Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille

Parce que l’exemple vaut souvent mieux que la leçon, voici dix bonnes raisons de réussir à la pêche à la mouche et d’éviter l’échec. Car si toutes les cannes se valent et que globalement, nous n’avons jamais disposé d’un matériel aussi performant, les problèmes proviennent de petits détails techniques qui deviennent vite très désagréables, ainsi que d’une stratégie d’approche trop souvent simpliste…

Par Philippe Boisson

J’ai passé une partie de l’été (2006) à pêcher à Goumois, dont le parcours est l’un des mieux peuplé en truites et ombres sauvages d’Europe, mais qui est également l’un des plus difficiles à cette époque de l’année. Cet endroit que je fréquente depuis bientôt vingt ans a toujours été une référence en matière de difficulté, un must pour les pêcheurs à la mouche français, suisses, belges ou italiens, qui tous savent que la pêche sera d’une grande qualité, mais qu’elle ne sera pas facile. J’ai croisé des vieilles connaissances, habituées du Doubs qui ne se plaignaient pas et prenaient quelques poissons, observé des touristes en pleine galère, excédés par ces magnifiques poissons sauvages qui viennent chasser les vairons jusque dans leur bottes. L’un d’eux se lâcha : « heureusement que la chasse est fermée ! », un autre plus poétique : « il faut que je revoie mon jeu de séduction, car celui-ci ne marche plus… ».
Tout en discutant, j’observais leur matériel. Rien à redire, c’est du haut de gamme, et du beau, rien que du beau, ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Puis chacun est reparti pêcher, pas trop loin les uns des autres, car sur ce parcours, vous ne faites pas trois mètres sans tomber nez à nez avec plusieurs poissons qui font mine de ne pas vous avoir vu.
En les regardant pêcher, j’ai compris, si besoin était, à quel point il ne suffit pas de posséder la meilleure soie, la plus belle canne, et deux valises de mouches pour réussir sur un parcours comme celui-là. Tout ce qui ne pose pas de problème sur les parcours à truites « de bassines » autrichiens ou slovènes, ou en réservoir, devient un gros handicap ici. Le moindre draguage est exclu, les truites comme les ombres recrachent les nymphes à la vitesse de la lumière, les poissons installés à gober, notamment le matin (après, ils ne gobent plus !) tolèrent au mieux quatre ou cinq passages sans draguer et avec une pointe ultra fine d’une longueur de canne. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il est encore possible de faire des pêches honorables sur ce parcours, comme sur beaucoup d’autres, mais si deux ou trois détails ne sont pas réglés, la sanction est sans appel. Dans bien des cas, il suffirait de pas grand-chose pour que tout (ou presque…) s’arrange. C’est ce qui m’a inspiré cet article avec dix exemples qui valent mieux qu’une grande théorie pompeuse. N’oubliez jamais qu’en été, les poissons ont derrière eux plusieurs mois de sollicitation et qu’il faudra se démarquer de la masse, d’une part en pêchant différemment, et d’autre part en réglant quelques erreurs techniques qui ont la vie dure. Les efforts consentis pour progresser sur un parcours comme celui de Goumois (mais il y en a bien d’autres) constituent un investissement qui vous servira partout. Qui peut le plus peut le moins !

1- Attention aux pointes de soies et à la première partie du bas de ligne qui coulent

Concentré sur l’action de pêche, l’approche, la dérive de la mouche, on ne pense pas assez souvent à regarder le niveau de flottaison de la pointe de la soie et des deux premiers mètres du bas de ligne. Si l’une ou l’autre de ces deux parties (ou les deux…) ne flottent pas parfaitement, il deviendra très aléatoire, voire impossible de ferrer correctement. Les quelques centimètres immergés feront ventouse au moment crucial du ferrage. À la mouche sèche, on a alors l’impression de ferrer systématiquement trop tard, et à la nymphe, le poisson aura recraché depuis longtemps avant que le fil ne se tende. Et plus le ferrage sera rapide et court, un réflexe logique en cas de ratés nombreux, plus le phénomène prendra de l’ampleur. Disposer d’un petit flacon de graisse, ou mieux, de produit destiné à nettoyer et à faire glisser permet de résoudre le problème en quelques secondes. Dans le cas où vous n’en possédez pas dans votre gilet, une astuce que j’utilise régulièrement consiste à se frotter les cheveux avec le bout des doigts durant une poignée de secondes, puis à frotter le fil et la soie avec les mêmes doigts. Ça marche très bien, à condition d’avoir des cheveux !

