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La chaîne trophique des étangs
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DOSSIERS - La chaîne trophique des étangs

Le 29/02/2012

Part 3 : Végétaux aquatiques, poissons, avifaune, etc.

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Végétaux aquatiques, poissons, avifaune, etc.
Ce volet consacré à la chaîne trophique des étangs vient clore une série d’articles riche en enseignement sur la vie de ces pièces d’eau dont on ne soupçonne pas la complexité de fonctionnement, mais aussi la fragilité. Désormais vous verrez les étangs, théâtre de vos exploits halieutiques, d’un œil averti !


Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet


Ce troisième article d’une série destinée à permettre une meilleure compréhension du fonctionnement biologique des étangs, lacs et gravières, clôt la description des éléments essentiels de la chaîne trophique. Dans les deux précédents, nous avions évoqué les compartiments eau, sédiment, phytoplancton, zooplancton, les insectes aquatiques et les crustacés. Nous terminerons ici avec les macrophytes, les poissons, l’avifaune et les autres espèces animales.


La végétation aquatique



On recense dans les plans d’eau environ 100 espèces de bryophytes ou mousses, 15 000 espèces d’algues (y compris les micro-algues déjà évoquées dans le précédent article) et 200 espèces d’angiospermes ou plantes à fleurs. Il serait illusoire d’en passer ici en revue l’ensemble des familles. Nous aborderons simplement le cas des végétaux supérieurs, à la fois indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème et source de problèmes lorsqu’ils prolifèrent.

On classifie généralement ces végétaux selon la nomenclature suivante :
- Végétaux dressés ou hélophytes (joncs, roseaux, iris…)
- Végétaux flottants ou à feuilles surnageantes (potamots, nénuphars, lentilles d’eau…) ou hydrophytes flottants
- Végétaux immergés (élodées, cératophylles, myriophylles…) ou hydrophytes immergés.


Les végétaux dressés



Les végétaux dressés ou hélophytes, dont les plus typiques sont les phragmites, les typhas, les iris et autres joncs et carex, ont, en conditions d’eau normales, la plus grande partie de leurs feuilles et leurs fleurs émergées et les pieds dans l’eau. Ils extraient les éléments nutritifs minéraux contenus dans le sol au moyen de leurs racines, mais utilisent le gaz carbonique et l’oxygène contenus dans l’air pour se développer. Ils constituent une protection efficace des digues et des berges contre l’érosion et le batillage en jouant le rôle de “brise- vagues” et sont nécessaires à leur stabilité. Ces végétaux captent une grande part des nutriments et polluants pouvant ruisseler dans les plans d’eau qu’ils ceinturent et jouent souvent un rôle très important dans l’épuration du milieu. Ils sont d’ailleurs à la base des stations d’épuration sur rhizosphères (où les effluents circulent au travers d’un réseau dense de leurs rhizomes ou racines). Leur mise en place est souvent possible en replantant des portions de rhizomes. La répartition de ce type de végétation est fonction de la profondeur de la bordure du plan d’eau. L’espèce la plus invasive, Scirpus lacustris, peut se développer jusqu'à une profondeur de 110 cm. Généralement, la profondeur favorable aux hélophytes s’étale de 20 à 70 cm.


Les végétaux flottants


Certains sont enracinés dans le sol, où ils puisent les éléments nutritifs, alors que leurs feuilles, pourvues d’un revêtement cireux (cas typique des nymphéas ou nénuphars), flottent à la surface de l’eau. D’autres ont des racines pendantes leur permettent de prélever, dans l’eau, des éléments minéraux. Les lentilles d’eau (genre Lemna), qui font partie de cette famille, se développent en général dans des eaux très riches (apports importants d’eaux résiduaires). Les stomates situés à la surface des feuilles absorbent le gaz carbonique de l’air et restituent de l’oxygène directement dans l’atmosphère.
Ces végétaux d’étangs calmes et bien abrités du vent forment un écran qui gène la pénétration des rayons du soleil sous l’eau et donc la photosynthèse, limitant la production de phytoplancton ou le développement d’une végétation aquatique diversifiée. Ils contribuent ainsi indirectement à désoxygéner l’eau. Leur présence exclusive sur des surfaces importantes d’un plan d’eau est néfaste. D’autres végétaux flottants comme certains potamots ou les renouées aquatiques, aux feuilles plus petites et moins couvrantes, ont un impact bien moins négatif.


