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Gaz de Schiste
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DOSSIERS - Gaz de Schiste

Le 12/04/2011

Part 1 : Un péril nommé gaz de schiste

Environnement
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Les compagnies gazières ont trouvé le moyen d’exploiter le gaz naturel présent dans les fissurations de certains schistes, laissant présager de nouvelles ressources importantes pour satisfaire notre appétit énergétique. Seulement, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, de plus en plus de monde, scientifiques, écologistes ou simplement riverains, tire la sonnette d’alarme…


Par Samuel Delziani


Le progrès technologique n’a pas que du bon… Après les marées noires, les accidents dans les centrales nucléaires et les rivières détruites par les barrages hydroélectriques, notre soif d’énergie risque de créer un nouveau cauchemar. Ce nouveau drame sera provoqué par l’exploitation du gaz présent dans les fissurations de certains schistes, une exploitation nécessitant un procédé extrêmement lourd dont les conséquences environnementales, encore largement méconnues, inquiètent de plus en plus, que ce soit aux Etats-Unis ou en France. Des deux côtés de l’Atlantique des voix s’élèvent pour mettre en garde contre les effets de cette nouvelle source d’énergie fossile. La fracturation hydraulique, méthode qui permet l’extraction de ces gaz dans des strates très profondes (entre 1 000 et 3 000 mètres), est au centre des inquiétudes. L’idée est d’injecter à très forte pression un mélange d’eau, de sable et de nombreux produits chimiques (entre 500 et 2 000 produits différents) afin de pulvériser la roche et ainsi accéder aux poches de gaz. Ce cocktail comprend des gélifiants, des anticorrosifs, des biocides, des adjuvants et beaucoup d’autres produits chimiques, dont les effets sur l’environnement sont parfois encore mal connus.
Cette méthode est comparée volontiers à la création de tremblements de terre en miniature. Parmi ces produits chimiques, certains sont connus pour être des substances cancérigènes, notamment le benzène.
Aux Etats-Unis, les eaux superficielles et les nappes phréatiques ont été touchées. L’impact sur l’environnement et le cadre de vie de la population vivant à proximité des zones d’extraction a été terrible. En effet, il faut créer des puits tous les 500 mètres, ce qui forcément laisse des cicatrices sur les paysages. Mais l’enjeu économique est extrêmement important, puisqu’on estime que les réserves de gaz naturel non Un péril nommé gaz de schiste conventionnel sont deux fois plus importantes que les réserves de gaz naturel conventionnel. Aux Etats- Unis, les gaz de schiste sont devenus la deuxième source d’énergie du pays et permettent d’y chauffer plus de la moitié des foyers.


Une étude plus qu’inquiétante


Un documentaire, Gasland, réalisé par un journaliste indépendant nommé Josh Fox a jeté un pavé dans la mare. Josh Fox donne ici la parole à ces Américains oubliés qui vivent les conséquences tragiques de ces puits s’élevant au fond de leur jardin. Ils polluent l’air qu’ils respirent et l’eau qui sort de leur robinet. L’image 7 de cet habitant du Colorado allumant de son briquet une imposante flamme à la sortie de son robinet a de quoi faire frémir… Le lobby pétrolier américain a fait du journaliste une de ses cibles favorite. Lobby qui a de puissants appuis à Washington. Ainsi, le réalisateur a depuis été inscrit à la liste de surveillance des terroristes du département américain de la Sécurité intérieure.
Le New York Times a publié le 26 février une enquête exhaustive sur les conséquences environnementales de cette exploitation, notamment en analysant près de 30 000 pages de documents confidentiels produits par l’EPA, l’agence de protection de l’environnement américaine.
Ce document estampillé “confidentiel” a été fourni par un officiel de l’agence. Le tableau dépeint par ces données a de quoi donner des sueurs froides. Ainsi, chaque puits produit plus d’un million de litres d’eaux usées et parfois jusqu’à quatre millions ! Sachant qu’aujourd’hui il existe 493 000 puits en exploitation aux Etats-Unis, répartis dans 31 Etats, et que chaque puits peut être “hydro fracturé” jusqu’à 18 fois, ces chiffres font froid dans le dos.
Cette enquête révèle également que l’eau ainsi rejetée est parfois radioactive. Ainsi, en Pennsylvanie, on a observé la présence de radium (jusqu’à 1 500 fois le seuil toléré par l’administration fédérale) et d’uranium (jusqu’à 25 fois le seuil toléré). Dans la même région, la présence de benzène est également préoccupante (jusqu’à 250 fois le seuil toléré).
Loin de prendre parti contre ce type d’exploitation, créatrice d’emplois et assurant une plus grande indépendance énergétique du pays, le quotidien déplore surtout la complaisance des autorités responsables envers l’industrie. Aujourd’hui, la remise en question gagne du terrain outre-Atlantique. Devant ces conséquences environnementales, l’Etat de New York a ainsi décidé un moratoire sur l’exploitation de ces puits afin de protéger ses réserves en eau potable.


