Une partie de pêche du bar en traction avec Yann Lenormand

La pêche en traction a été mise au point par les compétiteurs du Labrax tour pour rechercher de façon plus spécifique les gros poissons. Ces poissons se méfient depuis longtemps des leurres durs et des leurres de surface. Ils répondent mal, la plupart du temps, à des techniques rapides ou dandinées de pêche aux leurres souples. La pêche en traction permet alors de leur présenter, de la façon la plus naturelle possible, un leurre évoluant relativement lentement au ras du fond. Cette technique, très polyvalente, est praticable quelle que soit la profondeur des postes et la force du courant. Elle nécessite toutefois une bonne habitude pour être pratiquée avec succès. Suivons Yann Lenormand pour une partie de pêche dont il va nous expliquer les subtilités.

Par Philippe Collet

La technique de la pêche en traction consiste à faire passer et maintenir un leurre souple à caudale au ras du fond, en balayant les courants de travers, un peu à la façon d’un pêcheur en mouche noyée ou à la cuillère.
Selon la dérive du bateau générée par le vent, on lance entre le plein travers et l’aval du courant. On évite de lancer vers l’amont, car cette façon de pêcher nécessite des grammages plus forts et engendre des accrochages irrécupérables puisque le bateau continue alors à s’éloigner, couchant la tresse sur le fond. On lance souvent plein travers pour finir plein aval. L’objectif est de traverser au maximum les zones de courant, de longer les remontées de plateaux rocheux. Plus le courant est fort, plus on est amené à pêcher vers l’aval. On s’accroche beaucoup moins de cette façon et on se décroche beaucoup plus facilement puisqu’on revient vers son leurre et qu’on augmente l’angle de fil avec le fond. Si l’on souhaite attaquer un poste précis, comme une tête de roche immergée par exemple, on peut se placer en amont, à bonne distance, et lancer à côté du poste, pour ensuite faire évoluer son leurre devant ou sur le côté de ce dernier.
Cette technique peut aussi permettre de laisser le leurre reculer vers un poste très précis, en même temps que le bateau s’en rapproche, pour une prospection très fine. La pêche en traction est très polyvalente, elle peut se pratiquer à n’importe quelle profondeur alors que la pêche à la volée n’est plus praticable dans 30 mètres d’eau et que la pêche verticale n’est pas très efficace dans moins de 10 mètres d’eau.


Passer dans la couche d’eau la moins rapide

En traction, l’objectif est de passer le leurre dans la couche d’eau la moins rapide, située juste au-dessus du fond en le touchant le moins possible. C’est une forme de pêche linéaire, s’apparentant à celle qu’on pratique pour le sandre. Cette technique est plus douce que la pêche dite « à taper », où l’on utilise une tête plombée lourde que l’on fait taper au fond avant de la décoller sèchement pour qu’elle ne s’accroche pas, et ainsi de suite. La traction est une technique beaucoup plus subtile, beaucoup plus douce et fluide. Le leurre évolue tranquillement au ras du fond et décrit de lentes accélérations sans jamais vraiment monter dans la couche d’eau. Cette animation, assez difficile à bien réaliser, est beaucoup plus réaliste et séduisante pour les gros bars. Ces derniers n’ont pas à monter dans les veines de courant puissantes pour aller chercher le leurre, ce qui les décalerait et les obligerait à faire l’effort de se replacer.

Loin du bateau

Cette pêche se pratique loin du bateau, d’abord pour ne pas effrayer les poissons mais aussi pour avoir suffisamment de distance pour effectuer une animation vers l’aval et battre un maximum de terrain. Les cannes doivent de ce fait être de bonnes lanceuses.


L’animation

Dès le lancer effectué, il faut laisser filer de la tresse, pickup ouvert, puis fermer ce dernier pour que le leurre termine sa descente vers le fond tresse tendue. Cela permet de détecter le moment du contact du leurre avec fond. Dès ce contact établi, on commence l’animation. On réalise alors une longue et lente traction, sans mouliner, en démarrant canne basse, dans l’axe du fil, pour ramener cette dernière à 45° au-dessus de l’épaule. Il convient ensuite de ramener la canne à son point de départ lentement, en moulinant doucement pour juste maintenir le fil tendu. Le but est de soutenir le leurre et de ne le laisser redescendre que légèrement pour compenser sa montée sur la traction précédente. Les tirées doivent être douces pour que le leurre quitte le moins possible le fond et travaille bien.


La touche

Environ 90 % des touches ont lieu au moment du relâché, lorsque la tresse est juste tendue et que l’on rabaisse la canne. De cette façon, les poissons engament bien les leurres, qui dépassent le plus souvent à peine de leur gueule. Ils sont souvent très bien piqués, dans le palais.