Les végétaux submergés


La végétation aquatique submergée se développe en pleine eau. Chez certaines espèces, de petites feuilles et/ou des inflorescences peuvent apparaître à la surface (cas des myriophylles, par exemple). La photosynthèse a lieu dans l’eau. Elle entraîne des variations d’oxygène et de pH importantes pendant le cycle jour/nuit. Ces plantes se multiplient facilement par voie végétative. En se bouturant, elles peuvent devenir rapidement envahissantes. Cet élément primordial doit être pris en considération dans le cadre de la régulation de la végétation aquatique. Un grand nombre de variétés hibernent sous forme de bourgeons à la surface du sédiment.
Les familles les plus fréquemment rencontrées dans les étangs sont : Myriophyllum, Ceratophyllum, Potamogeton, Renonculus, Elodea. Ces plantes ont la réputation d’être oxygénantes, et donc bénéfiques pour le milieu. Leur prolifération peut toutefois être néfaste. En effet, si ces végétaux produisent de l’oxygène dans la journée, par le biais de la photosynthèse, ils en consomment la nuit en respirant (phénomène inverse où le végétal produit du gaz carbonique) et peuvent dans certains cas générer des anoxies (déficits en oxygène) nocturnes. La quantité de végétaux admissible dans un étang peut être guidée par sa vocation et son utilisation. Il peut être tentant de les éliminer pour favoriser la pêche. Il convient alors de rappeler qu’ils constituent un support, un garde-manger, une cache… pour de nombreuses espèces allant des diatomées aux poissons, en passant par les invertébrés aquatiques Il sont indispensables à la reproduction de nombreuses espèces piscicoles.


Les algues filamenteuses



Il existe des sous-groupes que l’on ne classe pas dans les végétaux supérieurs : celui des algues filamenteuses, parmi lesquelles on trouve les fréquentes spirogyres, mais également les Cladophora, Enteromorpha, etc., celui des algues de croissance secondaire, siliceuses, vertes, bleues, qui adhérent, par le biais de supports constitués d’agrégats gélatineux, à la surface des végétaux aquatiques ou à des matériaux inertes (pierres, ouvrages…), où elles forment des dépôts glissants. L’invasion régulière d’un plan d’eau par les algues filamenteuses traduit souvent de graves déséquilibres. Les apparitions ponctuelles de ces algues sont moins alarmantes.


Les poissons


Il s’agit des derniers maillons de la chaîne alimentaire aquatique, hors prédateurs extérieurs. Dans un plan d’eau non rempoissonné régulièrement, leur présence en nombre et leur répartition sont fonction des nombreux paramètres : richesse en nourriture, supports de reproduction, potentiel d’abris et de nourrissage pour les juvéniles, diversité des milieux… En cas d’empoissonnement, la proportion relative des diverses espèces introduites, et leur quantité dépendront tout autant de la vocation de l’étang (pêche de loisirs, production piscicole…) que de l’aptitude du milieu à favoriser le développement de telle ou telle espèce. Il doit aussi être tenu compte des contraintes légales, qui interdisent l’introduction d’espèces non autochtones ou susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques dans les eaux libres. L’introduction d’espèces considérées comme autochtones : brochets, sandres, perches, black-bass, est proscrite dans le cas d’étangs en communication avec un cours d’eau de première catégorie (à prédominance salmonicole). On distingue grossièrement trois grands groupes de poissons dans la plupart de nos plans d’eau :


Les cyprinidés


Brème, gardon, rotengle, carpe, tanche, goujon, carpes « chinoises » (amour blanc, argenté, marbré), carassin… appartiennent au groupe des cyprinidés. Le régime alimentaire de ces espèces est souvent mixte. Elles peuvent consommer des animaux benthiques, du zooplancton, du phytoplancton, des nutriments organiques inertes, voire des végétaux. Notons le cas particulier des carpes chinoises, qui sont strictement herbivores ou consommatrices de phytoplancton ou de zooplancton, selon les espèces. Les cyprinidés constituent le poisson fourrage consommé par les espèces carnassières.


Les carnassiers


Brochet (ésocidé), sandre et perche (percidés), silure (siluridé) et black-bass (centrarchidé) constituent l’essentiel du groupe des carnassiers. On peut y ajouter dans certains cas (avec les limites des paramètres physico-chimiques de l’eau) les salmonidés : truites fario et arc-en-ciel, saumon de fontaine... La cohabitation de plusieurs espèces carnassières est généralement difficile au sein d’un étang, dans la mesure où il existe une compétition interspécifique. Plus la surface en eau est importante et les milieux diversifiés, plus cette dernière est harmonieuse.


