Renouée du Japon, le cancer de nos rivières !

En une quinzaine d’années, la renouée du Japon est passée du stade de curieuse plante décorative à celui de plante envahissante inscrite sur la liste des pires ennemies des cours d’eau. Son évolution est désormais galopante dans une bonne partie du pays. Voici comment la reconnaître, connaître son mode de reproduction et limiter son extension.
Par Luc Schmitt 

 Nous avions publié un article “préventif” en 1998 sur les risques de voir se développer de façon galopante une plante envahissante qui trouve sa place essentiellement sur les rives des cours d’eau. Aujourd’hui, la situation est très grave dans bien des régions. La renouée du Japon (Reynoutria japonica) est présente en Europe comme plante fourragère et d’ornement dès 1823. Son origine se situe en Extrême-Orient où l’on trouve également une autre espèce, Reynoutria sachalinensis,dite renouée de Sachaline, également importée quelques années plus tard sur le sol européen. Depuis, une espèce hybride est également de la partie : Reynoutria. X bohemica. Ces

trois espèces très semblables sont présentes dans tout le pays avec à degrés variables. Certaines régions ont vu leurs rivières étouffées en quelques années. C’est le cas des Vosges, de la Haute-Savoie et bientôt de la Franche- Comté. La renouée du Japon est la plus répandue, alors que la renouée de Sachaline est nettement moins représentée et les avis sont partagés concernant la distribution de l’espèce hybride. Pourtant, de nombreux spécialistes considèrent la renouée hybride

 comme étant en forte expansion. Ces trois plantes vivent dans le même type d’habitat : au bord des cours d’eau, qu’ils soient de plaine ou de moyenne montagne.

Sachaline

En quelques années, la renouée

du Japon et deux amies ont envahi des centaines de kilomètres de berges, et ça ne fait sans doute que commencer. Ci-dessus, les feuilles allongées de la renouée de Sachaline, qui cause les mêmes problèmes.

Comment la reconnaître ? 

 La renouée du Japon est une plante vivace reconnaissable autant par ses feuilles, ses tiges que ses fleurs. La tige est rouge sombre, lisse, creuse et droite. Les feuilles pétiolées sont d’un vert tendre en forme de coeur pour un diamètre d’environ 10 cm sur un sujet adulte. Elles sont munies d’une ochréa (gaine membraneuse naissante à la base des feuilles et entourant la tige). Les fleurs sont blanc crème et se situent sur le dessus des plantes. La floraison a lieu dans le courant de l’été jusqu’en septembre. La renouée du Japon est dioïque, c’est-à-dire que les fleurs mâles et femelles sont séparées et sur deux pieds différents. La plante peut atteindre 2 à 3 mètres de hauteur au maximum. Des rhizomes souterrains épais, souvent profondément ancrés dans le sol, assurent la survie des massifs au fil des saisons. Contrairement à la renouée du Japon, la renouée de Sachaline peut atteindre 4 mètres de hauteur, les feuilles pétiolées mesurent jusqu’à 40 cm de long, leur limbe est en forme de coeur à la base. L’hybride est fort probablement né dans les zones nouvellement colonisées par les parents, il prend généralement des caractéristiques partagés.

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En haut, à droite de l’image, les cannes desséchées d’un petit massif de renouée du Japon.

Biologie et mode de reproduction 

 En Europe, les plants de renouée du Japon sont toujours femelles. La reproduction est exclusivement végétative. La renouée sachaline est représentée par des pieds femelles et mâles, une reproduction sexuée est possible. Issue d’une hybridation entre la renouée du Japon et la renouée de Sachaline, la renouée hybride peut également se reproduire par voie sexuée. Dans nos contrées, la dissémination par des graines ne joue cependant pas un rôle important. Les jeunes plantes sont très sensibles au gel et ne survivent souvent pas. Par contre, à partir de petits fragments de rhizomes, les trois sont capables de développer des grandes plantes. Un fragment de rhizome suffit à donner un plant. On les trouve sur les bords des cours d’eau, mais aussi le long des chemins, des routes, des voies ferrées, les déblais, etc. C’est souvent l’apport de terre qui est à l’origine du développement d’un nouveau massif. Les renouées sont présentes en Amérique du Nord, en Australie et Nouvelle- Zélande. En Europe, on les trouve de Scandinavie jusqu’au sud de la France, des îles Britanniques jusque dans les Balkans. La renouée de Sachaline manque dans les zones chaudes du Sud. Chez nos voisins suisses, on trouve les trois espèces dans tout le pays, ce qui signifie que les régions et pays frontaliers sont également touchés. 

Renoué et Sachaline

une feuille de renouée du Japon à droite, et de renouée de Sachaline à gauche.

