Une partie de pêche au brochet au streamer avec Rudy van Duijnhoven

J’ai rencontré Rudy van Duijnhoven à l’occasion d’une partie de pêche en Hollande. Cet homme grand, calme et discret, est un des spécialistes incontestés de la pêche du brochet à la mouche en Hollande. Il nous a guidés dans des polders qu’il connaît comme sa poche, à la recherche de son poisson favori.

Par Philippe Collet

Rudy est tout d’abord un passionné de photographie. Il fait une carrière de photographe free lance et travaille depuis maintenant plusieurs années pour le mensuel de pêche néerlandophone Beet, pour lequel il réalise de nombreux reportages et participe à la rédaction. Il pêche et voyage beaucoup. Il est instructeur de lancer mouche et réalise de nombreuses démonstrations de lancer et de montage de mouches dans les salons. Il effectue aussi des prestations de guidage.

Le matériel de Rudy

Pour envoyer de gros streamers (comme celui que nous décrivons plus loin dans cet article) montés sur un gros hameçon et offrant une résistance à l’air importante, il vaut mieux posséder un matériel adapté et bien équilibré. Rudy utilise une canne de puissance 8 à 10, d’une longueur qui n’excède pas 9 pieds. Cette longueur est largement suffisante pour la pêche du bord. D’après lui, on peut passer à 10 pieds pour la pêche en bateau ou depuis un float tube. Mais ces cannes sont plus fatigantes et la longueur supplémentaire change souvent leur action. A budget égal, vous aurez beaucoup plus de chances de trouver une bonne canne en 9 pieds qu’en 10. Prévoyez une canne avec de larges anneaux pour faciliter les lancers et les shoots. Cette canne doit posséder un talon de combat.

Les soies

Dans les polders, Rudy utilise le plus souvent une soie flottante, parfois une soie intermédiaire. Les polders sont des milieux peu profonds. Lorsqu’ils sont encore colonisés par la végétation aquatique, la soie flottante s’impose. Lorsque le froid a fait disparaître ou régresser les herbiers ou lorsque l’on pêche dans des secteurs navigués plus profonds, une soie intermédiaire permet de pêcher un peu plus bas. La soie intermédiaire a l’avantage de se soustraire à l’influence du vent et de permettre un contact plus direct avec la mouche, ce qui facilite le ferrage. Si l’on doit pêcher lentement des poissons apathiques, elle descend inexorablement. Dans ces eaux peu profondes, cela amène la mouche à toucher le fond en milieu ou fin de ramené. On risque alors de s’accrocher, notamment dans les rhizomes de nénuphars. Rudy préfère les modèles de soies spécifiques, à fuseau ramassé, réservés à la pêche du brochet, du black-bass, ou à la pêche en mer. Pour ces derniers modèles, attention à bien s’équiper de soies destinées à l’eau froide, qui garderont leur souplesse dans les pires conditions de froid.

Le bas de ligne

Le bas de ligne doit être court pour un bon transfert de l’énergie de la soie vers la mouche. Il ne dépasse généralement guère 1,50 m. Il peut être un peu plus court en soie intermédiaire et un peu plus long en soie flottante. Rudy affectionne un bas de ligne composé de 75 cm de 50 à 40 centièmes prolongé de 75 cm de 35 à 40 centièmes. Il y ajoute un petit bas de ligne en acier d’une vingtaine de centimètres pour s’assurer de ne pas se faire couper bêtement. Ce bas de ligne est composé d’un morceau de corde à piano d’environ 40 centièmes comportant une boucle fermée d’un côté et une boucle ouverte de l’autre, refermée par un astucieux petit système de ressort. Ce système d’agrafage permet de ne pas perdre bêtement de mouches pour une agrafe ouverte sur un choc lors d’un lancer.