Le placement

Dans cette pêche, le placement du bateau est très important et doit tenir compte de la conjonction du vent et du courant, pour éviter de couvrir les poissons convoités si l’on souhaite réaliser plusieurs dérives fructueuses.
Le point d’impact du leurre a aussi son importance. Il appartient au pêcheur de se représenter le poste, souvent invisible, et de choisir le bon angle d’attaque pour que son leurre, après une plus ou moins longue phase de descente, puisse passer, au ras du fond, au bon endroit. La bonne interprétation des informations délivrées par les appareils électroniques embarqués est souvent un plus important, mais la lecture de l’eau peut apporter souvent suffisamment d’informations à un pêcheur averti.

Le choix du grammage

Sur une dérive donnée, le choix du poids de la tête plombée du leurre se fait en fonction de la profondeur et de la vitesse du courant. Un même poste peut nécessiter un changement de grammage après quelques dérives selon que le courant forcit ou faiblit. Si, après avoir pris contact avec le fond et animé son leurre, on retouche le fond pendant la phase de ramené, la tête plombée est trop lourde, il convient de mettre un leurre équivalent, parfois exactement le même s’il fonctionne bien, avec une tête plus légère.
A contrario, si on ne touche pas le fond, on teste ce dernier après quelques tractions en ouvrant le pick-up et laissant filer de la tresse. Si le leurre tire plus d’un mètre de tresse, il est trop léger. Il convient en effet de pêcher entre 20 et 80 cm du fond pour être efficace.

Et pourquoi pas du bord

Pour commencer à pratiquer la traction, il est recommandé de choisir des postes simples et peu piégeant, que l’on est capable de se représenter mentalement. Pour les pêcheurs du bord, cette pêche est extrapolable en estuaire depuis certaines plages ou promontoires. Il est préférable alors de repérer les postes à marée basse pour bien en connaître la configuration avant d’aller y risquer ses leurres en plein courant.

Les cannes

La technique de la traction demande une canne longue, pour accentuer le bras de levier lors de l’animation du leurre et permettre de faire vibrer son shad sur une longue distance. Cette longueur s’élève généralement à 2,40 m, 2,50 m, ce qui est long pour une canne destinée à pêcher en bateau. Cette canne doit être capable de lancer loin un poids de leurre allant de 30 à 80 g.
Voici quelques exemples de cannes adaptées à cette technique. La liste est bien sûr loin d’être exhaustive. Chez Ultimate, la El diablo 2,47 m 30-80 g et la GR diablo spécial 2,47 m 20-100 g. Chez Illex, la Ashura Element Rider S 250 XH 2,50 m 14-80 g Chez Daiwa, la Morethan Branzino MTB762HXHFS 2,29 m 14-56 g et les Tournament TNA762XHFS 2,29 m 28-84 g ou TNA 802XHFS 2,44 m 28-84 g. Chez Shimano, la Ultegra Power Game 2,46 m 50-120 g.


Les moulinets

Les moulinets doivent être suffisamment légers pour ne pas déséquilibrer les cannes mais solides, car on les soumet à rude épreuve sur les lancers appuyés avec des têtes plombées lourdes. Ils doivent avoir une bonne capacité de récupération, d’au moins 80 cm au tour de manivelle, pour permettre de garder le contact avec le leurre sans mouliner trop vite. Ils doivent avoir un frein puissant et progressif pour extraire en force les poissons des postes scabreux.

La tresse et le bas de ligne

La tresse sera choisie en 14 ou 16 centièmes, selon le type de pêche et l’encombrement des postes. Cette finesse est nécessaire pour minimiser la prise au courant et pouvoir pêcher le plus léger possible, ce qui est toujours beaucoup plus productif. La tresse devra être visible, jaune ou multicolore pour aider visuellement le pêcheur à détecter le fond et les touches les plus discrètes. Les tresses à jigger multicolores peuvent être utilisées, elles sont un peu moins visibles qu’une tresse jaune mais beaucoup plus qu’une verte. Elles auront l’avantage d’être présentes sur le moulinet pour d’autres types de pêche, comme les techniques verticales où elles auront toute leur utilité. La tresse sera prolongée d’un morceau de fluorocarbone en 30 à 40 centièmes, choisi pour sa faible élasticité et sa résistance à l’abrasion. Une agrafe destinée à permettre le changement rapide de leurre terminera le montage.

Les leurres

Les leurres de base pour la pêche en traction sont les shads à caudale de 12 -15 cm parfois un peu plus. Ces leurres doivent continuer à vibrer dans les courants puissants et être capables de vibrer sans animation particulière, même à faible vitesse. Tout est question de forme et de texture, ni trop dure ni trop souple. Les leurres couramment utilisés par Yann sont le Nitro Shad Illex, le Mégashad Flashmer, l’Absolute Shad Hart, le Ripple Shad Power bait. Pour cette pêche au fond, les couleurs sont plutôt foncées ou dos foncés dans des nuances de bleu ou de vert, mais il n’y a pas de règle absolue. Ces leurres sont montés sur des têtes plombées allant de 21 g pour les postes peu profonds et peu courants jusqu’à 100 g pour les grands courants profonds. Les grammages s’échelonnent la plupart du temps entre 30 et 70 g.

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