui se faufilent entre les galets, la pêche peut devenir très énervante, car si votre leurre ne sort pas des galets à moins de 20 centimètres de sa tête il y a peu de chance qu’elle le voie. La précision est une fois de plus indispensable. Une petite nymphe assez plombée peut se révéler prenante si on parvient à pêcher “au coup de fusil”, c’est-à-dire en posant la nymphe au fond et en effectuant un aguichage marqué mais de faible amplitude. Ce saut de puce doit être réalisé juste devant le nez de la fario pour être efficace… plus facile à dire qu’à faire !

La truite “indifférente”

Hauteur d’eau importante, courant nul et truite apathique, pendue entre deux eaux ou bien posée sur le fond… la guerre des nerfs peut commencer ! La tentation est grande de lancer presque sur le poisson et de faire descendre le leurre à son niveau… Or, en procédant ainsi, l’impact de la nymphe et son immersion se font dans le champ visuel de la truite… le pire que l’on puisse faire ! Il n’existe pas de solution miracle, mais on a tout intérêt à essayer de pêcher ce poisson en surface et assez loin de sa tête. Le but est que la dérive de votre nymphe soit très lente et s’arrête au moment où elle entre dans le champ visuel du poisson afin de ne pas lui laisser le loisir d’inspecter le leurre sous toutes ses coutures. Il arrive parfois que la truite se réveille et démarre franchement comme lorsqu’elle monte du fond pour cueillir un insecte esseulé avant de replonger aussitôt pour continuer sa sieste. Dans tous les cas, le plombage des nymphes est à effectuer au plus léger, sauf cas particulier (micro-nymphes, pêche dans des profondeurs inhabituelles…).
Pour que l’artificielle coule facilement, on privilégiera des modèles de type phaesant tail ou quill de paon ébarbé avec des cerques très clairsemés réalisés en pardo. En revanche, si on souhaite que la nymphe reste pendue dans la veine d’eau et plane sans draguer, on privilégiera les modèles duveteux ou de type oreille de lièvre. Enfin, lors d’une dérive, une fois que la nymphe a atteint la profondeur désirée grâce à un posé détendu, il est possible d’arrêter son enfoncement en tendant légèrement la soie… à utiliser avec parcimonie, sous peine de dragage !

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