2 – Ne changez pas de longueur de canne

S’il y a une chose qui me fait perdre mes moyens, c’est bien de changer de canne, et notamment de longueurs. Un demi-pied de différence, c’est-à-dire environ 16 cm et me voilà perdu ! Posers ratés, ferrages aléatoires, c’est la panique. J’ai réglé le problème il y a longtemps en adoptant une canne qui, depuis, me suit depuis dix ans. Nombreux sont les pêcheurs qui changent de canne comme de chemise, en fonction des parcours ou de leurs envies. Notre cerveau, via notre bras et notre poignet, a assimilé des gestes, des réflexes, qu’il a appris à doser. En changeant de longueur de canne, vous changez également l’action, la puissance du blank et cela est juste bon à vous désorienter. Imaginez un joueur de tennis qui jouerait avec une raquette dont les dimensions seraient chaque jour différentes… Idem pour un musicien dont la longueur et la largeur du manche de son violon ne seraient pas les mêmes. La pêche à la mouche à notre époque est une activité où la technique tient une place aussi importante qu’elle en a dans la musique ou dans un sport comme le tennis.

3 – Adoptez un bas de ligne et n’en changez plus

Que n’a t-on pas écrit sur les bas de lignes ? Des formules simplifiées aux « délires » de matheux, jamais cet assemblage de nylons n’a été autant étudié. Peu de pêcheurs y accordent de l’importance, alors qu’il s’agit d’une des pièces maîtresses de l’ensemble. Pour beaucoup, il est fait « à la louche » sans rien mesurer, au hasard de l’inspiration du moment. Tantôt trop court, tantôt trop long, avec une impossibilité de le reproduire à l’identique, il est la cause de bien des problèmes. J’ai compris l’intérêt d’adopter un seul et unique bas de ligne il y a quelques années, ce qui m’a fait progresser de façon significative.
Pourquoi ? j’ai aujourd’hui la certitude que mon bas de ligne me donne entière satisfaction, et donc, je n’ai plus le moindre doute lorsque, fatigué, je n’arrive pas à poser ma mouche correctement. Par le passé, avec un bas de ligne fait au hasard, je ne savais jamais si le problème venait de moi (manque de pratique, lendemains difficiles…), ou alors à cause de ce satané bas de ligne que j’incriminais systématiquement.
Aujourd’hui, je reproduis mon bas de ligne au centimètre près, ce qui me change considérablement l’existence. J’ai ainsi gagné énormément en précision. Après l’intersaison, lorsque l’on a perdu ses repères et ses sensations, tout rentre dans l’ordre beaucoup plus rapidement, en quelques sorties, alors qu’auparavant, il m’en fallait trois ou quatre fois plus ! En pleine saison, je suis encore le premier surpris par la précision obtenue avec mon bas de ligne… de 7,30 m ! Là encore, c’est parfaitement logique et j’encourage tout le monde à faire de même. Pour les personnes qui pratiquent la pêche à la mouche de façon épisodique, et qui par définition, ont a chaque fois des problèmes pour se remettre « dans le bain », ce principe peut rendre d’énormes services.