Le lancer

Ce qui vous marque lorsque vous côtoyez Rudy, c’est son calme et sa discrétion. A la pêche cela se traduit dans sa façon de lancer : très coulée, très lente, sans aucun effort super- flu, à la limite du décrochage. En le regardant, vous êtes obligé de ralentir, vous aussi, vos lancers et vous vous apercevez que votre mouche aussi file toute seule, là où vous souhaitiez l’envoyer. Pêcher à ses côtés pendant deux jours m’a fait progresser : je force beaucoup moins et prends un réel plaisir à propulser ces grosses mouches avec un minimum d’efforts en utilisant au maximum les qualités de mon matériel.
Une telle façon de lancer est la conjonction d’un équilibre parfait du matériel et d’une technique bien rodée. La soie est adaptée à la canne, elle la charge parfaitement. L’ensemble canne/soie est adapté à la taille des mouches utilisées, le bas de ligne n’est pas trop long pour éviter les à-coups. Lors du lancer arrière, la canne est bloquée fermement à 1 heure, ce qui garantit le bon étalement de la soie. Le lancer avant n’est engagé que lorsque l’ensemble de la soie s’est bien étendu derrière, ce qui donne beaucoup plus de puissance au shoot avant. En tenant la canne bien haut en arrière et en poussant vers l’avant jusqu’à la position 11 heures, la boucle générée est très serrée et file dans le vent pour se dérouler jusqu’au bout et poser le gros streamer discrètement, en ligne. Point d’énergie en excès avec Rudy, le streamer ne tape pas l’eau ou ne rebondit pas au bout de la soie, il se pose bien en ligne, arrivé en bout de course.
Toujours dans le souci d’économie de geste, l’arraché est soigneusement préparé en ramenant suffisamment de soie et en démarrant soie tendue, canne basse. De cette façon, il se fait tranquillement en relevant la canne jusqu’au blocage net à 1 heure, qui permet soit de renvoyer directement la mouche en shootant, soit de refaire un faux lancer ou deux avant de replacer le streamer sur un nouveau poste. A la fin d’une journée, cette technique permet une sacrée économie d’énergie, je vous le garantis !


La mouche

Lors de notre entrevue, Rudy a utilisé une mouche vraiment aboutie de sa création. Elle se lance bien malgré l’imposante bouchée qu’elle représente. Sa forme conique permet un mouvement de rétraction/gonflement sur chaque tirée. Sous la surface, cette mouche génère un déplacement d’eau suffisant pour intéresser les brochets les plus gros. Pour la monter, Rudy utilise un hameçon Gamakatsu 6/0 dont il écrase préalablement l’ardillon. Il ne perd pas plus de poissons avec un ardillon écrasé, abîme moins ces derniers et lesdécroche beaucoup plus facilement. De plus, avec de tels hameçons, on est content de ne plus avoir d’ardillon quand on se pique la mouche dans la peau ou les vêtements pendant une partie de pêche.
Au cours de la fabrication de sa mouche, Rudy met du vernis à chaque étape du montage. Cela garantit la solidité de l’ensemble et allonge la durée de vie du leurre, qui doit résister aux dents acérées des brochets.
Cette mouche comporte une queue en Flashabou et un corps alternant des mèches de bucktail et de gros hackles de coq tournés. Les hackles sont là pour donner du volume au streamer, créer une silhouette trapue, facilement repérable par le brochet, sans utiliser trop de matériaux et alourdir l’ensemble.La dernière collerette de bucktail, en tête de la mouche, est toujours noire pour offrir un contraste plus facilement repérable par le poisson.
Les modèles sont tous déclinés selon la formule de montage qui suit, avec souvent un arrière blanc, un milieu coloré (jaune, vert, rose, rouge) et une tête noire. Quand l’eau est sale, Rudy aime bien utiliser un modèle tout noir ou rouge et noir, toujours pour une question de contraste.


Le lieu de pêche

• Nous avons pêché dans le secteur de Vinkeveen. Cette petite ville qui se situe à environ 20 km au sud d’Amsterdam est entourée d’eau. Nous avons été hébergés dans un petit hôtel de la ville qui loue des barques en aluminium à motorisation thermique amarrées face à sa porte. Ces embarcations nous ont permis d’explorer les dédales d’un vaste polder, tantôt au milieu des champs, tantôt au milieu des habitations. Il s’agit de l’Hotel T’meertje à Vinkeveen.
Tél. : 0031297261261.
E-mail : infowww.hotelhetmeertje.nl

• Pour pêcher en Hollande, il faut se munir d’un Vispas (passe pêche) qui coûte environ 30 euros pour l’année, disponible sur Internet si l’on souhaite anticiper et gagner du temps sur place
www.sportvisserijnederland.nl/vispas/francais/

• Rudy peut vous guider, n’hésitez pas à le contacter. Il ne parle pas français, mais parle un anglais parfait.

Rudy van Duijnhoven
Hollands Klooster 18, 6562 JE Groesbeek
The Netherlands
Tél./fax : 0031243974417. E-mail : rvd.angling.slide@tip.nl
www.rvd-image.nl

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