Sacré permit !

Pour Kathleen et Jean-Pierre Piccin, réussir à leurrer des permits (Trachinotus falcatus) semblait il y a peu encore une utopie, tant ce poisson les a, par le passé, fait tourner en bourrique. Mais, l’an dernier, la réussite a été au rendez-vous, et le bonheur fut immense !

Par Kathleen et Jean-Pierre Piccin

Ciel et mer se confondent et s’unissent pour effacer l’horizon uniformément gris. Suivant les conseils de Dick qui vient de vérifier les prévisions météo, nous nous équipons pour affronter l’orage tandis que les lanchas, qui jouent à saute-mouton au-dessus de la mer bien formée, nous emmènent vers les flats. Cela fait déjà trois jours que nous traînons dans la baie de l’Ascension et, bien que les conditions ne soient pas trop mauvaises nous n’avons pas eu la chance d’attaquer convenablement un seul permit.
Bien sûr, nous nous sommes défoulés sur les bonefishs, mais un sentiment de frustration commence à nous envahir. Ce ne sont pas les conditions climatiques désastreuses de l’année dernière qui pourraient expliquer notre bredouille, cette année nous avons pu croiser du regard de nombreux permits, mais ils se sont rapidement fondus dans le bleu des Caraïbes. Nous en avons surpris en bateau, les avons poursuivis à grandes enjambées, à pas de loup, et parfois presque à la nage, mais à chaque fois sans succès.

Hier, jour de mon anniversaire et jour de Pâques, dans une mer très agitée, nous avons péniblement passé deux caps et parcouru une soixantaine de kilomètres pour pêcher la zone très peu fréquentée de Sancti Spiritus.
Autant de coïncidences durant la semaine sainte ne pouvaient être qu’un signe de destin, mais c’était sans compter sur Eole qui a voulu être de la fête et, tandis qu’on essayait de lancer, nous a appris pourquoi la vitesse du vent se mesure en noeuds ! Dans l’immense baie inchangée depuis sa découverte par Christophe Colomb, où l’air du large et les nuages s’engouffrent, tant bien que mal, pendant plusieurs heures nous avons couru derrière quelques palometa qui ont continué à nous snober ! A présent, sans trop d’entrain, recroquevillé et emmitouflé dans ma capuche, je pense à ce que me disait Carlos, un de mes guides de l’an dernier : “Le vent n’est pas gênant ! Même s’il y a de belles vagues sur le flat, on peut quand même repérer quelques tailings. En revanche, sans soleil c’est une tout autre histoire…” Sans hésitation, telle une flèche, notre bateau se dirige vers un cayo, qui abrite du vent, un magnifique miroir où comme par enchantement de timides rayons du soleil semblent faire un pied de nez aux météorologues.

A peine le temps de nous ébrouer et de prendre nos cannes, prêtes de la veille, que déjà Jonathan murmure “agua nerviosa”, en montrant du doigt une cinquantaine de permits en train de déjeuner bruyamment dans quelques centimètres d’eau. Tandis que je sors le matériel vidéo tout en m’interrogeant si je ne rêve pas, j’entends comme une explosion et le doux chant d’un moulinet.
Un permit vient d’être ferré et, prenant peur, tout le banc s’éloigne à vive allure vers des eaux plus profondes.

