Franche-Comté: Une année noire pour les cours d’eau de première catégorie

Franche-Comté
Depuis le début des mortalités importantes de poissons sur la Loue et dans une moindre mesure sur le Doubs franco-suisse (voir notre dossier dans notre précédent numéro), la haute rivière d’Ain a subi à son tour un développement de cyanobactéries toxiques causant une forte mortalité de poissons de toutes espèces (truites, ombres, loches, chabots, vairons). Un arrêté préfectoral, pris le 26 août, a défini la zone concernée, qui débute aux Granges Bruant au niveau de Montigny-sur-Ain et se termine à l’entrée de la retenue de Blye. Ce secteur, qui correspond à la partie aval de la haute rivière d’Ain, se dégrade depuis de nombreuses années. Autrefois, il s’agissait de la “zone à ombres” parfaite de la haute rivière d’Ain, avec de grandes gravières et de l’eau fraîche toute l’année. Jusqu’à cet été, une population relictuelle d’ombres subsistait très difficilement et le parcours était connu pour abriter quelques belles truites. Ce qui se passe aujourd’hui sur ce parcours démontre une fois de plus que la qualité des eaux se dégrade. La limite de survie des poissons, comme les espèces citées plus haut, se décale chaque année un peu plus vers l’amont. Ce nouvel épisode confirme cet état de fait alarmant. Comme toujours avec les développements de cyanobactéries toxiques, les causes de leur présence sont multiples. Néanmoins le mauvais fonctionnement des stations d’épuration du secteur (celle de Montigny-sur-Ain pose des problèmes depuis des années) y est sans doute pour quelque chose, tout comme l’agriculture. Les services de l’Etat, la Fédération de pêche du Jura et les associations (FNE, CPEPESC) se mobilisent pour comprendre l’origine du problème et prendre les mesures qui s’imposent.
Pêche électrique d’inventaire sur la Loue :
un résultat sans surprise Ce fut l’une des plus importantes pêches électriques d’inventaire réalisée sur la Loue, avec une quarantaine d’agents de l’Onema, de l’ONCFS de la DDT et des collectivités locales, présents pour vérifier enfin l’ampleur des dégâts suite à la forte mortalité de poissons constatée en début d’année.
Le directeur général de l’Onema, Patrick Lavarde, avait fait le déplacement. Bel effort pour le patron de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, qui ne s’est pas attardé au chevet de la belle rivière, juste le temps de réciter un discours “officiel” devant les caméras de France 3 Franche-Comté, c’est-à-dire celui de la préfecture du Doubs, à savoir que ce qui s’est passé est dû à une faible pluviométrie et à un concours de circonstances naturelles. Même les agents des Renseignements généraux étaient sur place… pour tenter d’infiltrer les associations de défense de l’environnement. Heureusement ils ont été démasqués rapidement.
Voici pour l’ambiance… électrique elle aussi ! Ce qui ne ment pas, ce sont les faits. Une pêche électrique menée de main de maître par les agents de l’Onema et de l’ONCFS. Un véritable mur qui ne laissait que peu de chances aux poissons. Si la station de Mouthier-Hautepierre en amont de la rivière montrait une biomasse convenable, en aval, les stations d’Ornans (aval immédiat du Moulin de l’Omelon) et de Cléron – sur le parcours privé de la comtesse de Cléron, excusez du peu – ont révélé la quasi-absence de poissons adultes et un faible taux de juvéniles.
Après trois passages en règle, quelques dizaines de truites et d’ombres, dont plus des deux tiers de juvéniles, se retrouvèrent dans les bacs verts de l’administration. Il faudra attendre octobre pour avoir des informations sur le résultat de ces pêches. L’Etat aura beaucoup de mal à continuer de minimiser la catastrophe, en raison, d’une part, d’un nombre important de spectateurs de tous bords lors de ces pêches et, d’autre part, de cette bredouille historique. Les chiffres de 80 % de mortalité des poissons adultes, sinon plus, avancés par la simple estimation de nombreux connaisseurs de la Loue, devront être confirmés. Certes, la présence de juvéniles est rassurante, et l’administration ne manquera pas de se raccrocher à cette frêle branche pour préparer le retour à un bon état écologique du cours d’eau.
La méthanisation, une nouvelle menace pour la Loue Le projet d’unité de méthanisation de Reugney, situé sur le plateau d’Amancey, représente une menace environnementale supplémentaire pour le bassin versant de la Loue, rivière déjà bien fragilisée. Sous couvert d’avancées écologiques (biogaz, « valorisation des lisiers »), cette installation agro-industrielle est d’autant plus dangereuse que le procédé prévu est déjà technologiquement obsolète. Positif au plan énergétique, ce projet n’en constitue pas moins une aberration pour la sauvegarde de la qualité des eaux et desprairies. En effet, il prévoit l’épandage de produits plus nocifs, parce que beaucoup plus solubles et entraînables par les eaux (nitrates, phosphates) que les effluents agricoles traditionnels actuellement produits et épandus sur ce secteur du bassin versant de la Loue. Cette objection est flagrante tant au niveau qualitatif (augmentation de l’entraînement dans le sol karstique de l’azote « méthanisé » par rapport à l’azote issu de fumier) que quantitatif (apport de matières fermentescibles non agricoles actuellement extérieures au bassin versant). Le dossier technique renferme d’ailleurs bien des lacunes à ce sujet. Fallait-il masquer certaines réalités ? Il faut rappeler que le principe de la méthanisation réside dans le mélange d’effluents agricoles (fumier/lisier) avec d’autres matières organiques (déchets de l’industrie agroalimentaire, déchets verts) pour qu’il y ait fermentation et production de gaz. La partie restante (le digestat), équivalente pour l’environnement à du lisier de porc, plus nocif que les fumiers, est épandue aux alentours de l’unité. Les parcelles visées par cet amendement devront supporter en plus des produits azotés issus des élevages locaux, ceux des matières organiques exogènes, puisque le processus de méthanisation ne consomme pas d’azote mais le transforme en une forme plus nocive.
L’équivalent de trois porcheries industrielles
En l’état, le projet représente l’équivalent en pollution de trois porcheries industrielles, telle que celle de Bolandoz ou de Septfontaines (d’environ 3 000 porcs chacune NDLR) ! Ce qui ne pourra que contribuer à apporter encore plus de nutriments dans la Loue et à y augmenter l’eutrophisation déjà galopante. Pourtant des solutions alternatives, développées chez nos voisins Suisses (et bientôt en Bretagne), existent pour concilier la protection des eaux et des prairies avec la production d’énergies renouvelables à partir de biogaz en exportant les excédents d’azote, après desséchage, hors du bassin versant vers des zones déficitaires. La CPEPESC* s’interroge : Comment un tel projet, aussi imparfait et allant à l’encontre du développement durable et des critères de l’AOC Comté, peut-il être autorisé en l’état ? Et pourquoi bénéficie- t-il d’aides publiques de l’Ademe et surtout du conseil régional de Franche-Comté (300 000 euros, NDLR), dans un contexte où tout le monde prétend s’émouvoir du sort de la Loue ? Vous trouverez l’argumentaire global de la démonstration qui est faite ici sur le site Internet de la CPEPESC.
Commission de protection des eaux du patrimoine, du soussol et des chiroptères (www.cpepesc.org)

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