En France, la résistance s’organise


En France, ce n’est pas moins de 20 000 personnes qui ont arpenté le pavé de Villeneuve-de-Berg en Ardèche, le 26 février dernier, pour dénoncer les risques de pollutions liés à l’exploitation du gaz de schiste. Dans une ville qui compte 3 000 âmes, on peut dire que c’est une mobilisation d’envergure.
Schuepbach Energy et GDFSuez ont obtenu un permis pour explorer 930 km2 autour de Villeneuve, soulevant des inquiétudes légitimes dans une région où le cadre de vie est également un enjeu économique, avec l’importance vitale des secteurs de l’agriculture et du tourisme. Les autorités françaises ont permis à des sociétés françaises (dont Total et GDF Suez) et étrangères d’explorer le sous-sol à la recherche du précieux gaz sans aucune consultation préalable, sans aucun débat contradictoire. Et cela sur près de 10 % de l’ensemble du territoire ! Selon des estimations du groupe Total, publiées par le quotidien économique Les Echos, les gisements du sud de la France renfermeraient 2 380milliards de mètres cubes de gaz, soit cinquante ans de consommation pour tout le pays. Les groupes français ont conclu des partenariats avec des entreprises américaines, car ce sont les seules qui maîtrisent les techniques d’extraction.
En mars 2010, Jean-Louis Borloo a signé trois arrêtés autorisant l’exploration sur de grandes parties du territoire, parmi les plus sauvages de France. Cette zone s’étend du Larzac à la Drôme en passant par l’Ardèche et les Cévennes ! On commence également à se mobiliser en Seine-et- Marne où un permis d’exploitation a été accordé autour de Château-Thierry, un préforage sur la commune de Doue a d’ailleurs été réalisé sans qu’aucun élu local soit informé. Une manifestation réunissant plusieurs milliers de personnes a été organisée à Doue le 5 mars dernier en présence de José Bové, le député européen étant à la pointe du combat hexagonal contre l’exploitation des gaz de schiste.


Egalement présents, des élus locaux, des associations, des riverains inquiets et même des Ardéchois venus soutenir la cause des habitants de la Seine-et- Marne. Devant la contestation grandissante, Natalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, a déclaré la suspension de l’exploration lors d’un déplacement en Dordogne le 17 février dernier. Elle a également mis en place une commission d’évaluation sur le sujet. Ainsi, elle a affirmé que si on ne pouvait pas trouver une technique différente, respectueuse de l’environnement, pour l’exploitation de ces gaz que celle utilisée aux Etats-Unis, la suspension serait maintenue. Décision qui ne suffit pas aux opposants, qui réclament l’abrogation pure et simple des trois permis d’exploration. Selon la ministre, le code minier ne permet pas l’abrogation de ce type de permis. Pourtant, le gouvernement a, le 19 janvier, passé une ordonnance afin de réformer ce fameux code, simplifiant notamment les démarches à accomplir par les entreprises. Cette décision a été prise sans qu’aucun débat ait eu lieu à l’Assemblée nationale. Plus d’enquête publique pour les permis de recherche, passage du permis de recherche au permis d’exploiter extrêmement facilité ou encore documents de prospection non communicables au public pendant deux décennies : ces nouvelles dispositions tombent plutôt mal en pleine polémique sur les gaz de schiste. Autre inquiétude des écologistes : cette énergie pourrait freiner le développement des énergies renouvelables, comme l’éolien ou le solaire, qui souffriraient d’une baisse des investissements.
Ce qui est le plus inquiétant, c’est que sans cette mobilisation citoyenne ces permis de polluer seraient passés comme une lettre à la poste. Notre ministre semble avoir découvert le problème après le début de la mobilisation. Pourtant gouverner, c’est prévoir ? Encore une preuve que les citoyens n’ont pas d’autre choix que de toujours rester vigilants.

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