Les espèces indésirables


Le caractère indésirable de certaines espèces est lié à leur potentiel proliférant, à la prédation ou à la concurrence qu’elles exercent sur les autres espèces. Leur introduction peut conduire à la disparition de peuplements autochtones. Rentrent dans ce classement les poissons-chats, les perches soleil, les grémilles ainsi que, depuis une époque plus récente, les Pseudorasbora. Ce petit poisson, originaire du Japon (sa forme n’est pas sans rappeler celle de certains poissons nageurs japonais), a tout d’abord été introduit dans les pays de l'Est. Il a ensuite colonisé nos eaux via des importations de poissons. Le transport de ces espèces vivantes est interdit. L’équilibre piscicole optimal d’un étang repose sur une répartition harmonieuse d’espèces qui valorisent l’ensemble des compartiments trophiques. En cas d’apparent déséquilibre des populations, une approche précise du milieu est indispensable en préalable à tout empoissonnement.


L’avifaune



Les oiseaux fréquentant les étangs peuvent être sédentaires ou migrateurs. Les populations les plus importantes et impactantes sont constituées par les palmipèdes (canards de diverses espèces, oies, cygnes…). La quantité de canards sédentaires admissible sur un étang est fonction de la qualité initiale du milieu ainsi que des conséquences biologiques liées à leur présence. Ils participent à l’équilibre écologique global, en valorisant des niveaux trophiques non exploités par les espèces piscicoles, mais leur présence en excès sera néfaste, surtout s’ils sont nourris. Leur présence en surnombre peut avoir des répercussions sérieuses sur le milieu aquatique par un excès de fertilisation et une dégradation de la qualité bactérienne de l’eau liés à leurs déjections.
Les foulques, infatigables consommatrices de végétation aquatique, peuvent aussi être présentes en grand nombre sur les plans d’eau. Elles jouent probablement un rôle important dans le bouturage des macrophytes immergées qu’elles consomment.
Les oiseaux ichtyophages (ou piscivores) sont aussi des hôtes des étangs. Cette partie de l’avifaune, qui regroupe les hérons, grèbes, martins-pêcheurs, butors, mouettes ou autres cormorans, joue également un rôle écologique de premier plan, en consommant les poissons malades ou affaiblis et en évitant ainsi certaines épizooties (épidémies chez les animaux). Depuis quelques années, on assiste cependant à l’explosion démo- graphique de certaines espèces, dont le grand cormoran. La présence massive de cet oiseau sur un étang compromet sérieusement l’équilibre piscicole, par consommation directe, blessure ou stress des poissons. Il est de plus un vecteur potentiel de pathologies, par ses déplacements d’un étang à l’autre. Les mesures de régulation prises à son encontre semblent être d’une portée limitée. A l’heure actuelle, et en dépit des campagnes de régulation qui sont menées (comptage des oiseaux avec définition de quotas de tir), la présence excessive de cette espèce dans certains secteurs pose toujours problème. L’avifaune apprécie les bordures d’hélophytes denses, où elle peut s’abriter, se reproduire et trouver de la nourriture.
Le milieu étang est fréquenté par une multitude d’autres espèces, pour lesquelles il représente une source de nourriture, d’abreuvement, un abri, un milieu de vie strict… Les plans d’eau et leurs berges sont des lieux très riches en insectes, batraciens, reptiles et même mammifères. Concernant ces derniers, on insistera plus particulièrement sur les espèces susceptibles de porter atteinte à la qualité du milieu et/ou des ouvrages. Citons notamment : les rats (surmulot), les rats musqués (ondatra), les ragondins (myocastor). Ces trois espèces creusent des galeries préjudiciables à l’intégrité des digues et des berges en générant des effondrements ou des fuites. Elles peuvent transmettre certaines pathologies dangereuses pour l’homme, telle la leptospirose. Cette dernière, dont l’agent infectieux est disséminé par l’urine de rat, véhiculée par l’eau, peut être mortelle. Ces rongeurs doivent donc faire l’objet d’une régulation (piégeage ou tir) selon des modalités définies par la loi.
Vous avez pu commencer à percevoir, à la lecture de ces trois articles, à quel point l’ensemble des compartiments de la chaîne trophique décrits sont interdépendants. Nous nous attacherons, dans de prochaines parutions, à décortiquer les mécanismes de l’apparition des déséquilibres les plus classiques. Cette approche vous permettra de mieux en comprendre les causes. Elle vous donnera des bases diagnostiques utiles pour mieux gérer un plan d’eau et aussi pour mieux pêcher !

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