Après avoir d’abord joué au bolide pour rejoindre ses compères et se sentant à la traîne, de toutes ses forces le poisson réussit… à tirer des sourires à Kathleen. Ce n’est qu’à une centaine de mètres qu’il semble contrarié par le frein bien serré du moulinet, mais il poursuit son bonhomme de chemin encore une quarantaine de mètres, vidant dangereusement le backing. En basculant la canne d’un côté puis de l’autre, Kathleen commence à le déséquilibrer et, comme elle sait si bien le faire, lui fait tourner la tête. Après avoir subi un tel manège durant une vingtaine de minutes, le permit se met à battre de l’aile mais ne paraît jamais tout à fait épuisé. Enfin, entre nos mains, lors de l’explosion de joie, incrédule, il semble écarquiller d’étonnement son oeil déjà énorme ! Il y avait si longtemps que nous avions projeté de pêcher ce poisson mythique et si longtemps attendu cet instant ! Combien de fois ils étaient venus voir nos imitations de crabes, parfois en les suivant presque jusqu’à nos pieds, et combien de fois ils les avaient refusées au dernier moment, en leur faisant parfois de petites bises du bout de leurs lèvres pulpeuses. Après quelques photos de cet élégant médaillon d’argent miroitant au soleil, nous le remettons dans son écrin turquoise et le laissons filer vers le large et vers nos meilleurs souvenirs.

Tout en rejoignant le bateau afin d’essayer de retrouver le banc, Charly nous indique du doigt un bel aileron noir et pointu qui brise les vaguelettes. Aussitôt, je prends mon matériel et le suis dans la direction indiquée, d’abord rapidement puis avec discrétion au fur et à mesure que nous nous rapprochons du poisson.
Il est à présent à une trentaine de mètres, grignotant tranquillement son petit déjeuner. On se rapproche de 5 ou 6 mètres. Il change de table pour déguster, plus loin, une autre friandise. Nous avançons encore, tandis qu’il refait la même chose… Cela fait une centaine de mètres qu’il nous promène sans que nous puissions lui prendre un centimètre. Son itinéraire étant parallèle au rivage, Jonathan a l’excellente idée de me proposer de rejoindre la plage et de courir pour le dépasser et couper sa trajectoire. Aussitôt dit, aussitôt fait, et la stratégie marche à merveille.
Nous le voyons arriver dans 50 centimètres d’eau, tranquille. Je lance plusieurs mètres devant lui mon crabe qui, sur le fond sablonneux blanc, ne peut passer inaperçu. Il approche puis fait un crochet en s’éloignant du leurre. Je dois relancer. Je ramène doucement ma ligne et accroche un corail. Si près du but, vais-je encore gâcher cette opportunité ? J’incline la canne sur le côté, tire délicatement et, par chance, décroche ma mouche.

Je dois me presser car dans quelques secondes le permit sera hors de portée. Sans difficulté, le vent m’étant pour une fois favorable, j’envoie mon crabe au-delà des 20 mètres, juste devant mon poisson, puis l’anime lentement. Léger toc, ferrage, gros bouillon à la surface de l’eau, démarrage foudroyant, tout se précipite à une telle vitesse que je me contente de lever la canne. Après de longues minutes à la limite de la rupture, envolés les départs à tire-d’aile, enfin je parviens à retrouver mes repères, à le fatiguer et le ramener près de Jonathan, qui s’en saisit. Tandis que nous crions de joie, levé vers le ciel tel un trophée, sa queue semble faire le “V” de la victoire en l’honneur de toute l’équipe. Enfin !

Guide pratique

Où dormir

En arrivant à Cancun il est possible de dormir sur place, mais si on désire être plus tranquille et prendre un peu de repos avant la pêche nous conseillons d’aller jusqu’à Tulum et de louer, à des prix très raisonnables, une cabane sur la plage.

www.ecotulum.com

Séjour pêche

Pour le séjour pêche à Punta Allen, il est possible une fois sur place de louer un appartement et de faire appel à un des nombreux guides de pêche. Dans ce cas, il est indispensable de parler un peu l’espagnol et d’avoir assez de temps.
Pour ceux qui souhaitent un séjour organisé de grande qualité, le Palometa Club conviendra parfaitement. Situé au bord de la plage, au coeur du village Punta Allen, il est le seul qui permette d’apprécier, le soir, l’ambiance mexicaine.

www.palometaclub.com

PARTAGER l’ARTICLE

Laisser un commentaire

Je préfère commenter avec facebook ->