Pêcher avec des imitations d’écrevisse

Il existe aujourd’hui sur le marché une importante palette de leurres imitant avec plus ou moins de réalisme des écrevisses. Le développement important des populations de ce crustacé dans la plupart de nos eaux doit nous inciter à utiliser ces leurres de façon plus régulière. Les poissons, carnassiers ou non, mettent plus souvent qu’on ne le pense à leur menu cette source de protéines relativement facile à capturer.

Par Philippe Collet

L’écrevisse est le plus gros crustacé de nos eaux douces. Même si elle n’est plus que rarement indigène, elle est bien présente dans nos rivières, fleuves, étangs et lacs, et occupe souvent une bonne place dans le régime alimentaire de nombreux poissons. Vous avez certainement déjà eu l’occasion de pêcher des perches à l’estomac rempli d’un ou plusieurs de ces crustacés soigneusement repliés ou des brochets au ventre déformé donnant, au toucher, l’impression que le poisson a ingurgité quelques cailloux. Vous avez aussi pu observer des carpes en train de fouiller le pied des berges d’un étang en mettant des coups de boutoir dans la végétation, à la recherche de cette précieuse friandise. Un pêcheur de truite rencontré au bord d’une petite rivière envahie d’écrevisses signal me rapportait récemment qu’il trouvait régulièrement des restes de petites écrevisses dans l’estomac des quelques truites de 30-35 cm (des belles pour la rivière) qu’il gardait chaque année.
L’écrevisse est régulièrement consommée par de nombreux poissons, dont les carnassiers, les plus recherchés : brochets, perches, sandres, black-bass, silures… En posséder quelques imitations de diverses tailles dans ses boîtes peut toujours être utile, notamment lorsque les poissons se fixent sur ce type de proie.


Une nage caractéristique…

Lorsqu’elle n’est pas inquiétée, l’écrevisse se déplace lentement en marchant. En cas de panique, elle s’enfuit en marche arrière, en battant violemment de son abdomen segmenté terminé par un appendice aplati, l’uropode, qui lui sert de “nageoire”. Ses pinces sont alors allongées vers l’avant et s’effacent derrière le thorax. Entre chaque battement, son abdomen se replie pour former un arrondi et un ensemble très hydrodynamique en forme de goutte d’eau. Cette nage de fuite caractéristique est constituée d’une succession d’impulsions, dont le rythme va en s’accélérant. Elle se termine par une descente planante vers le fond lorsque l’écrevisse a pris suffisamment de distance par rapport au danger. Acculée, elle fait face, pinces ouvertes et pointées vers l’intrus.

… dont découle l’animation

La plupart des modèles de leurres commercialisés permettent d’imiter cette fuite. L’écrevisse est accrochée à la ligne par la pointe de l’abdomen, pinces en avant. Sur une traction, elle se déplace à reculons, les pinces se resserrant. Lors des poses, les pinces s’écartent de nouveau imitant à merveille l’animal vivant.La flottaison des pinces de certains modèles leur permet en plus de se redresser à l’arrêt et d’être encore plus réaliste, rappelant au prédateur l’attitude désespérée de l’écrevisse lui faisant face. L’animation de base est donc constituée d’une alternance de tirées, d’environ 20 à 50 cm, à peine entrecoupées, pour produire une animation linéaire, suivies d’arrêts plus ou moins longs permettant au leurre de rejoindre le fond en planant et de s’y poser pinces orientées vers le haut. La prospection d’une berge depuis un bateau ou la rive opposée (en canal par exemple) est payante en lançant au ras du bord et en tirant le leurre par saccades au-dessus d’une zone plus profonde. On essaie alors d’imiter une écrevisse affolée sortant d’une cache sous berge et fuyant sans défense en pleine eau. Elle est alors relativement irrésistible pour le prédateur embusqué en dessous, sur la cassure souvent proche. Lorsque vous connaissez les postes prospectés, pêchez concentré en vous mettant dans la peau d’une pauvre écrevisse sans défense fuyant de la berge et se fourrant dans la gueule du loup.
Vous serez tôt ou tard sanctionné par une touche bien résonnante ou un déplacement latéral de votre fil.
Des animations plus traditionnelles, en faisant sautiller le leurre ou en le traînant sur le fond pour décoller un nuage de sédiments, peuvent être efficaces. Dans tous les cas le fil doit rester tendu lors des relâchés car la touche se produit souvent à la descente. N’hésitez pas à marquer des arrêts, l’écrevisse posée au fond en position de défense reste pêchante, surtout si la matière dont elle est constituée est suffisamment souple pour vibrer un tant soit peu.

Les modèles et les montages

Selon les postes et leur encombrement, vous pêcherez avec des écrevisses armées d’une tête plombée ou en montage texan lesté ou non. Les têtes plombées football permettent le maintien d’une écrevisse aux pinces flottantes dans la position idéale en lui permettant de remonter pinces en l’air sans risquer de basculer latéralement. Une tête
sabot sera moins stable latéralement mais permettra aux leurres non
flottants de ne pas rester collés au fond. Certains modèles
d’écrevisses comme la Stand’n Yabbie ou la Super Yabbie chez River 2 Sea
sont moulés sur une tête sabot et livrées prêts à pêcher. La Super
Yabbie est dotée d’une brosse anti-accroche qui permet de pêcher les
postes encombrés Les modèles peuvent être très imitatifs, comme les Yabbies, les Crawbug chez Yum, les écrevisses Storm Rattle Hot Craw Tube, et prévus pour être armés d’une tête plombée. Dans les modèles plus suggestifs, on trouve notamment les Big Claw chez Riverside, les Craw chez Gary Yamamoto puis diverses créatures comme la Talon Worm chez River 2 Sea, l’Ultravib Speed Craw chez Zoom et des modèles plus dépouillés encore comme la Sabertail chez Berkley (cette liste n’est bien sûr pas exhaustive et est loin d’être complète). Tous ces modèles suggestifs peuvent être montés sur têtes plombées, en raccourcissant si nécessaire leur corps pour mieux centrer l’hameçon. Ils peuvent aussi être montés en texan pour explorer des herbiers pas trop denses, des bois noyés ou des fonds rocheux.
Nombre d’entre eux s’associent aussi très bien avec des jigs, dont les nombreuses fibres mobiles ajoutent de la vie au leurre souple en apportant une pulsation supplémentaire lors des alternances tirées/relâchés. Ces jigs peuvent être munis ou non d’une brosse anti-accroche pour l’exploration des postes encombrés. Avec les jigs, on peut associer divers trailers suggérant de façon très lointaine les deux pinces d’une écrevisse. Associée à un jig, la Sabertail Berkley, par exemple, peut donner une nage d’ensemble très imitative de l’écrevisse, bien que le leurre ne ressemble pas réellement à grand chose hors de l’eau. Un dernier modèle se détache du lot par l’animation encore différente qu’il permet. Il s’agit de la Dynagone chez Imakatsu. Montée avec un petit insert de lestage et un hameçon wide gape, l’hameçon placé “à l’envers”, l’oeillet entre les pinces et non au bout de l’abdomen, cette créature peut planer en marche arrière sur plusieurs mètres à condition que le pêcheur relâche du fil et l’accompagne sans la brider. Cette particularité permet d’explorer des postes normalement inaccessibles comme des berges creuses, des branches basses baignantes… Si le leurre ressemble à s’y méprendre à une écrevisse planant à la descente, il ne ressemble plus à ce crustacé lors des tractions, mais reste tout de même très attractif. Une vidéo très démonstrative est visible sur le site du fabricant : www.imakatsu.co.jp 

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