4 – Trouvez d’autres angles d’attaque

Lorsqu’on suit un parcours fréquenté, les postes défilent de façon évidente. Le sentier entretenu par le passage répété des pêcheurs conduit le nouveau venu toujours sur les mêmes trouées entre les saules, à droite ou à gauche de tel ou tel arbre, bref sur tous ces endroits dont le sol râpé par le piétinement des bottes, se reconnaît à trente pas. Tout comme le pêcheur devine à distance où il pourra tenter de nouveaux lancer, la truite sait tout aussi bien où elle risque fort d’avoir des ennuis. À l’approche de la zone, elle s’écarte, cesse de s’alimenter et parfois même s’arrête, fébrile, pour observer ce qui se passe sur la rive. Au moindre mouvement, elle détale à toutes nageoires. On peut pêcher des années comme cela sans avoir l’idée de trouver d’autres accès, il est vrai souvent difficiles. Mais ça vaut le coup d’affronter quelques ronces pour se poster entre les accès « normaux ». Vous redécouvrirez votre parcours, à un tel point que vous aurez l’impression que tout est nouveau. Les truites ne s’attendant pas à vous voir ici seront beaucoup moins méfiantes.


5 – Ne choisissez pas votre fil au hasard

Tous les nylons ne conviennent pas pour pêcher à la mouche. Certains sont des valeurs sûres en matière de pêche au coup, et sont inaptes pour la pêche à la mouche. De même l’étiquette ne veut rien dire. La résistance indiquée n’est pas transposable à une activité comme la pêche à la mouche, où le fil ne subit pas les mêmes contraintes qu’avec d’autres techniques. De plus, c’est un peu comme les lessives, la surenchère est de mise sans qu’il y ait de véritables contrôles. Certaines marques sont réputées pour exagérer la résistance imprimée sur l’étiquette. En général, elle est couplée avec une surcôte des diamètres. Personnellement, je ne tiens pas du tout compte de l’étiquette. Un fil me plaît par son aspect, sa souplesse et je l’essaye. Il est bon ou il est mauvais… Parmi les bons nylons pour la constitution des pointes et des brins intermédiaires (généralement entre le 25/100 et la mouche), on peut citer sans risque, le Water King Pole Fishing (qui a connu des problèmes il y a trois ans, mais tout est rentré dans l’ordre), le Water Queen Kroïc GT Gold, fil historique et universel, le Rio Powerflex, très solide et polyvalent et le Devaux Tiger, également passe-partout (nymphe, mouche sèche). Pour les plus gros brins, le Maxima et le JMC Camoufil, ont la préférence des spécialistes. Avoir un stock suffisant de fils pour un séjour de pêche n’est pas un luxe mais une nécessité. Or, combien de fois voit-on des pêcheurs débarquer chez le détaillant le plus proche du parcours où ils se sont posés pour une semaine, en disant « il est bon votre fil ? », « Ah mais bien sûr, regardez, le 10/100 tient 2,500 kg, c’est vous dire ! ». Un bon fil pour la mouche doit posséder des qualités contradictoires, puisqu’il ne doit pas vriller lors du lancer tout en étant très souple pour garantir une dérive naturelle de la mouche et par-dessus le marché, il doit encaisser des ferrages parfois brutaux, le poids de la soie ne manquant pas d’ajouter une inertie que l’on contrôle difficilement.


6 – Vérifiez l’état de la pointe

Durant l’été, la pêche des parcours publics impose de pêcher avec des nylons de 12/100 maximum. Le plus souvent, une pointe en 10/100, voire en 8/100 permet de prendre quelques poissons et d’échapper ainsi à la bredouille. Ces diamètres, conçus à l’origine pour pêcher l’ablette ou le gardon, se retrouvent bien malmenés au bout d’une soie. C’est pourquoi à la moindre feuille de saule effleurée, il est recommandé de changer la pointe. À quoi bon faire l’autruche et insister pour ensuite casser et laisser la mouche dans la gueule du poisson ?