Effets sur les cours d’eau

 La renouée du Japon figure sur la liste des 100 espèces exotiques envahissantes les plus nuisibles (liste établie par l’UICN, Union internationale de conservation de la nature). Les populations très denses sont une menace pour la flore indigène. Les renouées ont une croissance très rapide, elles passent l’hiver sous forme de rhizomes profondément ancrés dans le sol et sont donc difficiles à éliminer. Le feuillage dense apporte de l’ombre et empêche le développement d’espèces indigènes. La croissance rapide de la plante, combinée à une multiplication végétative efficace, aboutit à la formation de grandes populations monospécifiques. En populations denses, ces plantes favorisent également l’érosion sur les berges des cours d’eau. Les tiges aériennes meurent en hiver et laissent du sol nu exposé à l’érosion. Cette érosion profite grandement à la plante car les crues dispersent d’autant mieux les rhizomes.

Triste spectacle que l’on peut observer sur de nombreuses rivières chaque hiver (le Gier dans la Loire, le Coudoulous dans le Gard, la Furieuse dans le Jura, les Usses en Haute-Savoie, la haute Moselle dans les Vosges, etc.).

Renoué l'hiver

L’hiver, les plants sont secs et se font balayer par les crues.
Le terrain alors instable subit le même sort, emportant avec lui les rhizomes en aval.
C’est comme cela que la plante progresse. La manipulation de terre est le meilleur moyen de multiplier la renouée du Japon. C’est pour cela qu’on la trouve souvent le long des berges remblayées.

La prévention plus que la lutte

 Les trois renouées sont très difficiles à éliminer. Une seule plante développe des rhizomes dans un rayon de 7 mètres et jusqu’à une profondeur de 3 mètres. Les moyens de lutte étant très limités, il faut déjà éviter au maximum son expansion. A cet effet, plusieurs recommandations sont à respecter à la lettre :

– Ne pas disséminer les plantes. Une tige coupée en contact avec le sol développera un nouveau rhizome en quelques jours si les conditions sont favorables.

– Ne pas disséminer les rhizomes. Un infime morceau de rhizome redonnera une plante, qui elle-même donnera un massif, qui à lui seul peut coloniser une vallée entière ! 

 – Ne pas la transporter. 

– Ne surtout pas mettre sur le compost du jardin. 

– Les outils ou récipients qui auraient servi à manipuler de la terre où peuvent se trouver des rhizomes doivent être nettoyés avec attention. 

La terre que l’on a récupérée doit être jetée (réseau de ramassage des déchets et incinération). L’incinération reste le moyen le plus efficace pour les éliminer. Des bons résultats ont été obtenus par compostage sur des compostières professionnelles (avec une phase d’hygiénisation). Cette technique peut être intéressante pour des terres infestées. La plus grande vigilance est donc demandée lors du transport et du traitement sur place. 

De leur côté, la SNCF et la DDE semblent baisser les bras tant cette lutte engendre des coûts considérables. Le bord des voies de chemin de fer et les routes sont pourtant les deux terrains préférés de la renouée du Japon pour gagner du terrain. Communiquons Il importe d’effectuer une très large campagne d’information dans les fédérations départementales de pêche, les AAPPMA, les mairies, pour que pêcheurs randonneurs, chasseurs, évitent de manipuler ces plantes (en croyant bien faire). S’il est encore possible de freiner le phénomène, il semble utopique aujourd’hui de vouloir l’enrayer. Il faudra donc vivre avec en attendant une solution miracle qui n’existe pas aujourd’hui.



L’autre poison des cours d’eau mais surtout des zones humides et des marais, c’est la balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera). Les premières graines ont été expédiées au Jardin botanique de Londres en 1839. Au début des années 1960, des ouvrages font état de sa présence dans la plaine rhénane d’Alsace et à l’ouverture des vallées vosgiennes. Si son expansion reste beaucoup moins spectaculaire et rapide quecelle de la renouée du Japon, la balsamine de l’Himalaya poursuit cependant son extension en Alsace, en Bourgogne, jusqu’au sud de la région parisienne. Elle est signalée dans une moindre mesure dans une bonne vingtaine de départements.
Son système racinaire est plus développé que celui de la renouée du Japon. Un petit bout de racine donne une nouvelle plante. Autre différence notoire avec la renouée du Japon, notre hôte himalayienne possède un système de propagation de ses graines étonnant. Il suffit qu’un insecte, un oiseau, ou un passant touche la fleur pour que les graines – contenues dans une capsule – s’éjectent à plus de 6 mètres autour de la plante ! Une plante peut produire jusqu’à 700 graines. Pour lutter contre l’expansion de la plus grande des impatiens, la technique de fauchage est efficace, le but étant d’éviter la floraison.
Balsamine

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