Le Complot contre la Pêche

Secrétaire d'état.

La secrétaire d’État Chantal Jouanno avec Claude Roustan (à droite) au dernier salon de l’agriculture.

Sous couvert d’uniformiser la gouvernance des pêcheurs de loisirs, les dirigeants de la FNPF, s’apprêtent à imposer, sans la moindre concertation, une réforme qui dans plusieurs régions va ruiner vingt ans de gestion raisonnable des rivières de France. Anatomie d’un complot où autoritarisme et démagogie font bon ménage.

Nous n’avons jamais démenti, dans ce journal, le jugement sévère que nous portions sur l’organisation de la pêche de loisirs en France : le régime associatif qui est au coeur du système s’est montré incapable de promouvoir une gestion responsable de la ressource, pas plus qu’il n’a su défendre l’eau, les poissons, les pêcheurs contre tout ce qui les menaçait.
Nous l’avons dit souvent : la pêche française est l’une des plus mal gérées au monde, et l’inefficacité de ses responsables a sa part dans l’effondrement des populations de pêcheurs.
Mais nous ne pensions pas que cette incurie puisse un jour déboucher, sous couvert d’améliorer les choses, sur ce qu’il faut bien appeler un coup d’Etat des actuels dirigeants de la Fédération nationale de la pêche française, un véritable complot ourdi contre ceux-là même qui les ont faits rois.

De quoi s’agit-il ? Le projet de réforme de M. Roustan, l’actuel président de la FNPF, consiste en une incroyable centralisation des pouvoirs et des règlements, définie sur la base du plus démagogique des dénominateurs communs pour donner aux pêcheurs l’illusion d’une gestion qui remettrait du poisson dans les rivières par la magie d’une association stratégique entre pisciculture et méthode Coué.
Sans se soucier de gestion patrimoniale, de qualité des rivières, de maîtrise sérieuse des prélèvements. En rayant d’un trait de crayon les dizaines d’années de travail d’AAPPMA et des fédérations vertueuses dont le seul tort est d’avoir tenté et souvent réussi à gérer leurs rivières sans démagogie ni gaspillage de l’argent des pêcheurs.
Le projet de M. Roustan, son grand oeuvre, est de mettre au pas ces bons élèves de l’écologie des rivières pour que règne la médiocrité halieutique, et qu’on laisse les pisciculteurs prospérer. Et sa réforme, Monsieur le Président entend l’imposer à la façon des dictateurs, en prenant autant de gants qu’un liquidateur de multinationale fermant son usine au Mozambique.
Le problème est que M. Roustan est un élu.

Son attitude nous amène à la question suivante : ou la pêche de loisirs est gérée par le système associatif (ce qui n’a pas que des avantages) et, à ce moment-là, il faut jouer le jeu de la démocratie associative, ou bien la pêche est une affaire d’Etat, de spécialistes, ou de promoteurs de tourisme et de loisirs, et on ne voit pas ce que viennent faire à sa tête une poignée de hiérarques assez mal élus, sans compétence particulière pour les différents niveaux de gestion que le sujet requiert.
En décidant seuls dans leur coin de ce que doit être le nouvel ordre de la pêche associative, M. Roustan et les siens ne font que trahir ceux qui les ont élus. Et ce coup d’Etat qu’ils nous disent vertueux est, nous semblet- il, le meilleur moyen d’aggraver encore la situation déjà pas terrible d’un loisir autrefois populaire.

A ce propos, nous avons mis ce journal sous presse la veille de l’ouverture de la truite.
Pour des milliers de pêcheurs, la saison s’est terminée le 13 mars au soir. C’est peut-être ça, la réforme Roustan : qu’il y ait à l’avenir une journée de la pêche, comme il y a une journée de la musique ou une journée des voisins. Ce sera bien suffisant pour faire le plein des congélateurs.

La rédaction

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