7 – Le wading n’a jamais été une obligation

On ne le dira jamais assez, la pêche en wading n’est pas une fin en soi. Autant le fait d’entrer dans l’eau permet parfois de pouvoir lancer là où ce serait impossible de le faire depuis la rive, autant une pratique abusive n’est pas un avantage. Alors pourquoi vouloir systématiquement patauger dans tous les sens alors qu’à l’évidence, ça ne marche pas mieux ainsi ? C’est une sorte de maladie que de vouloir à tout prix pêcher avec de l’eau jusque sous les bras. L’été, il est bien évident que la moindre vaguelette mettra en fuite le poisson. Le pire étant les pêcheurs qui se promènent en marchant tout en lançant. Drôle de pratique, vouée à l’échec et qui n’a pas d’équivalent pour caler tous les poissons d’un secteur pour la journée !

8 – Ombre ou truite, ne courez pas deux lièvres à la fois

La pêche de l’ombre et celle de la truite sont deux choses différentes, qu’il convient d’aborder différemment, surtout en été. En ce qui concerne la pêche à la mouche sèche, les modèles de mouches ne sont pas forcément les mêmes pour chacune des deux espèces. Les ombres ne gobent généralement pas au même endroit que les truites. Si l’on choisit la pêche à la nymphe, à vue ou en aveugle, le problème reste le même. En voulant pêcher les deux espèces en même temps, on finit par passer à côté des deux. La pêche de la truite demande plus de temps d’approche, de discrétion et nous conduit souvent sur les bordures, dans les zones ombragées tandis que les ombres se cantonnent par eau « chaude » dans les fosses profondes et oxygénées. La meilleure solution consiste à rechercher chaque espèce spécifiquement, quitte à faire fuir quelques truites si l’on a choisi de pêcher les ombres.


9 – Attention au placement

La pêche par eau basse est une chasse. Les poissons nous voient mieux qu’on ne les voit. Le placement, alchimie qui ne doit rien au hasard, constitue l’une des clefs du succès. Lorsque l’on pêche de façon fréquente, cet apprentissage se fait tout seul, à la suite de multiples échecs et de succès, généralement moins nombreux. Plus le poisson est d’origine sauvage, plus le placement devient important. Hormis les bases, assez évidentes (éviter d’avoir le soleil dans le dos…), vous devrez prendre en compte la limite d’approche tolérée par les poissons.
Cela varie selon les parcours, le niveau de la rivière, ou encore la fréquentation par les pêcheurs. Il y a une limite que l’on ne peut dépasser qu’au prix d’une reptation digne des meilleurs éléments des commandos de Marine. Le pêcheur doit se faire animal, rester dans ce qui est tolérable par le poisson, sans quoi il prend la fuite. Il faut aussi apprendre à jouer avec le terrain, profiter d’une touffe d’herbe, d’un saule, d’un rocher, jouer avec l’ombre et la lumière. Tout cela demande beaucoup d’énergie, mais c’est le prix à payer ! Tous ces paramètres se perdent lorsque l’on fréquente des parcours peuplés de poissons d’élevage, comme c’est le cas en Autriche, en Slovénie ou en Croatie. J’ai vu de bons pêcheurs régresser de façon notoire après quelques séjours dans ces contrées où la pêche est plus facile qu’en France…


10 – Apprenez à regarder !

Ce n’est pas dans la nature du pêcheur moderne que d’attendre et de regarder. De nos jours, on déteste attendre. Il faut avancer, coûte que coûte ! A la pêche, c’est un peu différent. L’attente à un endroit choisi, parce que prétendu prometteur, s’avère être une excellente stratégie. Souvent, le secteur semble désert aux premières minutes d’attente. Les gobages sont rares et s’observent à intervalles très irréguliers. Si la teinte de l’eau permet de voir les poissons, c’est un peu la même chose. Au départ on ne voit rien, hormis une ou deux truitelles pas très discrètes. Puis avec le temps tout s’arrange, vous avez localisé trois ou quatre poissons gobeurs, certes pas très actifs, même vous savez exactement où ils sont postés, ce qui permettra de les essayer. Ce scénario maintes fois observé serait impossible à déceler lors d’un passage en marchant ou lors d’un arrêt de quelques secondes.

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